Vaccins: l’Union européenne menace de durcir les conditions pour ses exportations

Vaccins: l’Union européenne menace de durcir les conditions pour ses exportations
EPA

La Commission européenne a menacé mercredi de durcir les conditions d’exportation hors UE des vaccins anti-Covid, afin d’obtenir – au nom de la « réciprocité » – des doses auprès des pays qui en produisent aussi, en particulier le Royaume-Uni.

« Nous voulons de la réciprocité et de la proportionnalité dans les exportations, et nous sommes prêts à recourir à toutes les options (…) pour nous assurer que l’Europe reçoive sa juste part », a averti la présidente de l’exécutif européen, Ursula von der Leyen, lors d’une conférence de presse.

« Les routes doivent être ouvertes dans les deux sens (…) Nous exportons beaucoup de vaccins vers des pays qui en produisent eux-mêmes. C’est une invitation pour eux à être ouverts (…) Si la situation ne change pas, nous devrons avoir une réflexion sur les exportations vers les pays producteurs, en fonction de leur niveau d’ouverture », a-t-elle insisté.

Mme von der Leyen a nommément pointé du doigt le Royaume-Uni, où deux sites produisent le vaccin d’AstraZeneca, massivement employé dans les campagnes de vaccination du pays.

« Nous attendons toujours de voir des doses (d’AstraZeneca) venir du Royaume-Uni. Nous invitons (Londres) à nous montrer qu’il peut également y avoir des vaccins exportés depuis le Royaume-Uni vers l’UE, de telle sorte qu’il y a réciprocité », a insisté la chef de la Commission.

Londres s’est approvisionné auprès de sites européens pour 9 millions de doses entre le 1er février et le 9 mars, selon des chiffres européens, soit environ un tiers du total des doses administrées à cette date aux Britanniques. C’est le premier marché à l’exportation des vaccins produits dans l’UE.

A l’inverse, aucune dose produite sur le sol britannique n’a été exportée vers l’UE.

Or, le contrat signé par la Commission (qui négociait au nom des Vingt-Sept) avec AstraZeneca prévoyait que les doses destinées aux Européens proviendraient de quatre usines, dont les deux situées au Royaume-Uni : engagement qui ne s’est jamais concrétisé, selon Bruxelles.

Mécanisme de contrôle

Charles Michel, président du Conseil européen, avait fustigé la semaine dernière l’attitude de Londres, qui avait aussitôt nié avoir imposé d’interdiction formelle d’exportation.

Alors que Bruxelles avait précédemment affirmé que son « mécanisme de contrôle » n’était pas « censé restreindre les exportations d’entreprises honorant leurs contrats », « nous attendons de l’UE qu’elle tienne cet engagement », a observé mercredi un porte-parole du gouvernement britannique.

Vivement critiquée pour les retards de livraison des laboratoires, Bruxelles a mis en place fin janvier un mécanisme de contrôle imposant aux exportateurs de vaccins de demander un feu vert préalable aux autorités des Etats européens concernés.

Depuis, l’UE a approuvé plus de 300 demandes d’exportation vers 33 pays, représentant un total de 41 millions de doses.

Seul un acheminement de 250.000 doses vers l’Australie a été bloqué -- au grand dam de Canberra qui a demandé mercredi aux autorités européennes d’avoir accès « en urgence » à un million de doses AstraZeneca, non pas pour l’Australie mais pour la Papouasie-Nouvelle-Guinée, un pays voisin en développement.

A l’inverse, « la réciprocité est assurée avec les Etats-Unis », s’est félicitée Mme von der Leyen.

« Il n’y a pas d’exportations depuis les Etats-Unis vers l’UE et il n’y a pas non plus d’exportations européennes vers les Etats-Unis », a-t-elle noté. En revanche, « il y a un flux sans entraves et intense de part et d’autre de matières premières et composants (pour la production de vaccins) », a-t-elle expliqué.

Aux Etats-Unis, un « executive order » présidentiel empêche toute exportation de vaccins tant que le pays ne dispose pas d’une quantité suffisante pour vacciner sa population. Mais l’exportation des composants est encadrée, soumise à des autorisations spécifiques.

Selon le New York Times, les Etats-Unis disposent de stocks de quelque 30 millions de doses AstraZeneca, fabriquées sur leur sol mais non employées, le vaccin n’ayant pas encore reçu le feu vert des régulateurs américains.

 
 
À la Une du Soir.be
À découvrir sur Le Soir +
 

Vos réactions

Règles de bonne conduite / Un commentaire abusif? Alertez-nous