Frais injustifiés, non-respect des procédures, incohérences...: ce qui a mené au départ du CEO de Liège Airport

Frais injustifiés, non-respect des procédures, incohérences...: ce qui a mené au départ du CEO de Liège Airport

Mis en cause par l’audit qu’a fait mener le groupe liégeois Nethys dans la plupart de ses filiales, dont l’aéroport de Liège, le directeur de ce dernier, Luc Partoune, a été informé par le conseil d’administration -auquel il n’avait pas été convié- de son licenciement pour faute grave, ce mardi soir.

L’audit mené par le bureau Deloitte épingle plusieurs manquements potentiels dans la gestion de M. Partoune, notamment l’embauche en janvier 2019 d’un consultant, ex-mandataire socialiste et ancien patron de TEC, Jean-Claude Phlypo. Selon la convention qu’il avait nouée avec l’aéroport, M. Phylo était autorisé à facturer chaque mois cinq journées de travail à 1.000 euros, soit un total de 60.000 euros par an. Selon des sources concordantes, ce consultant n’a justifié de réelles prestations qu’à une ou deux reprises au cours des 24 derniers mois, alors que sa convention, dont Le Soir a pu prendre connaissance, précise explicitement que les factures non accompagnées de fiches de prestations ne peuvent être ni contresignées par la direction, ni honorées. De plus, son recrutement il y a un peu plus de deux ans n’aurait été précédé d’aucun appel d’offres. Contactés par Le Soir, tant Jean-Claude Phlypo que Luc Partoune ont affirmé n’avoir rien à se reprocher.

Le 1er février dernier, Luc Partoune a été entendu, en présence de son avocat, par les auditeurs de Deloitte sur une série de constats effectués dans les documents qu’ils ont analysés. Outre la convention de Jean-Claude Phlypo, on parle ici de notes de frais insuffisamment justifiées, de non-respect des procédures d’appels d’offres et de marchés publics, ainsi que d’autres incohérences et possibles fautes de gestion. Les réponses de Luc Partoune lors de sa rencontre avec Deloitte ont provoqué, dans la foulée, d’autres auditions. Lors de l’une au moins de ces auditions, des documents contredisant les explications du CEO ont été transmis au bureau Deloitte et aux avocats qui l’accompagnaient. Un e-mail détaille notamment des échanges lors desquels Luc Partoune donne instruction à un ancien directeur de l’aéroport de payer à Jean-Claude Phlypo plusieurs factures qu’il avait bloquées parce qu’elles n’étaient accompagnées d’aucun justificatif.

L’ensemble des constats de Deloitte sur le premier volet de l’audit ont été présentés lundi au comité d’audit de l’aéroport, et approuvés, au point d’envisager un licenciement pour faute grave. Mais pareil cas de figure doit non seulement être notifié – pour des raisons juridiques – à M. Partoune dans les trois jours mais également être validé par l’ensemble du conseil d’administration. Pas question donc d’attendre la réunion du CA qui avait été initialement fixée au vendredi 12 février pour réagir. Confrontés à l’urgence, les administrateurs se sont réunis ce mardi vers 18h30 et ont voté à l’unanimité en faveur de l’éviction du CEO. C’est Frédéric Jacquet, actuel directeur-général adjoint, qui assurera la direction ad interim.

Transaction pénale

En octobre 2019 déjà, soupçonné dans un autre dossier de faux en écriture, détournements et abus de biens sociaux – il était suspecté d’avoir fait endosser par son employeur des dépenses en réalité effectuées à titre privé –, Luc Partoune avait conclu une transaction pénale avec le ministère public et évité ainsi des explications devant le tribunal correctionnel.

En 2018, refusant que son salaire de 430.000 euros soit raboté par le décret gouvernance, Luc Partoune avait cité son employeur au tribunal du travail de Liège, lui réclamant des arriérés de rémunération ainsi que des dommages et intérêts. Les magistrats l’avaient débouté, relevant dans leur jugement du 28 février 2020 que M. Partoune n’a subi aucun dommage et qu’il tentait « seulement à tout prix de retrouver la situation financière qui était la sienne avant l’adoption du décret. »

 
 
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