2020-2021, des sacrifices à la mise en place d’un monde réellement meilleur et durable

31 mars 2020. Bruxelles vidée par le confinement.
31 mars 2020. Bruxelles vidée par le confinement. - Pierre-Yves Thienpont.

La pandémie de covid-19 a suscité tellement de qualificatifs dans les médias qu’il est difficile de résumer tout cela en quelques lignes. Les bouleversements sont si nombreux et touchent tellement d’aspects de nos vies. Reprenons quelques observations afin d’en tirer des implications positives pour notre avenir individuel et collectif.

La pandémie nous a confrontés à notre ignorance, notre manque de prévisibilité et d’attention aux signaux d’alerte

La pandémie de covid-19 nous renvoie d’abord à notre étonnante capacité d’humains à ne pas entendre les messages de spécialistes qui préviennent de l’arrivée de ce genre de crises des années ou des décades à l’avance, explicables en grande partie par nos comportements centrés sur l’atteinte du bonheur à court terme et la négligence complète des effets à long terme. Si, dans la crise actuelle, on peut penser que voyager toujours plus, toujours plus vite et toujours plus loin a des conséquences sur l’accélération des pandémies, ne négligeons pas le fait que remplir sa piscine plus grande et plus chaude ou qu’acheter ordinateurs et smartphones toujours plus perfectionnés en jetant les anciens toujours plus vite sont d’autres sources de déséquilibres climatiques mais aussi géopolitiques.

Quant aux responsabilités diverses de la gestion de la pandémie, acceptons la plupart de ces erreurs de jugement et nos premiers dénis. Un jour viendra où les événements pourront être analysés de manière globale et complète. Quelques-uns auront effectivement des comptes à rendre et seront condamnés pour manque de prévoyance ou pour homicide (in)volontaire et c’est effectivement très grave. Mais le moment de l’évaluation globale n’est pas encore venu, notre planète est encore chamboulée et nous manquons du recul nécessaire pour tout analyser. Car une grande difficulté pour réaliser cette analyse complète est que cette fois nous ne sommes plus des observateurs extérieurs mais nous sommes tous, absolument tous, dans la même bouillie ! Autrement dit, restons modestes, utilisons nos énergies et nos ressources à d’autres voies que la critique systématique et à court terme des constats scientifiques et des décisions politiques.

En effet, en un temps record, la communauté scientifique mondiale a tenté de comprendre les implications notamment médicales, économiques, politiques, psychologiques, ou environnementales de la progression de cette maladie et de ses conséquences. Un défi inouï relevé d’une manière remarquable. A partir d’un savoir très limité, nous tentons de bâtir des connaissances solides et des remèdes en un temps record, tout en essayant d’expliquer le mieux possible ce que chaque résultat suggère, ce que chaque découverte implique, tout en reconnaissant l’immense champ d’inconnues, d’incertitudes, de progrès encore à accomplir. Si nous savons encore peu, nous apprenons cependant très vite !

En termes politiques, notre pays a toujours été champion de l’autoflagellation. Parfois à juste titre, quand nous détenions des records de décès durant la première vague et devant les retards à prendre les décisions quand la deuxième s’amorçait. Mais soyons fiers aussi des résultats atteints en quelques semaines, les citoyens de ce pays sont responsables et ont très bien compris le message. Malgré notre démographie propice à la diffusion rapide du virus, nous faisons à présent partie des bons élèves européens, les débordements même s’ils sont montés en épingle restent rarissimes.

Nous avons fait et continuons à faire de grands sacrifices, ils ne peuvent être vains

Les sacrifices que nous avons acceptés depuis mars, de notre plein gré ou contraints, sont conséquents et parfois très douloureux. Inutile d’en faire la liste, vous connaissez par cœur tous ceux qui vous pèsent et certains vous marqueront pour toujours.

Une question centrale que l’on peut se poser à l’aube de cette année nouvelle est de savoir si l’économie de ces sacrifices nous aurait rendus plus heureux en 2021 que nous le sommes après le passage de cette pandémie désastreuse ? Et même pire, ces sacrifices nous détournent-ils d’autres objectifs centraux pour la survie de notre planète, que ce soit les objectifs climatiques, la paix dans le monde, ou l’accès à l’eau et à une alimentation saine pour n’en citer que quelques-uns prioritaires ? Le paradoxe est bien là, cela ne nous aurait pas nécessairement rendus plus heureux. On peut même argumenter que la réponse à ces deux questions est négative.

