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Les diktats de la bien-pensance

Si on comprend bien la militante noire néerlandaise Janice Deul et sa bande, seule une Noire peut traduire une Noire !

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Responsable des "Livres du Soir" Temps de lecture: 2 min

La jeune écrivaine néerlandaise Marieke Lucas Rijneveldt a donc jeté l’éponge. L’éditeur Meulenhoff lui avait demandé de traduire le recueil de poèmes d’Amanda Gorman, vous vous rappelez, cette poétesse américaine de 22 ans, qui avait lu son « The Hill We Climb » avec fraîcheur et profondeur à la cérémonie d’investiture de Joe Biden.

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44 Commentaires

  • Posté par Nimal Françoise, vendredi 12 mars 2021, 13:51

    Sauf que ça ne s'est peut-être pas passé comme ça.... Voir cet autre point de vue, plus étayé, du traducteur Patrick Dechesne : Il semble que je doive avoir une opinion sur l'affaire Gorman/Rijneveld. Ça tombe bien, j'en ai une. Elle est en plusieurs points. 1° La base : Les auteurs et les autrices racisées sont victimes du racisme systémique. Dans notre système éditorial occidental, il est clairement plus difficile de faire entendre leur voix et, quand elle est quand même portée par une maison d'édition, il est souvent trop vrai de constater que ces écrivains et écrivaines n'en souffrent pas moins de discriminations, conscientes ou non. Je ne vais pas en refaire l'historique, il a déjà été fait ailleurs, je vous renvoie au discours de réception de l'Astounding Award 2020 de R.F. Kuang, qui couvre l'ensemble du problème. Ces remarques sont tout aussi valables pour les autres maillons de la chaîne du livre et, par conséquent, pour les personnes qui s'occupent de traduction. 2° Le cas particulier. a. Marieke Rijneveld n'est pas une traductrice, je pense que c'est la première chose qu'il faut relever. C'est une poétesse et une écrivaine, elle n'a à ma connaissance aucune traduction publiée à son actif. b. Amanda Gorman est plus qu'une écrivaine. "The Hill We Climb" a acquis un statut iconique. Les éditions de ce poème et du recueil qui le contient doivent être manipulées avec encore plus de soin que n'importe quelle autre édition. c. Il y a une équipe qui travaille avec Amanda Gorman. Je sais qu'elle a été représentée comme sortie out of nowhere par la plupart des médias blancs européens, mais, en fait, sa célébrité et sa reconnaissance sont acquises aux USA depuis bien longtemps. Elle a notamment ouvert la session annuelle de la Bibliothèque du Congrès dès 2017 (à 19 ans), a lu des poèmes sur MTV et collaboré avec des institutions telles que le Morgan Museum ou des entreprises telles que Nike des années avant de déclamer son poème pour l'investiture de Biden. Ce n'est donc pas quelqu'un de facilement influençable, c'est une femme aguerrie à la fois aux réalités sociales et aux réalités du business. d. Amanda Gorman et son équipe était enchantées du choix de Rijneveld, dont elles admirent manifestement les écrits. e. Un processus de traduction avait déjà été mis en œuvre par toutes les parties intéressées, comprenant notamment la participation de sensivity readers. f. Ce que d'aucuns décrivent complaisamment comme un shitstorm est resté dans des mesures relativement calmes. Il y a eu des demandes, des questionnements et de la colère, mais franchement, c'était plutôt soft pour une polémique sur les réseaux sociaux. Je n'ai pas trouvé de noms d'oiseaux ou de menaces dans les fils et articles consacrés au sujet, par exemple. g. Je coiffe ma casquette de traducteur : beaucoup ont écrit que Marieke Rijneveld avait déclaré être "choquée" par la controverse. C'est une traduction simple et potentiellement inexacte du terme. Le participe passé employé ("beschrokken") peut tout aussi bien signifier "troublée" ou "bouleversée", ce qui vous l'avouerez, n'a pas du tout le même sens ni les mêmes connotations. Comme quoi, une traduction, c'est quelque chose à manier avec soin et à qui on peut potentiellement faire dire autre chose que ce que l'autrice a voulu exprimer. Ça ne m'étonne absolument pas que ce soit le terme de traduction CHOISI par CNews. Cela me peine que ce soit celui relayé par la majorité des internautes francophones que j'ai lus, y compris des gens intelligents qui auraient peut-être dû se renseigner et essayer de voir les textes originaux plutôt que de se baser sur des articles au parti-pris évident. h. Cette phrase a été la seule qui a été reprise du tweet où Marieke Rijneveld s'exprime sur cette controverse. Évidemment, on a pas jugé bon de nous informer sur d'autres points. Tout d'abord, Marieke Rijneveld n'est pas virée du projet ou mise sur la touche. Elle renonce d'elle-même à cette traduction. Pourquoi ? C'est là le plus intéressant. Je la cite : "Ce qui m'intéresse, c'est la richesse de la langue. (...)Je me rends compte, cependant, que, moi, je suis en mesure de penser et d'agir de cette manière, alors que beaucoup ne le sont pas." Marieke Rijneveld ajoute : "je comprends donc les personnes qui se sentent blessées." C'est cette réflexion qui l'a amenée à renoncer à cette traduction. Je dis bien "renoncer", une décision personnelle motivée par une réflexion et non une odieuse censure comme on voudrait vous le faire croire. Je pense que ce geste grandit cette femme. 