Paddock: «Le public a besoin de grands champions», explique Giacomo Agostini

Paddock: «Le public a besoin de grands champions», explique Giacomo Agostini

Giacomo Agostini est né sous une bonne étoile. Celle qui lui a permis de survivre dans un sport où les accidents mortels étaient légion. Elle lui a aussi offert un talent exceptionnel doublé d’un charisme hors normes.

Giacomo, comment allez-vous ?

Pas mal, merci. J’ai fêté mon 78e anniversaire en plein confinement en juin dernier. J’habite Bergame, une ville qui a été très touchée par le coronavirus. Au plus fort de la pandémie, il y a eu jusqu’à 150 morts par jour. Moi, je me suis isolé. Pas question de sortir ou de recevoir des amis. Pendant le premier confinement, j’ai profité de tout ce temps pour mettre de l’ordre dans mon musée personnel, pour classer plus de 2000 photos.

Vous n’avez jamais sorti une de vos motos ?

Non. Pour la première fois depuis plus de 50 ans, je n’ai pas roulé à moto cette année. Trop dangereux. D’habitude, j’enfourche régulièrement une de mes machines à la belle saison pour rouler peinard sur les routes tortueuses de la région. Cette année, je n’ai pas pris ce risque. Il faut être extrêmement prudent dans la circulation. Beaucoup d’automobilistes considèrent leur voiture comme la salle de séjour de leur maison : au volant, ils mangent, ils téléphonent, ils lisent leurs mails, envoient des SMS. Tout ça sans jamais regarder dans leur rétroviseur. Pour les motards, c’est extrêmement dangereux. Je ne tenais pas à donner du boulot supplémentaire aux services médicaux de ma région.

Parlons MotoGP. Qu’avez-vous retenu de cette saison ?

Déjà, je tire mon chapeau à la Dorna, le promoteur, d’avoir réussi à mettre sur pied ce championnat. Cela a sans doute été très compliqué mais on a eu droit à une belle saison.

Avec neuf vainqueurs différents grâce à l’absence de Marc Marquez…

C’est bien, en effet. Personnellement, je regrette de ne pas avoir vu de grand champion à l’oeuvre. Personne n’est sorti du lot, personne n’a profité de l’absence de la référence pour prendre de l’épaisseur. Dommage. Un sport de haut niveau a besoin de stars ; le public veut vibrer aux exploits d’un extraterrestre. Dans les années ’70, j’étais ravi de voir Eddy Merckx gagner pratiquement toutes les courses auxquelles il participait. Et votre compatriote le faisait avec panache, en plus. La réflexion vaut aussi pour Cassius Clay ou Maradona, des gens qui ont marqué leur discipline d’une empreinte indélébile.

Et votre compatriote Valentino Rossi ? Où le situez-vous, désormais ?

Il est clair que ce n’était pas une bonne année pour lui.

Une méforme passagère ou pas ?

Votre question est embarrassante parce que j’aime beaucoup Valentino. Il a beaucoup apporté à notre sport mais il faut être réaliste : ses meilleures saisons sont derrière lui. Chaque année qui passe, cela risque d’être un peu plus difficile. Si demain, je reprends une licence et je me mets à courir contre des jeunes loups, je n’aurai aucune chance de les battre. Je crains que ce soit la même chose pour Vale.

Pourquoi continue-t-il, dès lors ?

Chaque sportif possède son propre raisonnement. Valentino Rossi n’a pratiquement jamais rien connu d’autre que le sport de haut niveau. La moto pratiquée en course, c’est sa vie. Peut-être a-t-il peur de s’ennuyer une fois qu’il arrêtera sa carrière. Moi, pendant des années, j’ai remporté 10, 12 et parfois 14 épreuves sur la saison. Quand j’ai commencé à être moins performant, je m’imposais à 4 ou 5 reprises. A ce moment-là, je me suis mis à réfléchir et me suis dit qu’il était temps de laisser la place aux jeunes. Apparemment, Rossi ne raisonne pas de cette façon : il s’accroche. C’est tout à fait honorable.

Pour l’instant, Marc Marquez est immobilisé. On ignore s’il reviendra dès le début de la saison prochaine et même s’il sera dans le coup. Il aura 28 ans et, peut-être, la possibilité d’approcher vos 15 titres. Quelle sera votre réaction s’il d’aventure, il parvient à battre votre record ?

Je serai sincèrement très heureux pour lui. J’essaierai même d’être le premier à le féliciter en lui disant : « Bravo Marc. Tu as réussi à battre Ago. C’est pas mal du tout. »

Revenons à votre carrière. De nombreux pilotes de votre génération ont perdu la vie en course alors que vous êtes rarement tombé. Pourquoi ? C’est la chance, Dieu, votre talent ?

Vous allez sans doute être étonné mais je faisais très attention. A mon époque, les circuits étaient extrêmement dangereux. Nos équipements ne nous protégeaient guère. La chute se terminait souvent de façon dramatique. La première fois que j’ai débarqué à Francorchamps, j’ai bouclé les 14 km à 205 km/h de moyenne. 205 ! A beaucoup d’endroits, la moindre erreur et on se fracassait contre le rail, un poteau, le mur d’une maison. Je préparais minutieusement chacune de mes courses et une fois lancé, je gardais une petite marge de sécurité.

Un souvenir précis à Francorchamps ?

Je ne peux vous dire en quelle année mais je sais que lors d’une édition, un véritable déluge s’est abattu sur le circuit pendant la course principale. Il fallait doser sagement l’accélérateur sous peine de se retrouver par terre. On ne voyait pas à plus de 10 mètres devant la roue avant. Quand j’ai coupé la ligne d’arrivée, je n’avais pas la moindre idée de mon classement. C’est seulement en rejoignant mon stand que j’ai vu mes mécaniciens s’agiter. C’est eux qui m’ont appris que j’avais remporté l’épreuve.

Quels sont les exploits dont vous êtes le plus fier ?

Il y en a trois. A mes débuts, je pilotais une Morini de série avec laquelle j’ai battu les pilotes d’usine qui disposaient d’un meilleur matériel. Plus loin dans ma carrière, j’ai osé quitter MV Agusta qui était ma 2e famille pour rejoindre Yamaha. Je ne pensais pas devenir à nouveau champion du monde et pourtant j’y suis parvenu. Il y a aussi ma 1ère victoire aux Etats-Unis avec un moteur deux-temps que je connaissais à peine.

 
 
À la Une du Soir.be
À découvrir sur Le Soir +
 

Vos réactions

Règles de bonne conduite / Un commentaire abusif? Alertez-nous