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Affaire Halimi: le droit et la psychiatrie cautions d’une injustice

Dans une carte blanche, Yohan Benizri, Président du Comité de Coordination des Organisations Juives de Belgique revient sur l’affaire Halimi, le meurtre à caractère antisémite d'une femme juive à Paris en avril 2017, et son traitement judiciaire.

Carte blanche - Temps de lecture: 4 min

Il faut entendre l’indignation et le dégoût collectifs, et prendre la mesure de la honte de voir un homme déclaré irresponsable de l’assassinat et de la défenestration d’une sexagénaire, la docteure Sarah Halimi. Apparemment, la drogue qu’il a choisi de consommer a peut-être contribué à le rendre assassin et antisémite, ou à tout le moins assassin. Il ne sera donc pas jugé.

Que la Cour de cassation de France ait appliqué une loi, c’est encore la moindre des choses. Qu’on défende la décision de la Cour en avançant que la jurisprudence est constante sur ce point, c’est se tromper de débat. L’affaire Halimi nous interroge sur ce qui est juste, et non seulement ce qui respecte le droit. Antigone le savait déjà.

Il est également fautif de se barricader derrière les seuls avis de psychiatres lorsqu’un acte, cet assassinat antisémite, est à ce point révoltant qu’il fait l’unanimité contre lui.

« Bouffée délirante »

Certains experts ont expliqué sans sourciller que la « bouffée délirante » a privé l’assassin de discernement. On aurait pu aller plus loin que la bouffée délirante: il n’est plus du tout inhabituel pour certains chercheurs de tout expliquer par la biologie, y compris les prédispositions à discriminer, à tuer ou à violer, ou par les aléas de l’un ou l’autre stimulus ou traumatisme, récent ou passé. En l’espèce, le délire allégué a bien un responsable: le consommateur de drogue. Un chauffard ivre est condamné pour avoir tué sur la route, bien que sous les effets de l’alcool. Son choix de boire procède de sa libre volonté. La liberté a une limite : la responsabilité à l’égard d’autrui, surtout quand autrui est plus faible et ciblé. Nous sommes tous des obligés.

Comment comprendre qu’un homme puisse être incapable de distinguer le bien du mal, mais pourtant tout à fait capable de distinguer une juive d’une non-juive? Des experts peuvent probablement l’expliquer, mais personne ne peut s’en contenter.

Ni le droit, ni la psychiatrie n’existent en-dehors de nous-mêmes, ce ne sont que des constructions sociales. Le droit est censé organiser une société sûre et la médecine soigner ses citoyens. L’un et l’autre sont et font ce que nous en décidons.

Il faut donc, une nouvelle fois, nous interroger sur les personnes que nous voulons être, les sociétés que nous voulons former et les messages que nous voulons transmettre à nos enfants.

Le président français a émis l’idée de modifier la loi, et son garde des Sceaux en étudie la pertinence. Nous plaidons pour de l’ambition dans ce cadre, et un débat vigoureux. Evidemment, il ne s’agit pas de « juger les fous », ni même de remettre en question que l’on puisse être, dans certains cas, déclaré irresponsable pénalement. Il n’est ici aucunement question de remplacer le pouvoir du juge par celui l’émotion populaire, fût-ce-t-elle légitime, mais de permettre à l’Etat de droit d’avoir un droit en état de répondre à Antigone sans oublier Créon.

Une question de justice et de dignité

Il faut pouvoir dire que lorsqu’un acte odieux est consécutif à une situation volontairement créée, par exemple en se droguant, son auteur doit être jugé, même contre l’avis des experts. Si la loi doit être changée, en France comme en Belgique, alors qu’elle le soit. C’est une question de justice et de dignité.

Il s’agit d’accepter que les mots ont un sens, et que se droguer a des conséquences. Il est inaudible de refuser de juger l’assassin d’une sexagénaire au motif que cet individu était en proie à un délire associé à sa consommation de drogues.

À défaut, nous continuerons de vivre irresponsables et honteux.

