Accueil Mode d'emploi

Forem mode d’emploi: la mobilité interrégionale, un levier pour l’emploi wallon

Traverser les frontières linguistiques ou des pays limitrophes maximise les chances de décrocher un emploi. Le Forem et le VADAB collaborent depuis plusieurs années pour encourager la mobilité interrégionale. En 2020, 23.107 Wallons se sont insérés sur le marché flamand.

Temps de lecture: 5 min

D epuis le 9 octobre je revis », confie avec beaucoup d’émotion Nathalie Flamme. Une date symbolique à laquelle cette habitante de la région de Mouscron a repris le chemin tant espéré du travail. «  Cela faisait cinq ans que j’étais arrêtée pour cause d’invalidité. Lorsque mon médecin m’a donné le feu vert pour retravailler, j’ai immédiatement pris contact avec le Forem », raconte Nathalie. «  En cinq ans, le marché change et on se sent vite dépassés, l’accompagnement de mon conseiller m’a été d’une grande d’aide. Je cherchais un mi-temps et compte tenu de mon handicap, ce n’était pas évident. Très vite, on m’a demandé si c’était envisageable pour moi de travailler en Flandre. Dans ma tête, si traverser la frontière linguistique me permettait de retrouver du travail plus rapidement, j’étais preneuse. Et pourtant je ne parle pas le néerlandais. Une semaine plus tard, j’étais engagée au WAAK dans une fonction de câblage ».

Bien que l’année 2020 ait été marquée par la crise sanitaire et ses conséquences socio-économiques, de nombreux demandeurs d’emploi, comme Nathalie, ont fait le choix de franchir la frontière linguistique pour trouver un travail. Depuis le début de l’année, 23.107 Wallons se sont en effet insérés sur le marché flamand. La promotion d’une telle mobilité des travailleurs ne date pas d’hier au Forem. «  En 2018, le chômage était en diminution et parallèlement à cela les offres d’emploi augmentaient, surtout en Flandre. Au vu de cette situation économique favorable, les ministres de l’Emploi Muyters et Jeholet ont donc signé, le 5 février 2018, un nouveau plan d’actions, élaboré par le VDAB et le Forem. Son objectif était double : à la fois répondre aux besoins des entreprises flamandes et résoudre leur problème de main-d’œuvre mais aussi augmenter le taux d’insertion des demandeurs d’emploi wallons », recontextualise Hilde Gillebert, experte en mobilité interrégionale au Forem.

Des opportunités encore nombreuses

La situation économique rencontrée par les entreprises de notre pays est, certes, aujourd’hui bien différente. Il n’empêche que les opportunités d’emploi en Flandre sont encore nombreuses. Pour preuve, le site du Forem répertorie en ce moment 51.362 offres d’emploi dont 26.064 en Région flamande : 5.202 offres dans le Brabant flamand, 8.767 en Flandre-Occidentale, 7.841 en Flandre-Orientale et 3.488 dans le Limbourg. «  L’insertion professionnelle des demandeurs d’emploi wallons dans une autre région ne concerne cependant que les secteurs et les profils pour lesquels la Wallonie ne rencontre pas de difficulté de main-d’œuvre. Car le but n’est évidemment pas de déforcer notre marché de l’emploi non plus. Généralement, cela concerne les secteurs de l’industrie alimentaire, de la grande distribution, de la cueillette de fruits, de la logistique et des chauffeurs poids lourds, des sociétés de parcs et jardins et puis, avant la crise, l’horeca bien évidemment », précise toutefois Hilde Gillebert. Les besoins en personnel diffèrent en effet parfois sensiblement de part et d’autre de la frontière linguistique.

C’est précisément en cela que le recrutement de talents wallons est attractif pour certaines entreprises. Parmi elles, Smet Group, une entreprise de construction située à Dessel, en province d’Anvers. «  Nous avons recruté 14 ouvriers grâce au Forem, tous ont intégré l’un de nos chantiers et prennent aujourd’hui part à nos manœuvres de forage du sol pour la création de tunnels ou encore de puits d’eau souterraine. Nous disposons de plusieurs sites à travers toute la Belgique, cela n’a donc pas d’importance que nos employés habitent en Flandre ou en Wallonie. En revanche, ce qui est intéressant, c’est que les profils que nous recherchons sont nombreux au sud du pays et affichent une volonté de travailler. En Flandre, l’étang de ces talents est presque vide », affirme Kylie Voet, collaboratrice RH de Smet Group.

Le néerlandais, un obstacle ?

Le bilinguisme n’étant pas exigé pour de nombreuses offres d’emploi flamandes diffusées par le Forem, la barrière de la langue ne doit pas constituer un frein au fait de postuler en Flandre. « Les travailleurs peuvent améliorer leur niveau sur le terrain. Cependant, cela ralentit tout de même la communication entre nos collaborateurs. Pour créer du lien avec leurs collègues, il est plus facile que les francophones puissent s’exprimer un minimum en néerlandais », reconnaît néanmoins Kylie Voet. Des actions sont menées à ce sujet par le Forem qui a dispensé pas moins de 311.545 heures de formation en langues en 2019 dont 120.400 en néerlandais. «  Nous organisons des cours de néerlandais mais aussi des immersions en école de langues en Flandre et des stages en entreprise flamande. Des cours d’allemand, d’anglais, de luxembourgeois, de portugais, de mandarin et même en russe sont aussi dispensés à ceux qui envisagent une expérience professionnelle en dehors de nos frontières. Sans oublier le français langue étrangère, à destination de certains publics comme les migrants par exemple », développe Hilde Gillebert. Pour encourager la mobilité interrégionale, le Forem se mobilise également en organisant une semaine d’information et d’aide à la recherche d’emploi en Flandre à destination des demandeurs d’emploi wallons, baptisée « Werkweek », ainsi que des jobdatings. Au vu du contexte sanitaire, ces événements ont été déclinés de manière virtuelle cette année.

