Ismaël Saïdi: «‘Racisé’, c’est la pire insulte que vous puissiez me faire»

Ismaël Saïdi: «‘Racisé’, c’est la pire insulte que vous puissiez me faire»

Ismaël Saïdi, écrivain, réalisateur, comédien et dramaturge, était l’invité du Grand Oral RTBF/Le Soir ce samedi 06 février sur La Première. Alors que sa pièce «Mohammed» donne sa dernière représentation en streaming live ce samedi, il se lève contre les divisions de la société, contre les cases sociales et culturelles, et contre la victimisation.

Ismaël Saïdi se décrit comme un Belge, d’origine marocaine, de confession musulmane, et de culture judéo-chrétienne et laïque. Des couches qu’il présente comme indissociables. Alors la question qui fâche : est-ce que ismaël Saïdi est une personne racisée, une personne qui souffre de discrimination raciste ? « J’ai toujours détesté qu’on me mette dans une case, ‘racisé’ c’est la pire insulte qu’on peut me faire. Dire que je suis racisé, c’est dire que vous et moi on n’a rien en commun, on n’a rien à se dire… Ça recommence ! Ça revient à dire que je souffre à cause de quelqu’un. Il faut qu’on arrête avec ça et qu’on laisse plus de place à l’humanité ! »

Arrêter la victimisation

« Est-ce que la Belgique est un pays raciste ? Est-ce que c’est un pays qui a mis en place des lois pour discriminer ? Non. Est-ce qu’il y a de la discrimination structurelle ? Oui ! Il y a une espèce d’entre-soi qui empêche des personnes de percer le plafond de verre. J’ai lutté toute ma vie contre la discrimination, je l’ai vécue aussi, mais je ne veux pas qu’une génération entière grandisse en pensant que son pays la maltraite, qu’elle vienne au monde en victime sans essayer quoi que ce soit. Et c’est ça que je dis à ces ados : tu étudies, tu écris convenablement, tu apprends à parler convenablement, tu te bats. Si à ce moment-là on te discrimine, je serai à côté de toi pour te défendre jusqu’au bout, mais pas avant. » Des propos qu’il assume, mais qui lui ont valu quelques retours violents. « Il y a un vrai business de la discrimination ! Que ce soit de la part d’élus politiques ou de milieux associatifs. Ça arrange certaines personnes de dire « tu es victime, c’est moi qui vais te sauver, je te suis utile ». J’ai grandi dans cet environnement-là, je n’en veux plus aujourd’hui. Ils ont eu ma génération, ils n’auront pas mes enfants. Je veux que mes enfants et les vôtres grandissent ensemble. Je veux qu’on arrête de dire que s’il a raté en math, c’est parce que le prof est raciste : non ! Je veux qu’on dise : si tu as raté en math, c’est parce que tu n’as pas étudié ! »

Se dresser et refuser l’ordre établi

Dans sa pièce de théâtre « Mohammed », Ismaël Saïdi incarne le Salman le Perse, en présentant l’homme et sa vie. Une prise de risques ? « Pour quelle raison il n’y a que les personnes qui tuent en son nom qui pourraient en parler aujourd’hui ? Moi cet homme, je l’aime profondément, surtout après avoir écrit son histoire. Et je lui dois de rétablir un peu ce que je considère être sa réalité historique. C’est un homme qui, à un moment donné, a entendu une voix qui lui a dit de se dresser et de refuser l’ordre établi. Et à aucun moment cet homme n’a arrêté, malgré les insultes, malgré les coups. Et à aucun moment cet homme n’a demandé à qui que ce soit de le venger. » Le message serait donc que les actes violents réalisés en son nom pervertissent son histoire ? « J’ose espérer que quand on égorge un professeur en Son nom, c’est qu’on ment sur Mahommed. C’est mon boulot aussi, en tant que croyant, de ne pas laisser que les fous parler en son nom. »

 
 
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