3° La réception de cette polémique en France. Les journaux français qui se sont intéressés à l'affaire n'ont donc pas jugé bon de donner toutes les informations nécessaires à la compréhension de cet événement. Les gens qui ont donc immédiatement crié au racialisme et à la censure se sont fait manipuler. Ça ne vous a pas mis la puce à l'oreille que ce soit principalement CNews qui a le premier mis cette polémique en évidence, suivi de près par Fdesouche ? L'autre chose qui me fait beaucoup rire, c'est que 95% des gens qui s'indignent de cette polémique seraient bien incapables de citer le nom de deux traducteurs ou traductrices noires sans chercher sur Google. Franchement, s'il y avait plus de place pour les traducteurs et traductrices noires en Europe Occidentale, cette polémique n'aurait jamais existé. Pour une fois qu'on demande de faire de la place et que la personne blanche à qui il a été demandé de le faire accepte avec des arguments empathiques, je trouve que c'est plutôt une raison de se réjouir. Comme d'habitude, paille et poutre : qui se lève et s'insurge quand des auteurs et autrices, traductrices et traducteurs, commentateurs ou commentatrices noires sont invisibilisées, ghettoïsées, censurées, mises au rencard ? Ça arrive assez souvent et je ne vois strictement jamais de polémique de telle ampleur quand cela est dénoncé. Par ailleurs, à mon avis, la portée iconique hautement politique et revendicatrice des œuvres d'Amanda Gorman demande plus de délicatesse dans les choix qui sont fait lorsqu'on les édite que bien d'autres œuvres. J'ajoute enfin que c'est quand même bizarre aussi que quand l'extrême-droite fait interdire des livres dans les bibliothèques scolaires, y a ZÉRO réaction en France. Quand les fondamentalistes chrétiens font retirer des œuvres d'auteurs et autrices gays des médiathèques publiques, y a ZÉRO réaction en France. Et ça arrive TOUS LES JOURS ! Par contre, quand c'est une demande provenant de milieux militants antiracistes, la levée de boucliers est immédiate. Choisissez mieux vos combats ! 4° Je suis bien obligé de parler de mon cas personnel d'homme blanc ayant traduit et ayant l'intention d'encore traduire des récits de femmes noires (et d'autres, j'ai aussi traduit des autrices singapouriennes et des auteurs indiens). J'ai l'intention de continuer tant que 1° les écrivains et les écrivaines concernées sont satisfaites de mon travail, de ma façon de l'aborder et de la relation que nous entretenons et 2° tant que les lecteurs et les lectrices concernées sont satisfaites de même. Y a rien à faire, je me sens mille fois plus proche des écrits et de la pensée de Nnedi Okorafor, de Vina Jie-Min Prasad ou de Sofia Samatar que de l'immense majorité de ceux des auteurs mâles blancs contemporains qui me tombent sous la main. Y a vraiment très peu d'auteurs mâles blancs que je me donnerais la peine de traduire, 90% au moins de ceux que j'ai lus ne m'intéressent tout simplement pas. J'ai cependant aussi l'intention claire dans mes futurs (prochains) travaux en tant qu'éditeur de laisser de la place à des traducteurs et traductrices d'origines autres que la mienne. Dans mon travail de traducteur, je ne fonctionne pas par commande : je ne traduis que ce qui me plaît, ce que j'ai envie de traduire, ce avec quoi je me sens en résonance et en empathie. Ça limite vachement le nombre d’œuvres que je pourrais traduire et je n'aurais aucun problème à laisser la place à une personne que je trouve plus appropriée que moi pour traduire n'importe quelle œuvre que je voudrais traduire. Ou si on me le demandait de manière sensée, comme c'est arrivé à Marieke Rijneveld. Vous savez quoi ? Je n'ai reçu qu'une seule critique sur le fait que j'étais un mâle blanc produisant des traductions d'autrices noires. Vous savez quoi ? Elle venait d'un mâle blanc. Elle était formulée en quatre mots : "Traître à ta race".

  • Posté par Michiels Laurence, lundi 8 mars 2021, 10:57

    C'est ça les dangers du "wokisme" ! Ségrégation pour tout !

  • Posté par GOBBO Corrado, lundi 8 mars 2021, 10:40

    Le racisme ou toute exclusion basée sur race /couleur de peau (tout comme sur sexe, orientations etc...) est intolérable, quel que soit le sens dans lequel elle s'exerce. L'être humain (certains du moins) ne comprendra et n'apprendra jamais ! (même chez (certains de) ceux et celles qui en ont le plus et continuent le plus à en souffrir, hélas)

  • Posté par Legarou Marcel, lundi 8 mars 2021, 10:29

    Tout ce qui compte pour certains c’est de faire parler d’eux et accessoirement de la cause du racisme Fût-ce en renonçant à toute dignité Et en plus ça marche avec certains décérébrés qui voteront peut-être pour la môme Janice maintenant visible dans tous les médias

  • Posté par Dentin Jean, lundi 8 mars 2021, 10:11

    Belle preuve de l'inanité du racisme: on prouve ici qu'une noire peut être aussi stupide qu'un blanc !

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