Une année compliquée qui a pourtant été couronnée par de belles réussites sur le plan de la mobilité interrégionale. Moyennant le respect de toutes les mesures sanitaires en vigueur, le Forem est par exemple parvenu à orchestrer un recrutement important de saisonniers dans le secteur de la fruiticulture cet été. Sur les 1.375 postes qui étaient à pourvoir, 445 Wallons ont décroché un contrat saisonnier, accompagnés également de 828 contrats ALE. Sur le volet de la communication, une application de traduction, appelée « Fact », a été mise au point dans le cadre du projet Interreg AB réfugiés. Ce dictionnaire imagé digital propose le vocabulaire spécifique du secteur en combinant image, langue écrite et prononciation de manière à favoriser les échanges sur le lieu de travail entre les nouveaux arrivants de langue étrangère, les employeurs et autres intermédiaires. Un exemple parmi d’autres des actions menées au quotidien par le Forem pour encourager les demandeurs d’emploi à élargir leurs horizons en répondant à des offres d’emploi émanant d’entreprises des régions ou des pays limitrophes.

Une mobilité des travailleurs à l’international

Travailler à l’étranger n’est probablement la première solution à laquelle on pense. Pourtant, parfois, la France, le Luxembourg ou les Pays-Bas sont très proches.

Temps de lecture: 3 min

La mobilité des travailleurs wallons n’est pas envisagée qu’avec le nord de notre pays. Le Forem développe également des partenariats avec le Luxembourg, la France ou encore l’Allemagne via Eures, le réseau européen de services de l’emploi destiné à faciliter la libre circulation des travailleurs. Son but ? Encourager la mobilité transfrontalière des demandeurs d’emploi, élargir leurs horizons mais aussi les aider à s’intégrer sur les marchés des pays concernés. «  C’est une démarche qui prend tout son sens dans de nombreuses régions chez nous. Certains demandeurs d’emploi s’entêtent à chercher du travail absolument en Belgique alors que leur situation géographique leur permettrait d’envisager des opportunités en dehors de nos frontières. Des habitants de Tournai, Liège ou encore Arlon auront respectivement parfois plus facile à travailler à Lille, Maastricht, ou à Luxembourg. Si les opportunités manquent chez nous, il n’est donc pas inutile de prendre connaissance des postes disponibles chez nos voisins », développe Hilde Gillebert.

Des conseillers spécialisés œuvrent au quotidien pour accompagner les demandeurs d’emploi qui souhaitent se lancer dans une expérience professionnelle à l’étranger. Rédaction d’un CV, confection d’un profil ou encore prospection des offres disponibles, ce service du Forem apporte aux demandeurs d’emploi un accompagnement classique. A cela, s’ajoute également une aide relative à des démarches plus spécifique visant à passer outre des obstacles bureaucratiques : les divergences de législation en vigueur dans les pays visés ou la reconnaissance d’un diplôme par exemple.

« J’avais des a priori »

Michaël Flaba est l’un des récents bénéficiaires de ces services du Forem. Licencié au début de la crise sanitaire, cet ancien responsable d’équipe au sein d’une entreprise du secteur agro-alimentaire a depuis retrouvé un poste sur un marché qu’il n’aurait pas envisagé autrefois. «  Jamais je n’aurais imaginé un jour traverser la frontière pour aller travailler », confie-t-il, «  J’avais des a priori sur la lourdeur administrative, sur les salaires aussi. Lorsque je me suis tourné vers le Forem, tout cela a été balayé ».

Les premiers mois qui ont suivi le licenciement de Michaël ont été compliqués. Les opportunités se faisaient rares, avec le temps l’intérim est venu remplir les journées de cet habitant de la région tournaisienne. «  C’est alors que le Forem m’a demandé d’envisager le fait de postuler en France où des postes étaient à pourvoir dans mon secteur. J’ai accepté et le 26 septembre j’entrais en fonction à Saint-Amand-les-Eaux dans une industrie pharmaceutique à un poste de cadre. L’accompagnement du Forem a été déterminant dans ma démarche. Envisager une mobilité professionnelle en France m’a permis d’élargir mon champ de possibilités et probablement de retrouver plus vite et plus facilement du travail en cette période de crise », estime Michaël Flaba.

Le fil info

La Une Tous

Voir tout le Fil info

0 Commentaire

Aussi en Mode d'emploi

Voir plus d'articles
La Une Le fil info Commentaires Partager

Allez au-delà de l'actualité

Découvrez tous les changements

Découvrir

À la Une

références Voir les articles de références références Tous les jobs