Charles Michel sur le «Sofagate»: «Je suis conscient que ces images sont très brutales et choquantes»

Je regrette profondément la situation et je mesure l’image désastreuse. Nous avons été installés par le protocole turc, les services avaient été informés de la manière dont les sièges seraient disposés mais pas de cette manière distancée et avec le détail visuel auquel nous avons été confrontés. Il semble que les services du protocole n’ont pas eu accès à la salle la veille, l’information n’a pas été communiquée sur cette configuration », a précisé Charles Michel sur le plateau de LN24.

« Au-delà de cette question du protocole, naturellement je regrette profondément l’image donnée et l’impression d’une forme de dédain ou mépris pour la présidente de la Commission européenne, et les femmes en général. »

Le président du Conseil a reconnu avoir rembobiné 150 fois le film dans sa tête. « Si je pouvais revenir en arrière, j’aurais veillé à ce qu il n’y ait aucune ambiguité, et une configuration de sieges qui montre le respect pour chacune et chacun.»

« Je reconnais que, sur le moment, j’ai eu la conviction que réagir, quelque soit la manière, cela présentait le risque de manifester une forme de paternalisme, c’était peut-être une erreur de ma part. Et aussi, cette réunion devait donner lieu à un travail substantiel et j’avais la conviction que cela produirait un incident bien plus grave qui impliquerait la relation avec la Turquie. »

Charles Michel n’a « pas de réponse définitive » au sujet d’une éventuelle provocation de la Turquie, « mais il est certain que ce moment-là est compris comme un manque de respect. »

La ministre belge des Affaires étrangères Sophie Wilmès s’est portée au secours du président du Conseil européen Charles Michel en affirmant sa qualité d’ardent défenseur de l’égalité femmes-hommes, alors que la polémique sur le « Sofagate » pourrait aboutir devant le Parlement européen.

« Le combat pour l’égalité femmes-hommes est très loin d’être gagné partout dans le monde. Il doit rester au coeur de notre politique étrangère, belge et européenne. Je connais Charles Michel depuis de nombreuses années, il en est un ardent défenseur » a tweeté mercredi soir Mme Wilmès, qui avait été choisie par M. Michel pour lui succéder au poste de Premier ministre quand il a pris celui de président du Conseil européen.

De leur côté, les grands groupes politiques du Parlement européen ont déploré jeudi l’image de désunion donnée mardi à Ankara par les présidents des institutions lors de leur rencontre avec le président turc et leur ont demandé de venir s’expliquer en plénière.

La vidéo montrant la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen, assise sur un divan en retrait du président du Conseil Charles Michel, lors de leur réunion avec le président turc Recep Tayyip Erdogan à Ankara, a choqué de nombreux eurodéputés.

« La rencontre à Ankara des présidents von der Leyen et Michel aurait dû envoyer un message de fermeté et d’unité de l’approche européenne vis-à-vis de la Turquie. Malheureusement, elle s’est traduite par un symbole de désunion, les présidents n’ayant pas su faire front commun lorsque cela était nécessaire. Nous attendons davantage de la politique étrangère de l’Europe », a déploré l’Allemand Manfred Weber, président du Groupe du parti Populaire Européen PPE (droite pro européenne) qui a demandé un débat en plénière.

La présidente du groupe des Socialistes et démocrates, l’Espagnole Iratxe Garcia Perez a également demandé l’audition des présidents des deux institutions « pour clarifier ce qui s’est passé » et voir « comment faire respecter les institutions européennes ».

Les images de la rencontre à Ankara « font mal » et montrent « quelque chose d’organisé », a accusé le secrétaire d’État français aux Affaires européennes Clément Beaune. « Je ne veux pas d’une Europe naïve, fragile. On a affaire à des interlocuteurs, le président turc, qui eux connaissent la force des images, la valeur des symboles. On doit être beaucoup plus fermes », a-t-il lancé.

Mercredi, Ursula von der Leyen a fait connaître son mécontentement d’avoir été placée en retrait et a exigé d’être traitée comme l’égale du président du Conseil. M. Michel a publié en soirée un message où il se désole de la situation, due selon lui à « l’interprétation stricte par les services turcs des règles protocolaires ».

« Les quelques images qui en ont été diffusées ont donné l’impression que j’aurais été insensible à cette situation. Rien n’est plus éloigné ni de la réalité, ni de mes sentiments profonds. Ni enfin des principes de respect qui me paraissent essentiels », ajoutait M. Michel.

Selon le protocole européen, ce dernier a la préséance sur la Commission à l’international, comme l’a rappelé l’ancien président de la Commission Jean-Claude Juncker à Politico.

La Turquie a estimé jeudi « injustes » les accusations qui l’ont visée, affirmant que la disposition des fauteuils au c ? ur de la polémique avait été suggérée par la partie européenne, la visite ayant été préparée par l’ambassadeur de l’UE à Ankara.

« Les demandes de l’UE ont été respectées. Cela veut dire que la disposition des sièges a été réalisée à leur demande. Nos services de protocole se sont rencontrés avant la réunion et les demandes (de l’UE) ont été respectées », a déclaré le chef de la diplomatie turque Mevlut Cavusoglu.

La Commission, elle, a réitéré jeudi son point de vue selon lequel, « en termes de traitement protocolaire, la présidente de la Commission est traitée de la même manière que le président du Conseil européen », reconnaissant toutefois qu’il pouvait y avoir « une différence de préséance. »

Mais l’accord interinstitutionnel qui règle la préséance « ne veut pas dire que, lors d’une rencontre avec un pays tiers, la présidente fait simplement partie de la délégation du président du Conseil, elle est là au même titre que lui et la mission avait d’ailleurs été annoncée par les deux ensemble », a souligné le porte-parole en chef de l’exécutif européen, Eric Mamer.

Il a appelé à ne pas exagérer l’importance donnée à cet événement, répété que Mme Von der Leyen avait choisi de se focaliser sur la substance de la réunion et qu’elle avait demandé à ses services de veiller à ce qu’à l’avenir, « les missions se déroulent selon une conception commune des mesures protocolaires ».

 
 
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