Un an de confinement - Après un an de crise, l'inégalité des aides à l'horeca entre Régions toujours pointée

La première fermeture s'est étendue du 14 mars au 8 juin tandis que la deuxième date du 19 octobre, avec une perspective de réouverture au 1er mai prochain, selon l'annonce du dernier comité de concertation, moyennant une évaluation de la situation épidémiologique et le respect d'un protocole sanitaire strict.

Au-delà du droit passerelle (1.614,10 euros avec charge de famille et 1.291,69 euros sans, même si un service traiteur a été mis en place) versé mensuellement aux indépendants depuis mars dernier par le gouvernement fédéral (doublé depuis octobre), les Régions ont également accordé des primes aux entreprises des secteurs touchés par l'obligation de fermeture aux premier et deuxième confinements. Des allocations de chômage temporaire ont en outre été octroyées aux employés dans l'impossibilité de travailler.

C'est principalement les aides régionales, qui ont fonctionné d'après un système de montant unique, qui sont pointées du doigt.

Au premier confinement, les aides versées s'élevaient à 4.000 euros à Bruxelles, 5.000 euros en Wallonie et 3.000 euros en Flandre accompagnés d'un forfait d'une centaine d'euros par jour de fermeture.

Au deuxième en revanche, les montants ont été recalculés: deux fois 1.500 euros à Bruxelles, aide comprise entre 3.000 et 9.000 euros en Wallonie (dépendant du nombre d'équivalents temps plein de la société) et prime égale à 10% du chiffre d'affaires en Flandre.

Le gouvernement fédéral a en outre prévu une dispense de paiement des cotisations ONSS pour les employeurs de l'horeca notamment, à condition d'avoir été actifs au troisième trimestre de 2020.

"Je comprends tout à fait la colère du secteur mais sincèrement, comparé aux autres pays, nous ne sommes pas mal lotis en Belgique. Par contre, c'est bien la première fois qu'on comprend pourquoi les indépendants payent autant de cotisations sociales", ironise Michael Palmeri, comptable et coach financier, qui compte plusieurs clients actifs dans l'horeca.

Les demandes pour le droit passerelle ont ainsi tourné autour des 40.000 durant les mois de confinement (mars, avril, mai, octobre, novembre et décembre), atteignant un pic de 42.953 en avril dernier, selon les données provisoires - les indépendants ayant encore l'occasion d'introduire une demande et de récupérer des paiements - transmises par le cabinet du ministre compétent, David Clarinval.

En ce qui concerne le droit passerelle, "on est même dans le top de ce qui se fait en Europe. C'est carrément bénéfique pour certains, principalement ceux qui disposent de petits commerces. Pour ceux dont les frais fixes sont importants, c'est différent parce que la société continue de leur coûter et les aides régionales ne suffisent pas. En Flandre toutefois, le système mis en place n'est pas incohérent", estime M. Palmeri. "Les Flamands sont maintenant plus rigoureux dans la demande de primes qu'en Wallonie et à Bruxelles parce qu'ils ont donné davantage lors du premier confinement."

"Nous n'avons pas été si mal soutenus", estime pour sa part Nicolas Decloedt, de "Humus & Hortense", à Ixelles, qui juge que si ce soutien ne fut "pas top", il n'a "pas été dégueulasse non plus".

"Je n'ai jamais attendu d'aides, mais je mesure au millimètre près depuis le premier jour", rétorque quant à lui Karen Torosyan ("Bozar"* à Bruxelles). "Tout ce que je gagne aujourd'hui, chaque centime, c'est ce que je ne perds pas. Je prends le problème à l'envers."

Un avis que ne partage pas le président de la Fédération Horeca Wallonie, Thierry Neyens. "J'ai reçu de multiples clignotants ces derniers temps, on est clairement dans les semaines de trop. La rage gronde par rapport aux disparités entre Régions. Je ne sais plus tenir la base, le secteur va éclater. On ne peut pas tenir les gens à genoux éternellement. Je ne connais d'ailleurs pas un autre secteur qui aurait accepté cette situation", déplorait-il après l'absence d'annonce du comité de concertation du 26 février. Le silence radio des autorités "a allumé la mèche", estime-t-il.

Le président regrette entre autres l'absence de nouvelles indemnités - Thierry Neyens refuse en effet d'utiliser le terme "aide" alors que le secteur a été contraint de fermer - de la part du gouvernement wallon depuis le 15 décembre dernier.

Entre-temps, le gouvernement wallon a annoncé de nouvelles mesures dans son nouveau plan d'aide aux entreprises et indépendants affectés par la crise du coronavirus. Une nouvelle indemnité de 4.000 à 12.000 euros est notamment prévue pour l'horeca.

Par ailleurs, un protocole clair et équitable est attendu pour la reprise de tout le secteur, identique dans toutes les Régions, souligne M. Neyens au nom de sa fédération. Des questions demeurent quant aux aérosols, au nombre de tables permises, aux heures de fermeture, aux terrasses... "mais il faut que ce soit coordonné entre Régions, sinon il y aura indéniablement des flux entre celles-ci".

"Si les aides ne sont pas calibrées et la distribution non équitable, le risque est grand de voir se développer un horeca à deux vitesses, avec la perte d'un patrimoine et de sa diversité car les gros rapaces rôdent déjà", prévient encore le président.

Thierry Neyens redoute enfin une pénurie de main-d'oeuvre à venir et des réorientations professionnelles en séries. "Pour certains jeunes en formation, les stages n'ont pas été possibles et d'autres vont quitter le secteur pour une plus grande stabilité. Aujourd'hui, on enregistre déjà de 5 à 10% de démissions."

Sur les 33.000 emplois que comptait le secteur dans la capitale, 3.000 ont été perdus, abonde Fabian Hermans, administrateur de la Fédération Horeca Bruxelles. Ce dernier demande une aide sous la forme d'une réduction de charges salariales pour faire revenir les travailleurs dans le secteur. "Nous craignons encore de perdre 10.000 emplois en 2021. Et la moitié seront des gens qui vont s'en aller parce que plus personne ne croit dans l'horeca. On le voit dans les formations, où l'on manque de candidats", avertit Fabian Hermans.

Enfin, en Régions wallonne et bruxelloise, "le taux de faillites s'élève à 10% aujourd'hui mais, s'il n'y a pas de réactivité de nos responsables avec un grand 'R' par rapport à nos besoins, ce pourcentage montera à 30% d'ici la fin de l'année", assure encore M. Neyens.

 
 
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