Encore étudiants et déjà entrepreneurs

Encore étudiants et déjà entrepreneurs

« Écoutez toujours votre maman, sauf quand il s’agit de lancer votre entreprise… Foncez ! » Entre humour et détermination, Brieuc donne le ton avec ce conseil aux étudiants. Le cofondateur de Good Move sait de quoi il parle, puisque le duo a créé la start-up pendant leur bachelier en sciences économiques. « C’est le moment idéal pour entreprendre. Sans trop de responsabilités ni de contraintes, on peut se permettre de prendre des risques », explique-t-il.

« On est jeunes, on a le temps de se tromper »

Leur aventure débute en 2016, sur les bancs de l’UNamur. La rencontre, entre le pragmatique et le créatif, fait des étincelles et débouche sur une solide amitié… Jusqu’à aiguiser leur appétit entrepreneurial. « On en discutait souvent autour d’une bière : monter notre projet, trouver nos solutions, avoir un impact positif sur la société… Quand Lucas m’a parlé de son idée, je n’ai pas hésité une seconde », se souvient Brieuc. Good Move était sur les rails. Avaient-ils peur ? Se sentaient-ils préparés ? Pas le moins du monde : « On est jeunes, on a le temps de se tromper. Nous avons peut-être sous-estimé l’ampleur de la tâche, mais l’entrepreneuriat reste un apprentissage perpétuel. Il faut bien se lancer à un moment ! », insiste-t-il.

Le chemin se fait en marchant

Avec le soutien de leurs parents, le duo se spécialise dans la production de jus de fruits et légumes bio, pressés à froid pour conserver toutes les vitamines. Good Move entre rapidement chez LinKube pour profiter de l’encadrement de l’incubateur namurois. Un passage salutaire et formateur… « LinKube nous a également trouvé un parrain, Ludovic Vanackere de L’Atelier de Bossimé, dont le soutien est inestimable », explique Brieuc. Après avoir été couvée, la start-up prend son envol, tout en restant présente au sein de l’écosystème entrepreneurial wallon. « Le coup d’accélérateur offert par Reaktor (ndlr Un programme d’accélération de start-up) nous a beaucoup aidés, tout comme les nombreux échanges avec d’autres entrepreneurs. »

L’art de se réinventer

La crise sanitaire marque un coup d’arrêt soudain. Le duo prend la douloureuse décision d’appuyer sur pause. « On ne pouvait pas tenir avec nos frais fixes, mais… abandonner n’a jamais été dans nos plans. C’est le projet de nos vies ! » Après avoir pris un peu de recul et injecté leur droit passerelle, ils remontent en selle grâce au potentiel des micropousses : des plants de légumes sans pesticides, récoltés après une dizaine de jours. « Lucas s’intéressait aux atouts écologiques de l’agriculture verticale. Après quelques essais concluants, et les bons conseils d’Éric Maes (ndlr Cofondateur de “Père Olive”), on s’est lancés... un peu à l’aveugle », avoue Brieuc. Mais la sauce prend ! Un packaging écologique, un système de récupération des invendus et déjà des dizaines de points de vente, en quelques mois. Le pivot de Good Move est un modèle du genre et le succès a été couronné par une levée de fonds de 230.000 euros pour continuer à croître et quitter… la cave devenue étroite de la maman de Lucas qui abrite la production.

Encore aux études et vouloir entreprendre. Comment faire ?

La mission de l’incubateur étudiant de Namur qui a accueilli les deux étudiants de Good Move ? Permettre aux jeunes de concilier études et entrepreneuriat. Rencontre avec Coralie Dufloucq, coordinatrice de l’initiative, soutenue par la Sowalfin.

Qu’offre concrètement LinKube ?

Le panel de services, individuels et collectifs, est très large et (presque) gratuit. Du coaching, des ateliers thématiques ou encore le matching avec des entrepreneurs chevronnés. Nous aidons les étudiants à se constituer un réseau, à prototyper dans un fablab et à confronter rapidement leur produit au marché, grâce au prêt d’un numéro d’entreprise. Ils ont aussi accès à un espace de travail au TRAKK (ndlr Le hub créatif namurois), où ils baignent dans un environnement entrepreneurial.

Comment faire pour incuber son projet ?

Un premier contact (coralie@linkube.be) permet de faire un tour d’horizon du projet : la réflexion est-elle assez avancée ? ; quelle est la proposition de valeur ? ; l’équipe est-elle solide ? ; etc. Le candidat passe ensuite devant un comité. Cette sélection permet surtout de prendre les projets au « bon » moment, pour que les deux ans d’incubation soient le plus profitables possible pour la future entreprise.

Un message pour ceux qui hésitent encore ?

Si vous avez une idée, l’envie de la développer et de faire bouger les choses, alors LinKube est là pour vous aider. Un échec ? C’est au pire une super expérience.

Les jeunes et l’entreprenariat

Amélie Jacquemin, professeur en entrepreneuriat à l’UCLouvain, est aux premières loges pour observer le phénomène des jeunes entrepreneurs. « En un mot ? Cela foisonne ! Les projets, mais aussi les acteurs, les outils, les initiatives, etc. Les jeunes sont plus que jamais encouragés dans cette voie et l’écosystème leur donne l’embarras du choix. Cela renforce également notre responsabilité, afin de leur montrer toutes les facettes de l’entrepreneuriat. »

Du côté de l’UCL-Mons, un parcours en trois « marches » permet aux étudiants d’approcher l’entrepreneuriat à leur rythme. « Après la sensibilisation en bachelier, nous proposons une option de 90 heures en master. La troisième marche est celle de l’accompagnement à la création, au cours duquel nous sécurisons l’approche et aidons le projet à grandir », explique le Pr Jacquemin.

Et si tout se résumait à un conseil ? « Restez l’auteur de votre projet. L’accompagnement est important, mais vous devez rester maîtres à bord, afin que le projet continue de faire sens à vos yeux. »