Accueil Monde France

Confinement: en France, «freiner sans enfermer»

Malgré la flambée de l’épidémie, l’Hexagone a opté pour un confinement du « troisième type ». Un lockdown qui n’en est plus vraiment un et qui inquiète les épidémiologistes.

Envoyée permanente à Paris Temps de lecture: 3 min

A l’intérieur avec les miens, dehors en citoyens ». La formule est signée du Premier ministre Jean Castex. Elle a le mérite de la simplification. Depuis le week-end dernier, date d’entrée en vigueur d’un nouveau confinement pour un tiers des Français, l’impression prévalait d’une usine à gaz. Symbole des dérives de l’administration : la nouvelle attestation dont elle avait accouché. Il fallait, pour prendre l’air, cocher moult cases. Promener son chien dans un rayon d’un kilomètre était autorisé. Pour les humains, la permission de dix kilomètres était accordée. Mais s’il s’agissait d’aller faire des courses de première nécessité, le périmètre s’étendait jusqu’à trente kilomètres. Emmanuel Macron a grondé. Les attestations ne sont finalement plus que des boulettes de papier.

La philosophie désormais résumée est donc celle-ci : dans ses territoires où le virus circule le plus activement, la France est « confinée dehors ». Les habitants sont invités à ne recevoir personne chez eux mais à privilégier, sans limite de temps, les promenades, voire les pique-niques. A six convives maximum toutefois, sous peine d’une amende de 135 euros.

La France a dû jongler avec des objectifs contradictoires. Les médecins, particulièrement ceux d’Ile-de-France où les hôpitaux sont déjà pleins à craquer, réclamaient des mesures draconiennes. Mais le risque de perdre l’adhésion de la population avec de nouvelles mesures jugées trop éprouvantes, a retenu l’exécutif de prononcer un nouveau confinement « pur et dur ». Plus question donc de n’autoriser qu’une heure de sortie à un kilomètre de chez soi. Plus question non plus de fermer les librairies et les salons de coiffure, jugés « non essentiels » lors des précédents lockdowns. Et les écoles, du moins pour l’instant, restent ouvertes : une fierté hexagonale. Même le couvre-feu, il est vrai particulièrement radical, est quelque peu relâché en prévision du passage à l’heure d’été le week-end prochain. Désormais, on peut rentrer chez soi à 19 heures et non plus à 18 heures.

Parasitage politique

S’il voulait éviter la fronde de la population, Emmanuel Macron a sans doute vu juste car sa cote de confiance dévisse. Ses opposants ne l’auraient pas non plus épargné en cas de mise sous cloche drastique du pays. La maire socialiste de Paris, Anne Hidalgo, avait prévenu qu’un nouveau (vrai) confinement serait « inhumain ».

Car la gestion de la pandémie est évidemment parasitée par les arrière-pensées politiques. Le président sait qu’il joue surtout son mandat sur la crise sanitaire. Il mise son va-tout sur l’accélération de la campagne de vaccination.

Mais, bien plus light que les précédents, le troisième confinement suffira-t-il à tenir jusqu’à l’immunité collective ? Rien n’est moins sûr. Les épidémiologistes redoutent que la pression sur les hôpitaux se maintienne encore pendant deux, trois, voire quatre mois. Ironie du destin : les ministres eux-mêmes se succèdent à l’hôpital. Elisabeth Borne (Travail) à peine sortie, c’est Roselyne Bachelot (Culture) qui a dû être admise après des problèmes respiratoires.

Les choix d’Emmanuel Macron seront jugés à l’aune des impitoyables statistiques : à ce jour, 93.000 personnes sont décédées du covid en France.

En Allemagne, le grand cafouillage de Pâques

L’annulation surprise par la chancelière du plan de mise « sous cloche » de l’Allemagne à Pâques alimente la défiance des Allemands sur les capacités du gouvernement à gérer la crise sanitaire.

Temps de lecture: 3 min

En Allemagne, on ne sait plus à quoi s’en tenir. Après la volte-face de la chancelière dans sa stratégie anti-covid, plus personne ne sait comment passer ses vacances de Pâques. Dans chacune des seize régions, les règles sont différentes et les séjours à l’étranger sont soumis à différentes conditions qui changent en fonction de la situation politique.

Lors du sommet covid avec les seize patron(ne)s des régions (Länder), lundi, Merkel avait annoncé un confinement temporaire strict pour freiner la remontée des infections. Son idée était de mettre le pays « sous cloche » à l’occasion d’un week-end pascal prolongé avec des fermetures de magasins, des messes en streaming et une réduction des réunions de famille au minimum.

