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Isabelle Jardon (Iles de Paix): «Les agriculteurs sont souvent prisonniers de leurs fournisseurs et de leurs créanciers»

Isabelle Jardon souligne l’importance du renforcement de l’autonomie des petits producteurs agricoles dans la lutte contre la faim.

Chef du service Culture Temps de lecture: 3 min

« Au Bénin et au Burkina Faso, les terres sont pauvres et les rendements en baisse à cause du changement climatique », explique Isabelle Jardon. Chargée d’appui des programmes d’Iles de Paix en Afrique de l’Ouest, elle souligne l’importance du renforcement de l’autonomie des petits producteurs agricoles dans la lutte contre la faim. « Il n’y a qu’une seule récolte par an. Les céréales constituent la nourriture de base, sans laquelle il ne peut y avoir de sécurité alimentaire. Les agriculteurs sont souvent prisonniers de leurs fournisseurs et de leurs créanciers car au moment des semis, ils n’ont pas beaucoup, voire pas assez d’argent. Ils prennent alors des crédits chez les vendeurs de semences et d’engrais. Quand la récolte arrivera, ce sont les prêteurs qui leur rachèteront le fruit de leur travail, sans réelle possibilité d’en négocier le prix. Tout le monde vend en même temps. Les prix sont bas et avec l’argent gagné, il faut rembourser les intrants. »

Au bout du compte, il ne reste pas grand-chose à se mettre sous la dent ni dans la poche. La majorité des récoltes est vendue entre les mois de septembre et d’octobre, la période où il faut assumer les frais de scolarité des enfants. Les agriculteurs conservent une partie des récoltes pour nourrir leur famille mais cela ne permet pas toujours de passer l’année. Il faut alors être en mesure d’acheter de la nourriture quand les prix sont au plus haut, entre juin et octobre.

« Pour aider les familles de paysans à rompre ce cercle vicieux, Iles de Paix leur suggère d’acheter moins d’intrants et de travailler avec des techniques agroécologiques mais également de collaborer entre paysans pour équilibrer les rapports de force avec les acheteurs et obtenir un prix plus juste », précise Isabelle Jardon. « L’agroécologie permet d’augmenter les rendements et même de les doubler parfois, grâce à des techniques de régénération des sols utilisant du compost naturel ou des pratiques de culture associées. Des échanges de connaissances et d’expérimentations entre régions sont organisés, de même que des formations à la gestion de stocks, afin de déterminer le meilleur moment pour la vente des récoltes et d’optimiser les conditions du stockage. De meilleurs greniers peuvent permettre de diminuer le pourcentage de pertes. Iles de Paix initie aussi les agriculteurs au warrantage, en combinant la gestion commune des stocks et du micro-crédit pour pouvoir étaler la vente des récoltes en fonction du niveau des prix du marché. »

La combinaison de ces bonnes pratiques a ainsi permis, au Bénin, de doubler les stocks disponibles en période creuse, avec un impact financier immédiat sur les revenus des agriculteurs. « Cet exemple illustre combien le problème de la faim doit s’aborder selon différents axes, sans se focaliser uniquement sur la dimension des techniques agricoles mais également de l’organisation sociale », conclut Isabelle Jardon. « Il est nécessaire de prendre en compte les dimensions de gestion des récoltes, du stockage et de la commercialisation pour rendre réellement les agriculteurs plus autonomes. »

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