« Produire de l’électricité avec de l’eau, c’est zéro carbone »

C’est l’énergie renouvelable la moins connue. L’hydroélectricité ne nécessite aucun combustible et n’émet donc aucune émission de CO2. Pour Paul-Etienne Verheven, Entity Manager Coo-Hydro, gérer les 9 centrales de barrages et de rivières belges est une réelle fierté.

L’eau est un acteur essentiel dans la production d’énergie verte et dans la transition vers un avenir plus neutre en carbone. En Belgique, 8 centrales au fil de l’eau – le long de l’Amblève, de la Warche et de la Semois – alimentent près de 17.000 ménages en électricité verte. La station de pompage-turbinage de Coo, elle, assure l’approvisionnement d’environ 240.000 familles supplémentaires. Au total, neuf installations donc, sur lesquelles veille Paul-Etienne Verheven, Entity Manager Coo-Hydro chez ENGIE.

L’eau pour seul combustible

« Développer l’hydroélectricité est plus compliqué que l’éolien ou le solaire, admet l’ingénieur civil en constructions mécaniques. Niveau production, on reste également dépendants des apports en eau. Nos centrales produisent surtout l’automne et l’hiver, quand les précipitations sont les plus abondantes. L’été, la production est plus faible, voire nulle, car les cours d’eau sont bas. Mais en Belgique, ça tombe bien, car finalement ces centrales répondent présentes lorsqu’on en a le plus besoin. »

 

Et ce n’est pas le seul avantage des centrales hydroélectriques. Leur durée de vie est extrêmement élevée (60 ans voire plus) et elles ne nécessitent aucun combustible (l’eau suffit). « Une fois construite, le bilan carbone de leur fonctionnement est donc nul, ajoute Paul-Etienne Verheven. Elles s’intègrent également parfaitement dans le paysage et ont un petit côté authentique alors que ce sont de petits bijoux de technologie. Avec les 40 personnes qui travaillent au sein de l’entité, c’est une vraie fierté de les maintenir en bon état de marche et de contribuer à leur modernisation pour, davantage encore, réduire leur impact environnemental global sur les cours d’eau et sur leur biodiversité. »

Mais comment fonctionnent-elles ? L’eau puisée dans le cours d’eau actionne une turbine qui, à son tour, déclenche un générateur qui transforme l’énergie en électricité. Plus le débit de l’eau est élevé, plus la quantité d’électricité sera grande.

Une batterie géante

La centrale de Coo agit cependant différemment et joue un rôle majeur dans le mix énergétique du pays. « Il faut davantage la voir comme une énorme batterie, précise son gestionnaire. Depuis son démarrage voici bientôt 50 ans, son rôle a évolué. Elle est beaucoup plus sollicitée car elle accompagne et soutient les énergies solaire et éolienne afin de garantir l’équilibre du réseau électrique. Nous réalisons près de 10.000 démarrages de la centrale de Coo par an. »

En effet, ses six unités de production peuvent être mises en marche à tout moment pour pallier une baisse brutale de production ou absorber l’électricité excédentaire. Ainsi, lorsque la demande d’énergie est réduite, l’eau passe du bassin inférieur de la centrale aux bassins supérieurs par pompage pour être utilisée plus tard. D’où son rôle de batterie. Quand la demande est forte, l’eau est cette fois déversée dans le bassin inférieur en passant par les turbines et alternateurs pour produire instantanément le courant nécessaire. « Nous avons une capacité de stockage de 1.080 MW durant six heures, note Paul-Etienne Verheven. Soit l’équivalent d’une tranche nucléaire. Nous travaillons d’arrache-pied pour que, prochainement, cette capacité soit encore augmentée de 80 MW. Coo est à l’heure actuelle la seule façon de stocker l’énergie à grande échelle en Belgique. »

Gros pull plutôt que thermostat

Si son travail le pousse à faire des pas de géant pour assurer un avenir plus neutre en carbone, notre spécialiste de l’hydroélectricité incite aussi sa famille à le suivre dans sa démarche, à petits pas. « Nous buvons beaucoup d’eau du robinet et sommes des adeptes du gros pull plutôt que du thermostat, plaisante-t-il. On essaie aussi de privilégier les transports en commun le plus souvent possible ; le tram, avec les enfants, c’est déjà une excursion en soi ! Et puis, on donne la priorité aux travaux qui nous aident à diminuer nos consommations dans la maison. Je suis aussi très vigilant à la manière dont je conduis pour économiser le carburant ; je ne suis pas encore passé à l’électrique (rire). Pour les vacances, c’est en voiture, il y a tellement de jolies choses à proximité. D’ailleurs, je vous invite à venir vous promener du côté du barrage de Robertville ou de celui de Butgenbach, ça vaut vraiment le détour. La boucle autour du lac de Coo n’est pas mal non plus… »

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