Immobilier: «Manhattan» en vue à Charleroi

Dans la cité carolorégienne, à l’ouest de la ville basse, se trouve un site de 6 hectares, bordé par la Sambre, le ring et le métro. Depuis 1976, il est occupé par une cité administrative sans âme. On y trouve un ministère des Finances, un immeuble du TEC, deux parkings et une desserte routière. Aucun logement. Beaucoup de trafic automobile en transit. Tout ce paysage pourrait être modifié de fond en comble.

Depuis quelques années, les autorités communales réfléchissent à une revitalisation. En 2017, elles ont adopté un Périmètre de remembrement urbain (PRU). Celui-ci prévoit de démolir le vaste ministère des Finances et de reconstruire toute la zone. A cet effet, le site a été divisé en 6 lots, qui doivent accueillir autant de nouveaux bâtiments. Nom de tout ce quartier : le « Left Side Business Park ».

La ville a chargé l’Igretec, l’intercommunale de développement économique de la région, de piloter l’opération. Celle-ci s’est muée pour l’occasion en « aménageur urbain ». « Cela signifie que nous veillons à coordonner les projets sur les différents lots », explique Nathalie Czerniatynski, directrice du département économique, immobilier et territorial. « C’est-à-dire : lancer les études préliminaires, discuter avec les propriétaires des lots, rechercher les investisseurs, aider à introduire les permis, assurer le travail administratif… Et, bien sûr, veiller à ce que les deux grands objectifs retenus par la ville soient respectés, à savoir atteindre une haute qualité architecturale et respecter une mixité de fonctions. »

L’idée centrale est de reconnecter cette zone à la ville. « Le Left Side Business Park doit permettre de ramener des travailleurs et des habitants à la ville basse. Du logement neuf va y être proposé, ce qui n’a plus été fait depuis longtemps », poursuit la manager. « Selon une enquête que nous avons menée auprès des grands employeurs de la région, certains seraient intéressés par se rapprocher du cœur de Charleroi. Donc, il y a une raison pour agir. »

Sur le plan politique, le bourgmestre de Charleroi Paul Magnette défend vigoureusement ce projet, censé redynamiser la ville basse. Et réfute les critiques de l’opposition PTB qui voit en ce « Left Side Business Park » un quartier pour riches. Alors, que trouvera-t-on exactement sur ce site ? Tour d’horizon.

Une marina

C’est l’élément le plus surprenant de cette transformation urbaine. Un petit port pour bateaux est envisagé le long de la Sambre. Un bassin serait creusé sur les terrains actuels. Audacieux, quand on connaît le paysage industriel de la région et la piètre qualité de ses eaux ! Cependant, la Sambre offre des paysages bucoliques en amont (vers la France) et elle mène à Namur où elle se jette dans la Meuse. Il existe donc un tourisme fluvial. Or Charleroi-ville n’arrive pas à le capter. Avec cette « halte nautique », un accostage de quelques heures pourrait se faire pour une vingtaine d’embarcations. C’est le Port autonome de Charleroi (PAC) qui est le maître d’ouvrage dans ce dossier technique réalisé par les services hydrauliques de la Région wallonne. Une demande de permis a été introduite. Selon le PAC, la réponse est attendue prochainement.

Trois immeubles de logements

Projetés par Eiffage Development, filiale du groupe Eiffage Benelux, ces trois immeubles font partie d’un ensemble baptisé « Ohr ! zons ». Ils feront face à la marina. « Notre objectif est de développer un projet mixte, avec des bureaux, des appartements, des commerces et des services », détaillaient cet été Christophe Van Ophem, CEO d’Eiffage Benelux, et Thierry Collard, directeur de la filiale Eiffage Development. Les trois buildings devraient s’élever sur 13 étages et compter au total 30.000 m2. Ils abriteront 129 appartements, une crèche, une salle polyvalente, ainsi que des commerces au rez-de-chaussée et des parkings en sous-sol. L’architecture sera triangulaire, afin de maximiser l’exposition à la lumière. Les implantations se feront grosso modo à la place de l’actuel ministère des Finances, voué à disparaître. Comme le relogement des agents du fisc a pris du retard, ce projet d’Eiffage a été contraint de s’arrêter pour plusieurs mois.

