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Après la résilience, la mutation: les défis de la presse en 2021

Paradoxalement, la crise a redonné de l’espoir au secteur : le journalisme (de qualité) a fait mouche, les abonnements numériques cartonnent… Du moins pour les marques médias fortes.

Analyse - Responsable du pôle Multimédias Temps de lecture: 4 min

Cette manie des observateurs médias à systématiquement considérer le New York Times comme le mètre étalon du secteur a parfois le chic d’agacer les éditeurs de presse. On ne compare pas des pommes et poires : autre contexte, autre planète, autres référents. Et pourtant, comme l’a répété des dizaines de fois dans ses chroniques notre collègue du Soir  : cette année, « il s’est passé un truc incroyable » : pour la première fois de son histoire, le quotidien new-yorkais a généré plus de revenus via ses activités numériques que via le papier.

Mine de rien, ce n’est pas banal. Cela s’est passé en 2020, dans un contexte cauchemardesque de crise sanitaire, où la résilience aura été le maître mot planétaire. Pour les médias, la résilience a aussi été synonyme de mutation sur fond de dégelée généralisée sur le marché publicitaire (pilier majeur de leur modèle économique avec la vente de contenus). La grande majorité des éditeurs de presse n’a pas eu le choix : pousser à fond sur la pédale d’accélérateur de leur transition numérique, amorcée il y a deux décennies par essais erreurs. Cette fois, plus question de se tromper. Formats, pratiques journalistiques, innovations, modèle d’affaires… Des options, jugées salutaires, se sont imposées.

Dans leur traditionnel rapport annuel sur les médias, le Reuters Institute et l’université d’Oxford le confirment : les ruptures observées en 2020 ne sont pas que conjoncturelles. Elles devraient se transformer en tendances tenaces en 2021.

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Plus de journalisme (mais moins de journalistes)

Certains journaux ont souffert plus que d’autres. Aux Etats-Unis, c’est quasiment un titre « régional » qui disparaît par semaine. Mesures d’économie, plans de restructuration, rotatives à l’arrêt, regroupement d’éditions… Malgré elle, la crise a cyniquement fait le ménage… au moment où la demande d’informations fiables n’a jamais été aussi forte. Dans des conditions parfois rocambolesques en raison du télétravail forcé, seuls les titres les plus costauds ont pu faire le gros dos.

Paradoxalement, selon l’enquête Reuters, la crise a aussi renforcé la confiance des éditeurs en l’avenir de leur propre entreprise (73 %) et envers le journalisme en général (53 %). La nécessité d’une info fiable saute désormais aux yeux. Sept patrons de presse sur dix estiment même que les fake news sont « une bonne nouvelle pour le secteur ». L’enquête, le fact-checking, le journalisme de données ont montré leur importance cruciale. Le besoin de s’appuyer sur des journalistes experts, et non plus des généralistes ultra-polyvalents utiles en temps de guerre d’audiences, s’est aussi renforcé.

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Les gens paient pour de l’info (de qualité)

Ce point serait en fait une conséquence du premier. La qualité des contenus a joué un rôle d’accélérateur dans la bascule vers un modèle d’affaires centré sur l’abonnement. Oui, les audiences des sites de presse ont grimpé de manière vertigineuse. Sauf qu’elles ne servent plus (seulement) à faire la course au clic dans un modèle basé sur la publicité, mais, surtout, à convertir les internautes en abonnés. L’abonnement numérique à un quotidien s’est fait une place sur le smartphone, à côté de celui à Netflix ou Spotify.

Selon Reuters, un éditeur sur deux dans le monde en fait une priorité en 2021. Sauf que, soulève-t-il, le mouvement profite surtout à quelques marques médias fortes : le New York Times, Le Monde, Le Figaro ou, en Belgique, Le Soir (voir ci-contre). Une inévitable concentration du marché devrait s’observer. Et avec elle, l’incontournable question du pluralisme.

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On innove moins (mais mieux)

A moitié convaincues par la data-visualisation, les rédactions ont résolument adopté le journalisme visuel dans leurs pratiques quotidiennes. L’avalanche de données liées au covid n’y est pas étrangère. Pour le reste, l’innovation s’est surtout concentrée sur l’essentiel : se reconnecter à son audience. Cela passe par des formats plus incarnés : investigation locale, coproduction de contenus avec le lecteur, podcats, mais aussi les newsletters, qui ont opéré un come-back fracassant en 2020.

En 2021, pas de folies : les éditeurs mettront plutôt la gomme sur l’expérience utilisateur et le design de leurs supports numériques.

Toujours selon Reuters, 2021 pourrait aussi célébrer la grande réconciliation entre la presse et Google. On songe à l’accord sur les droits voisins, comme celui qui vient d’être signé la plupart des éditeurs en France. Depuis le début du confinement, près de 212 millions de dollars ont aussi été versés par Google et Facebook pour soutenir 7.000 rédactions locales américaines (et lutter contre les fake news).

