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«Urban farming», les champs des possibles: fédérer les agriculteurs

Le webtoon de Teo et Guy illustre au travers d’un récit sur les jardins communautaires, l’intérêt de former les paysans aux particularités des techniques agricoles sur les petites surfaces cultivables.

Temps de lecture: 3 min

Depuis de nombreuses années, Iles de Paix et ses partenaires développent, au Bénin et au Burkina Faso, des écoles de maraîchage, où les agriculteurs peuvent tester ensemble, à l’échelon local, différentes techniques agro-écologiques. Le webtoon Urban Farming , des créateurs de bande dessinée digitale, Teo et Guy, illustre au travers d’un récit sur les jardins communautaires, l’intérêt de former les paysans aux particularités des techniques agricoles sur les petites surfaces cultivables.

Iles de Paix encourage la formation aux nouvelles techniques agricoles durables entre agriculteurs. Le partage des savoir-faire, des idées, permet de découvrir un ensemble de techniques simples et durables. Comme elles ne nécessitent pas d’investissements dans du matériel agricole coûteux ni de compétences technologiques pointues, ces pratiques pourront facilement être reproduites et transmises aux autres paysans, ainsi qu’aux générations futures.

Expérimenté avec succès par Iles de Paix dans les pays d’Afrique de l’Ouest, le concept de ces « jardins écoles » peut être présenté et développé aisément par des petits groupes de formateurs. Au programme figure d’abord le renforcement de leur autonomie sur la gestion de leur ferme. Il est important que le paysan comprenne qu’il peut se suffire à lui-même, voler de ses propres ailes, répondre à ses propres besoins, être libre de ses choix… Il est ensuite sensibilisé à l’intérêt de s’approprier les savoirs pour être en mesure de se prendre en charge, d’améliorer ses conditions de vie, celles de sa famille, de ses enfants. Au Burkina Faso, la création de collectivités locales d’étuveuses de riz a permis, par exemple, de dégager des bénéfices pour payer les études des enfants. Au Bénin, c’est un atelier de transformation du manioc qui a vu le jour.

L’ONG belge prépare aussi les producteurs à assurer le bon fonctionnement de l’ensemble de la chaîne de production, à l’exemple des maraîchers du Burkina Faso, formés à la maîtrise des problèmes d’irrigation et à l’entretien des machines d’arrosage. Il s’agit de rendre leur indépendance aux agriculteurs, après les avoir accompagnés pour qu’ils soient en mesure de gérer la continuité des projets. Pascal Nassikou, agriculteur au Bénin, résume tout l’enjeu des processus mis en œuvre par Iles de Paix : « On a parlé engrais, semences, plantes qui facilitent la fertilisation des sols. Iles de Paix a fourni des semences durables et leur efficacité a permis de les répandre dans tous les villages, de dégager des surplus agricoles, de devenir autonome… » Cette vision solidaire est au cœur du récit d’ Urban Farming .

Isabelle Jardon (Iles de Paix): «Les agriculteurs sont souvent prisonniers de leurs fournisseurs et de leurs créanciers»

Isabelle Jardon souligne l’importance du renforcement de l’autonomie des petits producteurs agricoles dans la lutte contre la faim.

Chef du service Culture Temps de lecture: 3 min

« Au Bénin et au Burkina Faso, les terres sont pauvres et les rendements en baisse à cause du changement climatique », explique Isabelle Jardon. Chargée d’appui des programmes d’Iles de Paix en Afrique de l’Ouest, elle souligne l’importance du renforcement de l’autonomie des petits producteurs agricoles dans la lutte contre la faim. « Il n’y a qu’une seule récolte par an. Les céréales constituent la nourriture de base, sans laquelle il ne peut y avoir de sécurité alimentaire. Les agriculteurs sont souvent prisonniers de leurs fournisseurs et de leurs créanciers car au moment des semis, ils n’ont pas beaucoup, voire pas assez d’argent. Ils prennent alors des crédits chez les vendeurs de semences et d’engrais. Quand la récolte arrivera, ce sont les prêteurs qui leur rachèteront le fruit de leur travail, sans réelle possibilité d’en négocier le prix. Tout le monde vend en même temps. Les prix sont bas et avec l’argent gagné, il faut rembourser les intrants. »

Au bout du compte, il ne reste pas grand-chose à se mettre sous la dent ni dans la poche. La majorité des récoltes est vendue entre les mois de septembre et d’octobre, la période où il faut assumer les frais de scolarité des enfants. Les agriculteurs conservent une partie des récoltes pour nourrir leur famille mais cela ne permet pas toujours de passer l’année. Il faut alors être en mesure d’acheter de la nourriture quand les prix sont au plus haut, entre juin et octobre.

