Accord interprofessionnel 2021-2021 - Une marge d'à peine 0,4% pour les deux prochaines années (synthèse)

Le rapport forme la base des négociations entre les employeurs et les syndicats pour le nouvel accord interprofessionnel (AIP), qui établit la norme salariale pour le secteur privé. Ces négociations sont menées tous les deux ans. Les deux dernières fois, les salaires avaient pu être relevés de 1,1%.

L'estimation de la marge s'appuie sur les prévisions en matière d'évolution des coûts salariaux en Allemagne, en France et aux Pays-Bas et d'indexation automatique en Belgique et, d'autre part, elle tient compte de l'écart salarial qui est éventuellement apparu entre la Belgique et ces trois pays de référence depuis 1996, rappelle le CCE.

La marge est chiffrée selon les dispositions de la loi relative à la promotion de l'emploi et à la sauvegarde préventive de la compétitivité de 1996, dont les modalités ont été en partie revues en 2017.

Vu les grandes incertitudes liées à la crise du coronavirus, il n'était pas aisé de calculer, cette année, la marge maximale disponible, situe le CCE. Habituellement, le calcul se base en effet sur la moyenne des prévisions des instituts nationaux de prévision, de l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), de la Commission européenne et des banques centrales des trois pays de référence. Seules les données communiquées récemment par les banques centrales ont pu être utilisées cette fois.

La crise du Covid-19 a aussi engendré des biais dans le calcul de l'évolution des salaires. Par exemple, un grand nombre de travailleurs sont mis en chômage temporaire alors qu'ils travaillent souvent dans des secteurs où le salaire est plus bas que la moyenne. "Comme ils ne sont plus comptés dans les statistiques de salaire, cela a pour effet d'augmenter artificiellement le salaire moyen macroéconomique. De ce fait, les prévisions salariales reflètent davantage ces effets statistiques que l'évolution des salaires négociés."

En dépit de ce contexte difficile et grâce à l'étroite coopération avec la Banque nationale de Belgique et avec les banques centrales des trois pays de référence, il a donc tout de même été possible de veiller à ce que les calculs reposent sur une base scientifique solide, se félicite le Conseil.

Le calcul part de l'évolution prévue des coûts salariaux horaires dans les pays de référence pour la période 2021-2022 (3,65%), de laquelle est soustrait la prévision d'indexation (2,85%), détaille-t-il.

Il faut également tenir compte de l'évolution salariale depuis 1996. Si les salaires en Belgique ont évolué plus vite qu'en Allemagne, en France et aux Pays-Bas, cela diminue la marge maximale disponible et inversement. De 1996 à 2020, la croissance des coûts salariaux horaires a ainsi été plus faible en Belgique que dans les pays de référence de 0,08%.

Ensuite, la loi prévoit également une marge de sécurité pour éviter une augmentation salariale plus rapide en Belgique que dans les pays de référence en cas d'erreur de prévision, comme une augmentation des salaires trop forte dans ces pays ou une augmentation trop faible de l'indexation. Elle s'élève cette année à 0,5%, à déduire du chiffre précédent. Cette marge de sécurité sera rendue en 2022 s'il n'y a pas eu d'erreur de prévision, assure le CCE, qui en arrive à la conclusion que la marge maximale disponible est donc de 0,4%.

Le Conseil central de l'économie "escompte que le contexte macro-économique se stabilisera en 2021 et qu'il sera dès lors de nouveau plus simple de chiffrer l'évolution escomptée des coûts salariaux".

Les partenaires sociaux, réunis au sein du Groupe des 10, doivent à présent trouver un accord. Les négociations devraient débuter dans les prochains jours.

"Il est aujourd'hui plus que jamais indiqué d'éviter une détérioration brutale de la compétitivité et les pertes d'emplois qui en découlent en cette période particulièrement incertaine où nous sommes confrontés à la plus grave crise économique de l'après-guerre (-7% du PIB)", ont réagi les organisations patronales (la Fédération des entreprises de Belgique (FEB), l'Unizo, l'Union des classes moyennes (UCM) et le Boerenbond). L'avenir économique dans de nombreux secteurs est à ce point incertain que même cette marge salariale limitée ne sera certainement pas réalisable dans tous les secteurs, ont-elles en outre mis en garde.

De leur côté, les syndicats disent ne pas pouvoir souscrire à cette marge salariale. Une telle "aumône" est inacceptable pour les travailleurs, estiment en effet la CSC, la FGTB et la CGSLB, qui fustigent une nouvelle fois le durcissement de la loi de 1996 sur les salaires.

La norme salariale est importante car la Belgique est un petit pays à économie ouverte, fortement dépendant des exportations vers les pays voisins, l'Allemagne, la France et les Pays-Bas. Si les coûts salariaux belges augmentent plus vite que ceux des pays voisins, la compétitivité belge diminuera, ce qui peut avoir un impact négatif sur l'emploi.

 
 
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