Une tour pentagonale

Cette tour, également envisagée par Eiffage Benelux et Development, prendra place sur la pointe sud du site. Un permis a été délivré en juin. Il y aura 20 étages, tous destinés aux bureaux. Culminant à 83 mètres, elle surplombera le ring et le métro voisins. Sa forme sera pentagonale. « Cela permettra à la fois de réduire la prise au vent, d’optimiser la surface au sol, et de donner à ce quartier un symbole reconnaissable de loin », selon Christophe Van Ophem et Thierry Collard d’Eiffage. Les démarches en vue de trouver un ou plusieurs occupants ont été activées. Normalement, cette phase commerciale aurait dû démarrer en mars lors du Mipim, mais tout a été bousculé à cause du coronavirus, puis des vacances.

Un bâtiment transformé pour le TEC

Le bâtiment actuel du TEC Charleroi abrite des bureaux mais aussi des installations techniques impossibles à déménager. Il s’agit d’une sous-station électrique et d’un dispatching, qui tous deux servent au métro voisin. Des câbles électriques et de la fibre optique circulent en sous-sol. Ici, l’idée à l’origine était de supprimer la partie « bureaux », de préserver la partie « installations » et de reconstruire autour de cette dernière un nouveau bâtiment. Un budget a été dégagé par l’organisme coupole des TEC, l’OTW (Opérateur de transport de Wallonie). Les modalités techniques étant très complexes, le projet est cependant susceptible de changer voire d’opter pour un statu quo.

Un hôtel 4 étoiles

Le groupe néerlandais Van der Valk a déposé un dossier pour construire un hôtel 4 étoiles sur le site. Le permis vient d’être attribué. Van der Valk dispose déjà de 14 établissements en Belgique, dont 6 en Wallonie. L’un d’entre eux est situé à Gosselies, sur les hauteurs de l’agglomération, et sert aux voyageurs de l’aéroport de Charleroi. Avec ce projet, le groupe vise cette fois le cœur de la cité carolorégienne. Son immeuble devrait comporter deux parties : un socle composé de 4 niveaux et une tour de 20 étages. Quelque 150 chambres seraient proposées pour un total de 4.800 m2. L’hôtel compterait également un centre de séminaire, un restaurant, un spa, un bar et un lobby.

Un siège pour la FGTB

Avec son rez et ses 11 étages, cette tour a été la première à sortir de terre. Son gros œuvre s’est terminé en juillet. L’habillage extérieur, le parachèvement intérieur et la réalisation des abords sont en cours. La fin des travaux est prévue pour le printemps 2021. C’est l’Igretec qui s’est chargée des plans et de la conduite du chantier. Cette tour va regrouper toutes les centrales du syndicat socialiste de Charleroi. Sa superficie est de 5.600 m2. Le bâtiment est « basse énergie » grâce à une isolation renforcée, des pompes à chaleur et des panneaux solaires. Ses façades seront recouvertes de panneaux blancs et les plafonds extérieurs seront peints en rouge, couleur de la FGTB.

Un immeuble administratif

Pour cet espace, un appel à des investisseurs a été lancé par des organismes publics. Parmi eux : le SPF Finances. Ce dernier doit trouver une solution pour reloger les agents du ministère de 1976 voué à la démolition. Ces fonctionnaires seraient rejoints par des collègues travaillant à la place Albert Ier dans un autre immeuble de la ville basse. Selon la Régie des bâtiments qui gère ce dossier, la procédure d’attribution est toujours en cours. « Nous attendons les Bafo (Best and Final Offers) des soumissionnaires au premier trimestre 2021 », précise la porte-parole Catherine Cardoso Nunes. « Si tout se passe comme prévu, l’attribution du marché pourrait se faire aux alentours de juin 2021. » Le lieu de l’implantation n’est toutefois pas défini. Selon l’Igretec, le programme urbanistique prévoit en théorie une tour de 13 étages avec 19.400 m2 de bureaux et 4.380 m2 de parkings en sous-sol.

 
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