Face au tollé, la chancelière a tout annulé dès mercredi. « Cette idée était une erreur », a-t-elle immédiatement reconnu. « C’est ma faute et seulement la mienne. (…) Je le regrette et je demande pardon aux citoyennes et aux citoyens », a-t-elle déclaré. Raison invoquée : le plan n’était pas réalisable pour des questions pratiques…

L’annulation des offices religieux a été très mal perçue à quelques jours de la fête la plus importante du christianisme. Son propre ministre de l’Intérieur, le conservateur Horst Seehofer (CSU), s’est indigné lui-même d’une telle mesure proposée par un « parti chrétien ». Les représentants des Eglises catholique et protestante avaient d’ailleurs prévenu qu’ils ne se plieraient pas aux injonctions du gouvernement. Depuis mercredi, le gouvernement a simplement « prié » les églises d’opter pour le streaming.

L’autre gros cafouillage du gouvernement a été de retirer certaines destinations touristiques, comme l’île de Majorque, de la liste des « zones à risques ». La conséquence de ce manque de concertation entre les ministères a créé une grande confusion : alors qu’on interdisait aux Allemands de passer des vacances dans leur propre pays, on leur permettait de booker un séjour à Majorque… sans même de test au retour. « Pourquoi 400 passagers peuvent-ils s’envoler vers l’Espagne lorsqu’une famille ne peut même pas passer un séjour en camping-car sur une île de la mer du Nord ? », a protesté le conservateur Daniel Günther, ministre-président du Schleswig-Holstein.

Du coup, à six mois des élections législatives, les conservateurs continuent de perdre l’avance qu’ils avaient accumulée au début de la pandémie grâce à une bonne gestion de la crise. Dans les sondages, ils sont tombés de 40 à 26 % en quelques mois.

Aux Pays-Bas, le «confinement intelligent» est bel et bien enterré

Après avoir longtemps vanté les mérites de l’autodiscipline présumée des Néerlandais, au cours des derniers mois, le gouvernement de Mark Rutte n’a finalement eu cesse de s’éloigner de sa stratégie initiale, imposant des mesures sanitaires de plus en plus dures.

Temps de lecture: 3 min

A chaque conférence de presse dédiée à la pandémie, les Néerlandais attendent avec impatience les annonces du Premier ministre. Mardi soir, ils étaient 5,5 millions, soit près d’un habitant sur trois, à être pendus à ses lèvres. L’air solennel, le ton grave, Mark Rutte a déclaré : « On entend souvent que le plus beau moment de la vie, c’est le moment présent. C’est souvent vrai. Mais pour l’instant, j’aurais plutôt envie de dire que les bons moments sont encore à venir. »

La veille, selon un sondage publié par la chaîne privée SBS6, plus de la moitié des Néerlandais disaient souhaiter qu’il annonce de nouveaux assouplissements des mesures sanitaires en vigueur. Mais, inquiet face à la hausse des cas signalés de covid-19, le gouvernement a douché leurs espoirs. Le Premier ministre leur a tout juste accordé un report d’une heure du début du couvre-feu. Dès le 31 mars, ce dernier ne commencera plus à 21 h mais à 22 h. En revanche, Mark Rutte a annoncé un prolongement de l’ensemble des autres restrictions, jusqu’au 20 avril minimum.

Il y a encore quelques mois, au cours de ce même type de conférence de presse, le Premier ministre néerlandais évitait les comparaisons avec les pays voisins. Face à l’étonnement quant au peu de mesures prises par rapport à des pays comme la Belgique, il prônait alors le « confinement intelligent », comptant sur l’autodiscipline de ses concitoyens et ne leur imposant aucun confinement obligatoire. Mais, avec l’arrivée de la deuxième vague, le vent semble avoir tourné. En décembre, après la fermeture des commerces dits non essentiels, les rues du pays n’avaient pratiquement jamais été aussi désertes et l’apparition tardive du port obligatoire du masque dans les lieux publics intérieurs comme les supermarchés en avait surpris plus d’un. Désormais, Mark Rutte se base sur les mesures prises dans les pays environnants pour justifier ses propres décisions. « Une fois encore, les Pays-Bas s’avèrent ne pas être une île », a-t-il déclaré mardi. « Les développements autour de la troisième vague aux Pays-Bas ressemblent à ce que nous voyons chez nos voisins », a-t-il ajouté, évoquant le confinement obligatoire dans certaines régions françaises et le durcissement des restrictions en Allemagne.