A noter, dans le même registre, le rôle d’amortisseur de crise joué dans de nombreux pays par les aides d’urgence publiques en 2020. Gageons, sur base des volontés politiques observées par les administrations Biden et européennes, que le prochain rapport Reuters prédira une phase de régulation du marché entre les Gafa et les médias en 2022. Même le New York Times l’appelle de ses vœux. C’est dire…

«Le Soir n’a jamais eu autant de lecteurs»

Temps de lecture: 2 min

Les signes d’espoir sont présents : le journalisme (de qualité) a fait mouche, les abonnements numériques cartonnent…. Pour autant, chez les éditeurs, on ne fanfaronne pas. « Nous devons rester humbles », répète Christophe Berti, rédacteur en chef du Soir, dont la rédaction démarre l’année comme s’est clôturée la précédente : pied au plancher et en télétravail. « Les chiffres, d’audience et d’abonnements, traduisent surtout un besoin énorme d’informations fiables et professionnelles dans le contexte de crise que nous traversons. Le lecteur nous le rend bien : il vient au Soir par le contenu, pour le contenu : du décryptage, de l’enquête, du débat… C’est rassurant et motivant. »

Des chiffres records

Et que disent les chiffres ? Que plus de 530.000 visiteurs uniques par jour, en moyenne, ont choisi de s’informer sur les supports numériques du Soir, soit une fréquentation quotidienne en hausse de 43 % par rapport à 2019. Que le nombre d’abonnés flirte désormais avec la barre des 150.000 (les ventes d’abonnements directs ont plus que doublé en deux ans grâce au numérique). Et que, au total, plus de 800.000 lecteurs s’informent donc chaque jour, via le papier ou le numérique (chiffres 2020 du CIM).

C’est beaucoup ? « Oui », sourit Thomas Barvais, son directeur marketing. « En réalité, si on analyse ces tendances sur une plus longue période, c’est simple : Le Soir n’a jamais touché autant de lecteurs de toute son histoire. Cela montre aussi qu’il semble réussir sa transformation digitale (voir notre infographie). »

« En 2021 », poursuit Thomas Barvais, « Le Soir poursuivra plus que jamais sa transformation digitale en proposant de nouvelles fonctionnalités et expériences de lecture à ses abonnés, permettant au passage d’améliorer l’environnement publicitaire pour ses annonceurs. L’aspect multimédia (podcasts, infographies, vidéos) sera développé et intégré davantage encore au projet éditorial. »

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6 Commentaires

  • Posté par Chalet Alain, samedi 30 janvier 2021, 12:11

    Journalisme de qualité ? Exemple concernant Le Soir: le 1er article actuel de sa section "économie" nous parle de la préparation des crêpes! Cela situe bien le niveau. Et jamais il n'y a un article sérieux sur la situation économique actuelle, les marchés boursiers, le développement économique de tel ou tel pays ou région du monde.

  • Posté par Thunus Didier, samedi 30 janvier 2021, 11:46

    Etonnant de lire ça, pour une année où des centaines de milliers de personnes se sont tournées vers des médias alternatifs. La phrase "Une inévitable concentration du marché devrait s’observer. Et avec elle, l’incontournable du pluralisme" est bizarre et un peu cotradictoire non? Et il faudra aussi m'expliquer la différence entre fact-checking et censure. Il n'y a jamais une seule vérité, il y a toujours plusieurs façons de percevoir ce qui se passe. Il y a certes des dangers mais la censure est extrêment dangereuse également. La liberté d'expression est une pierre angulaire de notre démocratie. Pour l'instant la philosophie est très manichéenne, je ne vois pas encore le juste milieu. Je pense pourtant que la presse a tout intérêt à le trouver.

  • Posté par Schollier Thierry, samedi 30 janvier 2021, 11:38

    Cette référence au NYT me semble parfaitement incongrue, pour plusieurs raisons. D'abord parce qu'il s'adresse à 320 millions d'Américains plus quelques centaines de millions d'anglophones, avec de très nombreuses pages qui ne sont pas exclusivement concentrées sur l'actualité nationale, ensuite parce que l'abonnement n'y coûte que 8 $ (comparez avec les journaux européens, c'est effarant) mais surtout parce qu'il attire le lecteur avec de très nombreux articles de grande qualité en accès libre. S'ils ne devaient proposer en accès libre qu'une majorité de dépêches Belga truffées de fautes d'orthographe et de contresens, je doute fort du résultat. Pour le reste, je suis convaincu que tout cet engouement est strictement conjoncturel, dopé par des titres accrocheurs d'articles pour abonnés. Il suffit de voir qu'un même article est présenté avec un titre qui évolue dans le temps pour en être persuadé.

  • Posté par Pire Bernard, samedi 30 janvier 2021, 11:07

    Pour les médias, le Covid, c'est la poule aux oeufs d'or... Plus besoin de chercher des sujets de l'autre côté de la Terre, des scandales qui n'en sont pas, des "scoops", il suffit de publier tous les jours un tombereau de statistiques, d'avis, de lettres ouvertes, on est sûr de se faire un max de fric... Capitaliser sur la peur et le lavage de cerveau, en somme. Pour ma part, je regarde encore le Soir, parce que j'ai un abonnement gratuit. Pour le reste, je me méfie comme la peste des petites lucarnes et des médias en général.

  • Posté par Y Jacques, samedi 30 janvier 2021, 11:14

    Des fois, je me demande s'il y a encore une différence entre les médias et les perroquets ^^ Côté abonnement, le mien (gratuit aussi) expire cette année et je ne le renouvellerai pas ...

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