La mise à l’honneur de deux collaborateurs nazis par le Parlement flamand irrite

Le Parlement flamand
Le Parlement flamand - Belga

Pour célébrer les 50 ans du Parlement flamand (ou plutôt la création en 1971 du Conseil culturel de la Communauté néerlandaise), celui-ci a décidé, sous l’égide de sa présidente Liesbeth Homans (N-VA), de mettre en avant 14 personnalités ayant « contribué à l’émancipation du peuple et de sa langue ». Parmi ces rares représentants triés sur le volet figurent deux collaborateurs notoires : August Borms et Staf De Clercq. Une mise à l’honneur « scandaleuse » pour Yohan Benizri, président du Comité de Coordination des Organisations Juives de Belgique (CCOJB).

« Nombre de jeunes belges ne connaissent pas l’histoire de leur pays », déplore-t-il. « On ne peut lutter efficacement contre les discours de haine lorsque l’on célèbre un héritage honteux. Ce double message est totalement délétère. »

« La Belgique doit faire la lumière sur le rôle des collaborateurs et complices du régime nazi pendant la Seconde guerre mondiale. Cette terrible histoire est porteuse d’enseignements, qui résonnent d’autant plus aujourd’hui que nous vivons une période difficile et que de nombreux citoyens cherchent des réponses simples et des boucs-émissaires à la crise sanitaire », estime-t-il. « Il serait judicieux pour la Flandre de sensibiliser les jeunes générations aux questions de responsabilité citoyenne au lieu de glorifier des anciens collaborateurs nazis. »

Le quotidien flamand De Standaard s’interroge

Le choix du parlement flamand n’a pas ému que le CCOJB. De Standaard s’interrogeait également la semaine dernière : « Est-il convenable de mettre à l’honneur deux sympathisants nazis, collaborateurs avec l’occupant allemand, dont un (Borms) pendant les deux guerres mondiales de surcroît ? « Se demandant si le parlement flamand était devenu « masochiste », le quotidien rappelait que « si Borms et De Clercq étaient parvenus à leurs fins, il n’aurait jamais été question d’un parlement flamand, ni même d’une démocratie en général ».

De Standaard soulevait également d’autres lacunes à la célébration. « A grands renforts de concepts creux et à la mode, il (le magazine du parlement flamand) formule unilatéralement l’objectif du mouvement : ’le développement et l’essor de l’indépendance, de l’identité et de la langue flamandes’. (…) Force est de constater que paradoxalement, le nationalisme flamand n’a joué absolument aucun rôle institutionnel dans cette histoire », rappelle le journal, ajoutant que le mouvement, après avoir choisi la voie autoritaire (avec Borms et De Clercq notamment), s’est « systématiquement opposé à toute réforme de l’Etat visant à accorder davantage d’autonomie et de compétences à la Flandre ».

Enfin, dans une interview réalisée pour le magazine du parlement régional, la présidente du parlement Mme Homans estime encore qu’il est tout à fait possible de travailler avec certains parlementaires Vlaams Belang, relève De Standaard. Des propos éloignés de ceux de son président de parti, Bart De Wever, qui écartait toute ambiguïté sur une éventuelle collaboration avec le parti d’extrême-droite le mois dernier dans des entretiens avec Humo et la Gazet van Antwerpen. « Si c’est ça le futur, je ne veux pas en faire partie. Je ne vais pas me renier pour préserver mes fonctions. Je leur ferme la porte, avec le sourire », avait-il alors affirmé.

 
 
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