En effet, l’expérience d’une situation jugée comme menaçante pour notre société, qui s’est développée à l’échelle planétaire et qui a entravé de manière conséquente nos vies pour une longue période (qui n’est pas encore finie) représente un levier central pour changer nos priorités et nos comportements sur le long terme. Chez de nombreux citoyens, et espérons-le de nombreux dirigeants politiques, la question se pose de savoir si on peut encore se permettre plusieurs fois de passer à minuit moins cinq d’un destin potentiellement désastreux. Même si en première analyse, on peut penser qu’il est toujours préférable d’éviter de devoir faire face à des situations de crise, la notion de sacrifice nous renvoie à la destruction d’une partie de nos biens ou même de vies humaines pour atteindre ensuite un bien-être commun supérieur. Le moment est sans doute venu de prendre la mesure du sacrifice individuel et collectif comme moteurs d’un avenir plus responsable pas seulement pour nos santés à tous mais pour la santé de notre planète dans toutes ses dimensions.

Près de 20.000 morts, oui, rendez-vous compte, 20.000 citoyens belges en moins d’un an ont perdu la vie à cause de ce minuscule virus. Des dizaines de milliers d’autres ont subi des effets secondaires temporaires ou durables de cette maladie sur le plan physique et/ou mental. Des dizaines de milliers d’autres ont perdu leur emploi parfois de façon temporaire mais souvent aussi pour de longues périodes et sont dans une situation de précarité extrême. Ces sacrifices immenses doivent nous réorienter vers l’essentiel. D’abord, la solidarité vers ceux qui ont été touchés dans leur santé physique, leur équilibre psychologique et leur travail. Ils doivent être aidés de manière durable à la fois par des décisions politiques mais sans doute aussi par ceux qui ont été épargnés par la crise ou qui en ont même profité financièrement. Ne pourrait-on pas imaginer de proposer pour une année une contribution volontaire de un ou deux pour cent des revenus de ceux qui n’ont pas été impactés par la crise ?

J’entends bien de façon durable car les impacts se prolongeront bien au-delà de la vaccination de la population et de la disparition du virus. Les effets sur la santé mentale de certains s’étaleront sur des années. La responsabilité politique est de garantir le retour aussi à un bien-être mental général d’avant la crise.

Ensuite, la crise nous permet de nous rappeler ce que sont nos biens les plus précieux, à savoir le besoin de contact, de relations et d’autonomie. Sans ceux que l’on aime, leur chaleur, les échanges avec eux, la vie est froide et insipide. Sans notre liberté individuelle et notre capacité à progresser par nous-mêmes, l’existence est contrainte et frustrante. Seuls chez nous pendant trop longtemps, nous savons dès à présent que lorsque les portes se rouvriront, ce sont d’abord à travers ces priorités que nos existences s’épanouiront, notre bonheur passe par de nombreux moments avec les autres et pour les autres.

Enfin, cette crise nous a permis de réaliser que malgré les progrès techniques et scientifiques fulgurants, notre vulnérabilité est extrême en tant qu’individus et en tant que planète. C’est la raison pour laquelle cette crise mettra aussi à l’avant-plan dans les années qui viennent la nécessité de changer de façon durable d’autres comportements individuels et collectifs car ils sont tout simplement essentiels pour sauver notre peau collectivement et celle des générations qui nous suivront.

Cette crise peut permettre un mouvement collectif plus vaste. Rappelons-nous que les horreurs de la Deuxième Guerre mondiale ont initié des changements durables dont nous bénéficions encore aujourd’hui en termes de solidarité, de droits sociaux, d’avancées démocratiques et de gouvernance mondiale. Nos parents et nos grands-parents nous ont transmis des souvenirs de cette guerre qui les a tellement marqués pour que rien de semblable ne recommence chez nous. Toutes proportions gardées, la crise actuelle est la plus grave dans nos pays depuis 1945. Nous en parlerons à nos enfants et à nos petits-enfants pour qu’ils n’en vivent pas de semblables.

L’après covid-19 sera le moteur de ce changement qui n’est plus le luxe de quelques-uns mais la nécessité de tous.

 
 
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