Paddock: «Avec Cédric Cherain, il y a un coup intéressant à jouer en WRC3», confie Stéphane Prévot

Paddock: «Avec Cédric Cherain, il y a un coup intéressant à jouer en WRC3», confie Stéphane Prévot
D.R.

La dernière participation de Stéphane Prévot à une manche WRC remonte à 2015 à l’époque où il épaulait Stéphane Lefèbvre sur une DS3 officielle. Les deux hommes avaient d’ailleurs remporté la catégorie WRC2 lors de la manche inaugurale.

Stéphane, comment se fait-il qu’on ne vous voit pratiquement plus en WRC ?

Ce n’est pas l’envie qui me manque mais aujourd’hui, très peu de copilotes sont payés puisque la plupart des pilotes ne le sont pas. À l’exception des gens qui roulent dans l’une des deux équipes officielles (Hyundai et Toyota, Ndlr) et qui touchent un salaire, les autres équipages sont contraints d’acheter leur volant via des sponsors. Dans un tel contexte, les copilotes ne sont plus rémunérés. Certains consentent parfois des sacrifices énormes pour rouler en mondial. Je pense notamment à Scott Martin, l’équipier d’Elfyn Evans, qui a vécu un long moment dans une caravane à Andorre parce qu’il ne gagnait pas un centime. J’exerce ce métier depuis plus de trente ans, je suis toujours aussi passionné mais il est hors de question que je roule gratuitement. Je me suis tourné vers d’autres programmes moins ronflants mais en cinq ans, j’ai disputé des dizaines de rallyes et j’ai continué à nourrir ma famille.

Très content de retrouver le Monte-Carlo ?

Et comment ! Même si cette épreuve a été contrainte de s’adapter au formatage imposé par la FIA, en supprimant notamment les spéciales ardéchoises, elle demeure magique par son histoire, sa complexité. Le parcours 2021 a aussi été quelque peu raboté à cause des normes imposées par le Covid-19 mais la course demeure intéressante. Il faudra composer avec un parcours qui évolue d’une heure à l’autre, des choix de pneus difficiles. On aura sans doute des routes sèches, du verglas, de la neige, du brouillard. Tout ce que j’aime dans le rallye.

Vous y avez des souvenirs variés.

En effet. Par deux fois, je suis monté sur le podium. Avec François Duval en 2004 et la Ford Focus et avec Chris Atkinson et la Subaru Impreza en 2008. Beaucoup de gens se souviennent aussi qu’en 2005, on s’est pris un poteau dans ma portière avec François. Une entrée fracassante au sein de l’équipe Citroën.

Cette année, que pouvez-vous espérer en termes de résultat ?

Avec Cédric Cherain, il y a un coup intéressant à jouer en WRC3, la catégorie réservée aux amateurs qui roulent en R5. Il n’a pas la moindre expérience du mondial mais je vais pouvoir l’aider à éviter certaines erreurs. Nous disposerons d’une Fabia performante et fiable. Nous bénéficierons des conseils techniques de Lionel Hansen, un ingénieur belge très expérimenté. On aura aussi un ouvreur (Kurt Heckters, Ndlr) qui annotera les pièges du parcours environ 2h40 avant nous. Heureusement ! Pour certaines spéciales, six jours se seront écoulés entre le passage en reconnaissance et la course. C’est dire si les conditions de la route auront pu évoluer.

Parlons du championnat du monde. Thierry Neuville pourrait décrocher le titre, cette année ?

Bien sûr. Mais c’est le cas depuis 2015. Cette année encore, il trouvera sur sa route les mêmes adversaires : Ogier et Tänak. Il n’est pas impossible que son équipier chez Hyundai soit plus encombrant que l’an passé. À ces deux-là, il faut aussi ajouter Evans qui a réussi une très belle campagne 2020 alors qu’il débarquait chez Toyota. Quant à Rovanperä dont ce sera la 2e saison en WRC, il est sans doute encore un peu tendre pour disputer le titre mondial mais il va certainement jouer la victoire à plusieurs occasions. Nos compatriotes ont d’ailleurs intérêt à se dépêcher à être champions du monde. La jeune génération prendra bientôt le pouvoir. Outre Rovanperä, les chronos signés par le fils Solberg en R5 sont très prometteurs.

Votre avis sur ce championnat ?

Les bagarres en tête sont formidables mais c’est regrettable qu’il n’y ait qu’une poignée de pilotes capables d’exploiter le potentiel de ces WRC. Je le répète depuis des années, et je sais que les usines ne sont pas favorables à mon opinion, mais si le championnat accueillait uniquement des bolides de la catégorie R5 (comme ceux qui jouent la victoire en Belgique, Ndlr), les plateaux du mondial auraient une autre allure. On retrouverait certainement une trentaine de voitures au top et beaucoup de pilotes pourraient jouer la victoire. Hélas, ce n’est pas demain qu’on vivra un tel revirement. C’est même l’inverse puisque les usines vont devoir aligner des voitures hybrides à partir de 2022. J’espère que cette nouvelle réglementation attirera de nouveaux constructeurs mais je demande à voir. Apparemment, l’élaboration de ces voitures est fort coûteuse.

Votre programme après le Monte-Carlo ?

Il est prévu que je dispute le championnat de Belgique sur une Porsche 991 GT3 avec Glenn Janssens, un gentleman driver. Je devrais également rouler en France avec Nyls Stievenart, un jeune pilote. Dans les deux cas, je ne m’attends pas à disputer la première épreuve avant avril-mai. À condition que la situation sanitaire s’améliore, bien sûr.

Vous comptez rouler longtemps encore ?

J’ai la chance de faire ce métier par passion. Si je peux encore m’asseoir dans le baquet droit d’une voiture de course au cours des dix prochaines années, je serai ravi.

 
 
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