« Pour aider les familles de paysans à rompre ce cercle vicieux, Iles de Paix leur suggère d’acheter moins d’intrants et de travailler avec des techniques agroécologiques mais également de collaborer entre paysans pour équilibrer les rapports de force avec les acheteurs et obtenir un prix plus juste », précise Isabelle Jardon. « L’agroécologie permet d’augmenter les rendements et même de les doubler parfois, grâce à des techniques de régénération des sols utilisant du compost naturel ou des pratiques de culture associées. Des échanges de connaissances et d’expérimentations entre régions sont organisés, de même que des formations à la gestion de stocks, afin de déterminer le meilleur moment pour la vente des récoltes et d’optimiser les conditions du stockage. De meilleurs greniers peuvent permettre de diminuer le pourcentage de pertes. Iles de Paix initie aussi les agriculteurs au warrantage, en combinant la gestion commune des stocks et du micro-crédit pour pouvoir étaler la vente des récoltes en fonction du niveau des prix du marché. »

La combinaison de ces bonnes pratiques a ainsi permis, au Bénin, de doubler les stocks disponibles en période creuse, avec un impact financier immédiat sur les revenus des agriculteurs. « Cet exemple illustre combien le problème de la faim doit s’aborder selon différents axes, sans se focaliser uniquement sur la dimension des techniques agricoles mais également de l’organisation sociale », conclut Isabelle Jardon. « Il est nécessaire de prendre en compte les dimensions de gestion des récoltes, du stockage et de la commercialisation pour rendre réellement les agriculteurs plus autonomes. »

Teo et Guy: «Pablo est employé dans une multinationale de junk food»

Teo et Guy sont les auteurs de « Urban Farming ».

Entretien - Chef du service Culture Temps de lecture: 3 min

Teo est italien mais sa maman est belge et il habite à Bruxelles. Guy vit en Israël. Ils ont signé ensemble Urban Farming . Teo est un fidèle du Chat de Philippe Geluck, que sa mère lui a fait découvrir après les aventures d’Oncle Picsou ou de Donald Duck. Guy était plutôt Peanuts et Charlie Brown, ou Far Side. Tous les deux avaient en commun un amour immodéré pour l’humour existentiel de Calvin & Hobbes. Teo a appris le dessin en solo. Guy est sorti de l’option animation de la prestigieuse Bezalel Academy of the Arts de Jerusalem.

Quels sont les principaux défis à relever pour créer un bon webtoon ?

Guy : Il faut maintenir un rythme serré de narration. Les webtoons sur smartphone sont en compétition avec Youtube, Netflix… On ne peut pas s’attendre à trop de patience de la part des lecteurs. Vous pouvez déjà voir une énorme diversité de thèmes et styles sur Webtoon Factory. Il y a des séries strictement biographiques, un peu « travelogue », comme La Vie en Grey, de la satire surréaliste à la Simpsons, comme Boomer Le Dino. Avec les changements de format nécessaires on peut employer les mêmes styles que la BD traditionnelle et bien plus !

Teo : Il y a le plaisir du contact direct avec le public. Pouvoir publier un épisode et voir tout de suite leur réaction, voir si les lecteurs les plus fidèles ont capté les détails les plus cachés… cette interaction immédiate n’est pas possible avec la BD traditionnelle. Ensemble, nous avons réalisé deux séries pour Webtoon Factory : Noah vs Nature, l’histoire fantastique d’un groupe d’enfants, coincés dans une forêt mystérieuse sans issue et sans fin, et Imaginary Dave, avec un enfant qui doit découvrir d’où il est venu et pourquoi. Aux Etats-Unis, pour la société Webtoon, on réalise My Dictator Boyfriend, les amours prohibées entre un dictateur et son bodyguard…

Aviez-vous lu des webtoons, avant d’en créer vous-mêmes ?

Teo  : J’étais déjà fan, et je le reste, des comics Américains connus sur internet, comme Bluechair, Deathbulge, Extra Fabulous Comics, Saturday Morning Breakfast Cereal.

Guy  : On a les mêmes goûts ! J’ajoute War and Peas, Doodle for Food, Safely Endangered, Mr Lovenstein…

Créateur de webtoons, ce peut être un vrai métier à plein-temps ?

Guy et Teo : Pour le moment on y arrive mais sans beaucoup de stabilité. Il faut avoir plusieurs projets en même temps pour être sûr de pouvoir en vivre. Il est difficile de savoir si l’on pourra faire carrière dans le webtoon en Europe. Dans le monde anglophone, il y a plus de débouchés avec les plateformes Webtoon et Tapas, par exemple. Nous faisons partie d’une communauté de créateurs de webtoons online avec des confrères anglophones. Le webtoon est encore une jungle un peu sauvage, où l’on s’entraide beaucoup, en échangeant des conseils, des opportunités professionnelles, ses joies et ses frustrations…

Pourquoi vous êtes-vous engagés dans le projet de webtoons des Iles de paix ?

Teo  : Le sujet nous a tout de suite plu avec cette possibilité de donner un message positif d’initiative communautaire, à la fin d’une année pas très encourageante. Et j’avais hâte d’être publié dans Le Soir, un journal que ma mère lit souvent !

Le déclic du scénario de « Urban Farmer » est venu facilement ?

Guy et Teo : Après avoir choisi le sujet, l’horticulture urbaine, on s’est demandé quel personnage aurait la motivation de se plonger dans cette aventure ? La réponse était que ce serait quelqu’un qui chercherait à mettre fin à l’aliénation de la machine capitaliste. On a pensé à Pablo. Il est employé dans une multinationale de junk food. On lui a adjoint un mentor pour l’accompagner vers son nouveau monde, Rosa. Le reste s’est mis en place naturellement.

«Urban Farming» par Teo et Guy

Le Soir et Iles de Paix vous offrent en BD un tour d’horizon de l’agriculture familiale durable.

Temps de lecture: 1 min

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