Philippe Gilbert: «Je garde toujours Milan-Sanremo dans un coin de la tête»

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Filomena s’est éloignée de la Costa Blanca, le stage préparatoire de l’équipe Lotto-Soudal a pris de nouvelles couleurs, celle d’un optimisme plus franc. Ce bien-être se lit également sur le visage de Philippe Gilbert. Alors qu’il aborde, à 38 ans accomplis, sa 19e saison dans le peloton pro, le Remoucastrien garde une fraîcheur étonnante, sa passion pour un métier dont il savoure la richesse est à l’avenant.

2020, annus horribilis, année perdue ?

La saison a été particulièrement bousculée mais pas seulement pour moi. Nous vivons tous depuis de longs mois dans un quotidien incertain, où tout peut changer en quelques heures à peine. En tant que coureur, le plus difficile est de rester concentrer sur un objectif sans savoir si celui-ci ne va pas s’évaporer un peu plus tard, en fonction des soubresauts de la crise sanitaire. Il faut essayer de faire son travail l’esprit clair et dégagé, même si ce n’est pas évident. Mais c’est évidemment le cas de tous les métiers, ce n’est pas propre au sport de haut niveau. Personnellement, ce n’était sans doute pas plus mal de traverser ces périodes difficiles (NDLR : nouvelle fracture de la rotule gauche après une chute dès l’étape d’ouverture du Tour de France) en pleine pandémie.

Fin décembre, vous avez publié de premiers paramètres d’entraînement encourageants sur les réseaux sociaux, vous partagiez votre optimisme, une forme de soulagement aussi…

La douleur a été plus difficile à vaincre parce qu’il s’agissait d’un second traumatisme au même endroit. Pendant de longues semaines de revalidation, j’ai pédalé en ayant mal, c’est physiquement et mentalement compliqué. En ces moments-là, je me sentais comme un coureur qui démarre de zéro. S’entraîner seul n’offre pas de points de comparaison. Je reviens de loin et aujourd’hui, j’ai hâte de mieux cerner les progrès que je dois encore accomplir, de mesurer mon état de forme par rapport aux équipiers que je vais côtoyer durant quelques jours.

Votre priorité absolue, c’est ?

Retrouver un niveau d’efficacité qui me procure du plaisir en compétition, voir si je suis capable de me mêler à la lutte pour la victoire, puis renouer avec le succès le plus rapidement possible, où que ce soit. Je n’ai pas levé les bras en 2020, un cas de figure que je n’avais pas connu depuis mes débuts chez les pros, en 2003… J’ai hâte de retrouver le chemin traditionnel, celui que j’empruntais chaque année, avec un chouette programme et des résultats à la clé.

Si la chronologie est respectée, dans un calendrier qui retrouverait une forme de normalité, Milan-Sanremo sera le premier monument de la saison. La Primavera reste-t-elle un objectif ?

Je garde toujours Sanremo dans un coin de la tête (il sourit). Primo : lorsque vous n’allez pas bien, que vous travaillez pour revenir en forme, vous avez toujours besoin de sources de motivation, de buts concrets devant les yeux. La Primavera a donné du sens à tout ce que j’ai fait ces trois derniers mois. Secundo : un succès sur la Via Roma me permettrait de boucler la boucle et de donner encore plus de valeur, de relief à mon palmarès (NDLR : le fameux StrightforFive, Phil aurait ainsi gagné les cinq grands monuments des classiques). Ce sera difficile, je ne suis pas le meilleur sprinter, je ne suis plus le coureur le plus explosif, je reste toujours présent dans la finale mais un peu derrière… Mais jusqu’au bout, je tenterai ma chance, il faut toujours suivre ses rêves.

Philippe, quel regard posez-vous sur cette nouvelle génération qui a tout raflé en 2020 ?

Pogacar, Hirschi, Evenepoel, Bernal… Ils sont impressionnants et ont en effet trusté quasi tous les prix ces derniers mois. Mais je me souviens qu’en 2017, ce sont les trentenaires qui avaient dominé les classiques. Difficile de tirer des conclusions définitives, sinon que tous ces gars-là sont au-dessus de la norme.

Vous citez Remco Evenepoel, que vous avez vu arriver chez Quick-Step en 2019. Où se situent ses limites ?

Personne ne les connaît encore avec précision, à commencer par lui-même. La dernière grosse interrogation concerne sa capacité à gérer les efforts en haute montagne, au-dessus des 2.000 m d’altitude, là où les grands leaders se départagent souvent pour la victoire finale. Remco n’a pas encore eu l’occasion de se tester dans ce contexte de course. Mais je pense qu’il peut y réussir aussi, car il est mentalement très costaud. Il a profondément confiance en ses qualités, sa solidité psychologique m’impressionne encore plus que ses aptitudes physiques.

Wout van Aert et Mathieu van der Poel ont dominé les dernières classiques, est-ce seulement le début de leur règne ?

Ils sont extraordinaires, dans le sens premier du terme. Ils débarquent sur une course et y jouent la gagne tout de suite. Ils retournent vers le cyclo-cross, qu’ils dominent depuis plusieurs années déjà et hop, ils s’imposent. Puis ils reviennent à la route et sans délai, ils sont performants. J’avais déjà vu des garçons comme Sven Nys ou Julien Absalon, qui venaient du cyclo-cross ou du VTT et voulaient se tester sur la route mais leur niveau était bien inférieur. Je ne sais pas si van Aert et van der Poel vont pouvoir tenir des années durant à ce haut niveau de performance, avec une telle intensité, quasi sans discontinuer 300 jours par an.

À quoi ressemblera votre programme ?

A priori, sauf changement induit par la pandémie (voyez le report du Challenge de Majorque), je commencerai par La Marseillaise (31/01), l’Etoile de Bessèges (3-7/02) et le Tour de Provence (11-14/02). Puis le Nieuwsblad (27/02), Paris-Nice (7-14/03), Milan-Sanremo (20/03)…

Philippe, outre la victoire, qu’est-ce qui vous a le plus manqué ces derniers mois ?

Le contact, le partage avec les supporters et les fans de cyclisme. Le vélo, c’est un sport profondément humain.

 
 
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