Richard Debeir pour Paddock: «La F1 ne m’intéresse plus vraiment»

Sur ces photos d’archives de la RTBF, on reconnaît notamment René Thierry, Michel de Ville, Richard Debeir, André Remy, Pierre Depré, Marc Jeuniau, Maurice Loiseau, Arsène Vaillant et Roger Laboureur. @RTBF
Sur ces photos d’archives de la RTBF, on reconnaît notamment René Thierry, Michel de Ville, Richard Debeir, André Remy, Pierre Depré, Marc Jeuniau, Maurice Loiseau, Arsène Vaillant et Roger Laboureur. @RTBF

La voix est intacte, le phrasé n’a pas pris une ride. Pourtant, Richard Debeir a traversé des moments douloureux. « J’ai perdu mon épouse voici un an. Josée occupait une place très importante dans ma vie. Je pense à elle en permanence. Ma santé est chancelante ; je lutte contre trois cancers mais je m’accroche. J’ai la chance de pouvoir compter sur des voisins formidables qui m’aident au quotidien.

Richard Debeir, dans les années ’70 à ‘90, c’était le Monsieur Formule 1 de la chaîne publique. « C’est à Nivelles lors du Grand Prix de Belgique en 1972 que j’ai commenté pour la première fois une course de F1 en direct », se souvient Richard. « Au début, on ne diffusait que quelques épreuves puis l’effort s’est intensifié jusqu’à commenter toutes les courses, la plupart en étant sur place. »

À une époque où les accidents mortels étaient légion, notre interlocuteur a vécu des moments particulièrement difficiles. « Je me souviens notamment de l’accident de Ronnie Peterson à Monza peu après le départ du GP d’Italie ‘78. Je logeais dans le même hôtel que les journalistes suédois. Leur désarroi faisait mal à voir. Une fois atterri en Belgique le lundi, on m’a demandé de rejoindre le plateau du journal télévisé pour commenter le crash auquel il n’avait pas survécu. Ce qui m’a profondément choqué, c’est que nous avons diffusé des images de son visage après l’accident. Il paraît que c’est une pratique courante en Italie. Il y a eu aussi le décès de Gilles Villeneuve lors des qualifications à Zolder en 1982. Sur les Grands Prix, Gilles était souvent accompagné de son épouse et de Jacques. Chez nous, il était venu seul, Jacques était resté à Monaco avec sa maman pour célébrer sa communion. Je revois encore l’hélicoptère de Gilles resté seul dans la zone de parking. De ma cabine de commentateur, je l’ai eu en point de mire pendant tout le week-end. »

Même si l’issue ne fut pas fatale, l’accident de Niki Lauda au Nürburgring le 1er août 1976 constitua un autre moment délicat. « L’embrasement de sa Ferrari a semblé une éternité. Je pensais assister à sa mort en direct. Il en est sorti, terriblement marqué. Le plus incroyable, c’est que 40 jours plus tard, Lauda était à Monza pour y disputer le GP d’Italie et tenter de défendre le titre qu’il disputait à James Hunt. Quand Lauda est décédé, on a revu les images de son accident. À chaque fois, j’en avais des frissons. »

Fort heureusement, Richard Debeir n’a pas commenté que des courses calamiteuses. « J’ai eu le grand plaisir d’assister à deux des trois victoires de Thierry Boutsen. La Brabançonne en Formule 1, c’est quelque chose. Le GP d’Australie en 1989, je l’ai commenté depuis Bruxelles mais pour le Canada et la Hongrie l’année suivante, j’étais sur place. »

Des moments forts qui ont tissé une belle complicité. « Thierry Boutsen fait partie de ces pilotes pour qui l’amitié n’est pas un vain mot. Il m’envoie ses bons vœux chaque année et m’a adressé un mot touchant lors du décès de mon épouse. À l’époque, j’entretenais aussi de très bons rapports avec Ayrton Senna, Alain Prost et Patrick Tambay. »

Au bout de 250 Grands Prix, Richard Debeir a pourtant choisi de ne plus parcourir le monde pour assurer les directs. « J’avais 50 ans, trente ans dans le monde du journalisme, je voulais passer à autre chose. J’ai tourné le dos à la F1 pour me concentrer sur une nouvelle fonction au sein de la RTBF : je suis devenu le secrétaire général du JT. Une décision que je n’ai jamais regrettée. Surtout quand j’ai assisté, depuis chez moi, à l’accident mortel d’Ayrton Senna à Imola le 1er mai 1994. Ce jour-là, je me suis félicité de ne plus être à l’antenne. Je me demande d’ailleurs comment j’aurais géré ce moment douloureux. Je me suis aussi juré que plus jamais, je ne commenterais un GP en direct. »

Retraité depuis 2004, celui qui fut le pionnier de la F1 sur notre chaîne publique a pris beaucoup de recul par rapport à la catégorie-reine. « C’est un monde en perpétuelle évolution. Dès qu’on met un pas de côté, qu’on ne s’y intéresse plus vraiment, on loupe une grande quantité d’informations. Ce sport a beaucoup évolué ; le format des qualifications et les sanctions qui font reculer les pilotes sur la grille me sont étrangers. J’avoue que je ne comprends plus grand chose à cette F1 que j’ai tant aimée. D’ailleurs, je ne cherche pas du tout à regarder les Grands Prix en direct. Je me contente du résumé de la course lors du journal télévisé. Par contre, je suis toujours un grand consommateur d’informations, je m’intéresse à l’actualité. Je ne loupe pas un JT de la RTBF ni de la maison d’en face et si c’est le cas, je fonce sur Auvio pour récupérer ce que j’ai loupé. »

Loin de la vie trépidante qu’il a menée, Richard Debeir apprécie sa retraite à la campagne.

« J’ai posé mes valises une fois pour toutes. Par ces belles journées de printemps, je contemple le jardin que mon épouse appréciait tant. Un moyen de rester en communication avec Josée. »

 
 
À la Une du Soir.be
À découvrir sur Le Soir +
  • Partie 55 e , la Porsche de Charles Weerts a fini 2 e .

    Par Dominique Dricot

    Moteurs

    24 heures de Spa-Francorchamps: l’exploit belge était tout proche

  • Premier tour: Hamilton vire en tête, derrière Bottas provoque plusieurs accrochages.

    Par Dominique Dricot

    Formule 1

    GP de Hongrie: Hamilton relance le championnat

  • PHOTONEWS_10935309-003 (1)

    Par Dominique Dricot

    Formule 1

    F1: Verstappen-Hamilton, un conflit qui ne fait que commencer

 

Vos réactions

Règles de bonne conduite / Un commentaire abusif? Alertez-nous