Taxe kilométrique à Bruxelles: le gouvernement présente son plan, l’opposition et les organisations patronales vent debout

Taxe kilométrique à Bruxelles: le gouvernement présente son plan, l’opposition et les organisations patronales vent debout
Photo News

Le gouvernement bruxellois s’est mis d’accord jeudi sur une proposition de modèle de taxation automobile à soumettre à une large concertation y compris avec les autres Régions et le Fédéral.

Postulat du modèle : diminuer l’usage de la voiture de 25 % dans la capitale à l’horizon 2030 en raison de l’impact économique de celui-ci, et y améliorer la qualité de l’air.

Le modèle s’appuie principalement sur une taxation à l’usage de la voiture plutôt qu’à sa possession, comme actuellement. Celle-ci reposera sur un montant de base assorti d’un montant variable en fonction du nombre de kilomètres, de l’heure, et de la puissance du véhicule. À titre accessoire, il sera aussi possible de disposer d’un pass payant à la journée.

Pour les habitants de la capitale, la taxe à l’immatriculation disparaîtra, tout comme la taxe de circulation, sauf, en ce qui concerne cette dernière, pour les véhicules de luxe, à partir de 15 CV fiscaux.

Le modèle est baptisé Smartmove, le nom donné à une application du même nom.

Après l’enregistrement de la plaque d’immatriculation, c’est celle-ci qui calculera le tarif à payer en fonction de la distance parcourue, de l’heure du déplacement et de la puissance du véhicule sur base des données transmises par les caméras utilisées dans le cadre des contrôles du respect de la Zone basse émission.

Au stade actuel du processus, le gouvernement bruxellois n’a pas voulu entrer dans les détails de la tarification. Tout au plus sait-on qu’il faudra payer pour les jours de semaine, et en journée, mais pas durant les week-ends ni en soirée, au-delà de 19 heures.

Le gouvernement bruxellois table sur une entrée en vigueur dans le courant de l’année 2022.

Tollé au sein de l’opposition

Ce projet, qui pourrait voir le jour en 2022, a suscité un tollé au sein des partis qui ne siègent pas au gouvernement bruxellois.

« Que cherche le gouvernement de gauche bruxellois ? », s’est interrogé le président du MR Georges-Louis Bouchez sur Twitter. « Détruire un peu plus la région capitale ? Faire fuir les entreprises ? Les classes moyennes et populaires n’ont pas besoin d’impôts ou de taxes en plus mais au contraire d’investissement et d’intelligence ! »

« Ce n’est vraiment pas le moment, on demande un report », a renchéri Alexia Bertrand, cheffe de groupe des libéraux francophones au Parlement bruxellois, citant l’Union des Classes Moyennes (UCM).

« Cette taxe est une folie intégrale. Elle est indigne et purement idéologique : on veut frapper la voiture mais sans offrir d’alternatives crédibles, même en termes de parkings de délestage qui sont insuffisants », a de son côté fulminé le chef de file du MR au parlement wallon, Jean-Paul Wahl.

« C’est l’ensemble des Wallons qui seront impactés » alors que la Région « verse déjà 19 millions d’euros chaque année à Bruxelles pour l’aider à gérer cette question du trafic », a-t-il ajouté en dénonçant lui aussi le moment choisi et l’absence de concertation avec les autres entités. « Cette taxe est inacceptable, tant sur sa forme que sur son montant », a-t-il encore estimé.

Même son de cloche du côté du cdH. « À nouveau, ce gouvernement travaille à l’envers : il communique avant de concerter et braque les navetteurs avant de leur offrir des alternatives crédibles à la voiture », a déploré le député bruxellois Christophe De Beukelaer dans un communiqué.

« Le gouvernement bruxellois trébuche encore sciemment sur un dossier sensible et qui mérite une concertation respectueuse et réfléchie. Cette fois, la gaffe touche tous les citoyens ! », s’est insurgé son homologue wallon Julien Matagne.

L’opposition des organisations patronales

Trois organisations patronales bruxelloises, flamande et wallonne, le Beci, le Voka et l’Uwe, se sont opposées jeudi à un péage urbain à Bruxelles, après la présentation du plan SmartMove du gouvernement bruxellois qui prévoit, entre autres, la mise en place d’une taxe kilométrique intelligente en 2022. L’Union des classes moyennes et l’industrie technologique le décrient également.

« Un péage urbain ne constitue pas une mesure de mobilité durable. Il risque en effet de déplacer les problèmes de trafic vers la périphérie de Bruxelles », déclare Olivier Willocx, de Beci.

Le Beci, le Voka et l’Uwe se disent cependant favorables à un prélèvement kilométrique intelligent qui améliorerait la gestion globale de la mobilité sur les routes. Il pourrait différer entre les régions, « mais il doit fonctionner sur base d’un système commun », estiment les organisations, qui insistent sur la concertation.

« Les problèmes de congestion transcendent les limites des régions et revêtent donc une dimension interfédérale, certainement dans la zone métropolitaine de Bruxelles », argumente Hans Maertens, du Voka.

 
 
À la Une du Soir.be
À découvrir sur Le Soir +
 

Vos réactions

Règles de bonne conduite / Un commentaire abusif? Alertez-nous