Il faut dire que, depuis le début de la crise sanitaire, même moins draconiennes que dans certains pays d’Europe, les mesures du gouvernement se sont régulièrement heurtées à la forte opposition d’une partie des Néerlandais. Entre mars 2020 et maintenant, de nombreuses manifestations ont eu lieu et, fin janvier, de graves émeutes avaient secoué le pays après l’instauration du couvre-feu, toujours en vigueur.

Confinement: en Europe, les Belges ne sont pas les plus à plaindre

Si en Espagne et au Portugal, le virus est sous contrôle, il n’en va pas de même ailleurs. La troisième vague affecte la quasi-totalité du continent. La plupart des gouvernements ont dû se résoudre à un nouveau confinement.

Envoyée permanente à Paris Temps de lecture: 3 min

Qand je me regarde, je me désole, quand je me compare, je me console », disait Talleyrand. Si les Belges ont pu être assommés par les nouvelles mesures prises pour freiner la troisième vague épidémique, ils ne sont pourtant pas les plus à plaindre en Europe.

Dans bien des pays du continent, de nouveaux efforts (les derniers, promet-on) sont exigés des populations.

En France, 19 départements, parmi lesquels ceux de la région parisienne, sont soumis à de nouvelles mesures de freinage alors que le taux d’incidence moyen dans le pays dépasse les 300 cas pour 100.000 habitants.

L’Allemagne, longtemps présentée comme le bon élève pour sa gestion exemplaire de la première vague, doit aussi déchanter. Bien que le niveau de contamination soit trois fois moins élevé qu’en France, Angela Merkel a malgré tout dû se résoudre à serrer à nouveau la vis.

Aux Pays-Bas, les infections sont aussi reparties à la hausse, avec une incidence de 273 cas pour 100.000 habitants. Le confinement est prolongé jusqu’au 20 avril.

En Pologne, relativement épargnée par la première vague, la situation est jugée maintenant particulièrement inquiétante, avec des contaminations qui flambent (430 cas pour 100.000 habitants). Les magasins non essentiels et les lieux publics ont dû être refermés.

Les avertissements de l’OMS

En Italie, l’épidémie repart à la hausse, avec une incidence de 266 pour 100.000 habitants (environ 23.000 nouvelles contaminations chaque jour). Plus de la moitié du pays a dû être reconfinée au moins jusqu’à Pâques alors que dès début février, la Péninsule se félicitait de rouvrir les bars, les restaurants, les musées et les lieux touristiques après un confinement strict lors des fêtes de fin d’année. A l’époque, l’OMS avait pourtant averti l’Italie que c’était trop tôt…

Cette fois, la zone qui préoccupe particulièrement l’organisation mondiale de la santé est l’Europe centrale. Le nombre d’hospitalisations et le nombre de décès y sont parmi les plus élevés du monde.

Il reste malgré tout des pays mieux lotis.

En Espagne, le chiffre des contaminations a bien baissé (5.000 cas positifs par jour contre 35.000 fin janvier, ce qui représente une incidence de 72 cas pour 100.000 habitants) mais l’épidémie donne malgré tout des signes de reprise. Les bars et les restaurants sont ouverts, en extérieur ou parfois même en intérieur. Un couvre-feu est en vigueur à 22 heures ou à 23 heures, en fonction des régions.

Au Portugal, les chiffres font presque rêver : on y enregistre 32 cas pour 100.000 habitants, soit moins de 500 contaminations par jour. Un plan de déconfinement a déjà été établi : alors que les commerces essentiels ont déjà rouvert leurs portes, il en ira de même pour les musées début avril, pour les cinémas mi-avril, et pour les restaurants et cafés début mai.

Le Royaume-Uni nargue, lui, le vieux continent : avec la moitié de sa population adulte vaccinée, le pays entrevoit enfin les fameux jours meilleurs.

Quant aux pays nordiques, le curseur penche encore du côté des libertés. L’accent est mis sur la responsabilité des citoyens. Le niveau des restrictions y reste très faible. En Suède, même si trois quarts des lits de réanimation sont aujourd’hui occupés, il n’est toujours pas question de confinement. Il est toujours possible de s’attabler au restaurant, du moins jusqu’à 20 heures. Et le port du masque n’est que recommandé dans les transports en commun…

Le fil info

La Une Tous

Voir tout le Fil info

0 Commentaire

Aussi en France

Voir plus d'articles
La Une Le fil info Commentaires Partager

Allez au-delà de l'actualité

Découvrez tous les changements

Découvrir

À la Une

références Voir les articles de références références Tous les jobs