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Antoine Piers: «Une tribu de bandits féroces mais soucieux de répondre aux enjeux d’une agriculture raisonnée»

Antoine Piers est l’auteur de « Chroniques brutales ».

Entretien - Chef du service Culture Temps de lecture: 6 min

Antoine Piers, l’auteur de Chroniques brutales, est français. Il vit à Nantes. Il a grandi en dévorant les gigantesques bulles de gags d’Achille Talon et Hilarion Lefuneste. Il était fan des brebis cyniques du Génie des Alpages et de la douce folie poétique de F’murr. Il a aussi lu tout Spirou, de Franquin à Tome & Janry, en passant par Fournier, et la série Kid Paddle de Midam, dont l’influence se fait parfois sentir dans ses webtoons… Il s’est initié à l’art en noircissant des cahiers de bandes dessinées, avant d’intégrer l’École Pivaut, à Nantes.

Dans quel esprit avez-vous abordé le projet des Iles de Paix ?

Je pense que l’agriculture durable est un enjeu important. Comme beaucoup de gens, je m’inquiète des signes de faiblesse que montre l’environnement sous les excès de son exploitation. Il a été largement établi qu’il devenait de plus en plus vital de changer quelque chose pour maintenir les conditions de la vie (enfin, de la nôtre) sur la planète et à mon sens, toutes les propositions allant en ce sens sont à encourager et soutenir.

Quelle vision donnez-vous des défis de l’agriculture durable dans votre monde de webtoons ?

Ma série est « pessimiste » au sens où elle se déroule dans un monde après l’apocalypse. Mais je ne raconte pas vraiment d’histoires tristes ou désespérées, j’ai donc choisi de mettre en scène l’idée d’une agriculture durable et adaptée à des conditions plus difficiles. On y voit une tribu de bandits féroces et sanguinaires, mais néanmoins soucieux de répondre aux enjeux d’une agriculture raisonnée et prêts à en partager les principes, à grand renfort de pioches de jet et de bêches aiguisées. Je me suis amplement documenté pour répondre à cette thématique, ce qui m’a permis d’apprendre plein de choses – j’espère avoir pu les transmettre sans (trop) m’empêtrer !

En Corée, en Chine, au Japon, il existe des formations universitaires aux webtoons, pas en Europe, comment avez-vous appris le métier ?

Je me suis appuyé sur ce que je savais de la BD et l’ai appliqué verticalement ! Je pense que mes premiers essais suivaient des modèles très proches de ce que seraient des pages de BD classique très hautes, mais en m’habituant au support, j’ai pu commencer à expérimenter d’autres choses, comme des cases où la verticalité est importante, des blancs dans la narration… Le webtoon qui défile verticalement, j’ai un peu découvert en essayant d’en faire un moi-même !

Qu’est-ce qui est le plus difficile dans la réalisation d’un webtoon ?

C’est un format qui apporte quelques contraintes techniques mais une fois la méthodologie de travail adaptée et les outils en place, on s’y fait très vite. Je relisais l’ensemble de l’épisode très souvent au début, presque à chaque nouvelle case, pour avoir une bonne idée de la narration et de son flot, mais maintenant, je me fais un peu plus confiance.

Au final, est-ce un art plus proche de la BD, du jeu vidéo, de l’animation, de la série télé, du cinéma ?

Je pense qu’on reste dans de la BD, mais c’est vrai qu’il y a des similarités avec les séries. On parle de « saison » pour désigner l’ensemble des épisodes d’un arc narratif. C’est presque comme de la BD qui suivrait les codes des séries, en fait. On peut aborder tous les genres. Il y a chez Webtoon Factory des séries d’aventure comme Bouhland, d’humour comme l’Impossible Donald, de tranche de vie, de romance… L’attrait principal est l’immédiateté, le lien très proche entre la création et la diffusion. On peut commenter chaque épisode, l’autrice ou l’auteur ne rôde jamais très loin, c’est très enthousiasmant cette proximité, en tout cas pour moi. J’adore la BD, mais elle suit un peu plus un modèle avec beaucoup de barrières entre l’œuvre et son public. C’est des formats différents !

Est-il facile de transposer un webtoon en album papier et cela a-t-il du sens pour vous ?

Je n’ai pas encore eu l’occasion d’essayer d’adapter le webtoon en papier ! À mes yeux, c’est une autre façon de raconter la même histoire, je pense que ça peut être très intéressant. Facile, en revanche, probablement pas : j’ai déjà en tête pas mal de cases très verticales qui vont être difficiles à mettre en page.

A quoi ressemble l’univers de vos héros ?

En webtoon, je réalise les Chroniques Brutales . C’est une série de fantasy qui se déroule bien longtemps après la fin du monde. Si l’univers est relativement sérieux, les personnages ne le sont pas et l’action tourne assez souvent à la farce, à base de malentendus à travers le temps : le sport est interprété comme une ancienne religion, les albums de musique comme des icônes vénérables… Il se pourrait que l’avis de l’auteur sur son époque, la vraie, se glisse subrepticement dans ces quiproquos crypto-historiques, mais tout est très bon enfant et réjouissant. À côté du webtoon, je réalise deux strips par semaine depuis environ quatre ans. Ils mettent en scène tiny & Tall, deux personnages dont la rivalité et le contraste donnent lieu à plein de gags plus ou moins absurdes à travers les styles et époques. De manière générale, j’aime raconter des histoires comiques et des aventures dont le sérieux est mis à mal par l’insupportable et attendrissante mesquinerie des personnages. J’aime beaucoup me documenter, je suis un passionné d’histoire et de littérature ennuyeuse.

En 2020, un jeune auteur peut-il vivre de ses webtoons ?

Tout dépend du rythme de production. La rémunération d’un webtoon se fait généralement à l’épisode, si une autrice ou un auteur a trouvé son style et les processus de travail qui lui permettront d’être rapide, alors je pense que oui. Plus généralement, le statut d’artiste auteur n’est pas autant mis à l’honneur que la gloire dont il fait bénéficier ceux qui prétendent le protéger, nous devons multiplier les têtes où poser des casquettes : artiste, scénariste, community manager, comptable, juriste… C’est très exigeant et tout ne sera pas exaltant et gratifiant.

Quels sont les débouchés, en dehors de la Webtoon Factory ?

Il existe d’autres plateformes de diffusion de webtoons et de BD en ligne, c’est un secteur naissant où beaucoup de choses sont possibles ! Une fois une série réalisée, les moyens de la diffuser ne manquent pas, avec beaucoup de promotion et de chance, on peut en faire quelque chose.

Existe-t-il une communauté des auteurs de webtoons ?

Oui, il y a une communauté naissante. J’ai rejoint ce milieu en pleine période sans salon ou événement, pour les raisons que l’on connaît. J’ai hâte de pouvoir concrétiser cette communauté lors de dédicaces ou de rassemblements.

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