Co-signataires (par ordre alphabétique): Sana Afouaiz, fondatrice de Womenpreneur; Thierry Afschrift, avocat; Daniel Bacquelaine, député; Jonathan Biermann, échevin; Georges-Louis Bouchez, président du Mouvement Réformateur; Baron Jacques Brotchi, neurochirurgien et président honoraire du Sénat; Eddy Caekelberghs, journaliste; Barbara Cuglietta, directrice du Musée juif de Belgique; Aurélie Czekalski, députée; Jan Deboutte, Ambassadeur (hon.), Chef de la délégation belge auprès de l'IRHA; François De Smet, président de DéFI; Charlie Dupont, acteur; Nadia Geerts, essayiste; Olivier Goldberg, président du Keren Hayessod; Grégoire Jakhian, avocat; Joël Kotek, politologue; Esther Kouablan, directrice du MRAX; Jean Leclercq, professeur UCLouvain et membre de l’Académie Royale de Belgique; Véronique Lefrancq, députée; David Leisterh, député; Sylvain Lipschutz, président de la Joodse Centrale; Marc Loewenstein, député; Claude Marinower, échevin; Sophie Rohonyi, députée; Richard Ruben, comédien; Nathalie Skowronek, auteure; Regina Suchowolski-Sluzny, présidente du Forum der Joodse Organisaties; Viviane Teitelbaum, députée-auteure; Sam Touzani, artiste-citoyen; Nathalie Uffner, metteur en scène; Serge Vandervorst, président du service laïque d’aide aux personnes du Brabant Wallon; Alain Wahba, conseiller communal; Brigitte Weberman, productrice LN24 et animatrice; David Weytsman, député.

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10 Commentaires

  • Posté par Anagnostaras Dimitri, jeudi 29 avril 2021, 16:14

    J'adore cette phrase: "Ni le droit, ni la psychiatrie n’existent en-dehors de nous-mêmes, ce ne sont que des constructions sociales". Ca montre à quel point la déconstruction des concepts par une certaine pensée universitaire amène au nihilisme. En soit, tout est une construction sociale, il n'y a rien dans l'ordre naturel qui m'empêche de battre ma femme, posséder des esclaves ou exterminer une communauté dont les gouts musicaux m'insupporte. Un fois ce constat réalisé, on peut dire que tout se vaut, ou reconnaitre les bases de l'état de droit dans lequel nous vivons, et les valeurs qui le sous-tendent. Sans idolâtrie, on peut discuter de modifier les concepts d'irresponsabilité, mais il faut quand même reconnaitre que c'est une des distinctions de base de notre droit pénal et un peu plus que "juste une convention sociale".

  • Posté par DENIS JEAN, jeudi 29 avril 2021, 12:46

    20000 personnes (dont des politiciens responsables des lois et qui souvent utilisent la formule "je fais confiance à/en la justice") connaissent parfaitement le dossier médical du meurtrier. Secret médical ou pas? La justice descend dans la rue ! Il y a peut-être problème et sans doute faut-il en discuter sereinement et à froid. S'il s'agit d'une personne juive c'est aussi peut-être une coïncidence, ce serait alors la 1re fois qu'un tel problème se poserait (puisque c’est la 1re manifestation d’envergure protestant contre un tel jugement...) d'autre part quel citoyen français pourrait, le cas échéant, faire appel à la justice d'un autre pays? Personne ne soulève cette question de "double allégeance"! Ceci dit tout le monde comprend parfaitement l'indignation, la peine de la famille et son émotion profonde mais il est temps de ne plus communautariser et de placer tout humain sur un pied d’égalité. Un rêve !

  • Posté par DENIS JEAN, jeudi 29 avril 2021, 12:46

    20000 personnes (dont des politiciens responsables des lois et qui souvent utilisent la formule "je fais confiance à/en la justice") connaissent parfaitement le dossier médical du meurtrier. Secret médical ou pas? La justice descend dans la rue ! Il y a peut-être problème et sans doute faut-il en discuter sereinement et à froid. S'il s'agit d'une personne juive c'est aussi peut-être une coïncidence, ce serait alors la 1re fois qu'un tel problème se poserait (puisque c’est la 1re manifestation d’envergure protestant contre un tel jugement...) d'autre part quel citoyen français pourrait, le cas échéant, faire appel à la justice d'un autre pays? Personne ne soulève cette question de "double allégeance"! Ceci dit tout le monde comprend parfaitement l'indignation, la peine de la famille et son émotion profonde mais il est temps de ne plus communautariser et de placer tout humain sur un pied d’égalité. Un rêve !

  • Posté par Deckers Björn, lundi 26 avril 2021, 7:57

    Caricature! Une fois de plus, le CCOJB et de manière générale, les organisations juives voient les choses sous le prisme de l'antisémitisme en refusant de voir plus loin que le bout de leur né. Proposons d'aller lire sur Marianne l'un des trois experts (qui étaient unanimes dans leur rapport), ce n'est pas la seule consommation de drogue qui est en cause mais les bouffées délirantes constituantes d'un problème de schizophrénie. On notera comme le fait l'expert dans cette interview à Marianne que le prévenu est interné en soins psychiatrique, que comme le rappelle cet expert, cela n'est pas vraiment plus "amusant" que la prison et que vu les conditions peu évidentes pour sa remise en liberté, il y restera probablement plus longtemps encore qu'il aurait été incarcéré en prison. Les lobbys juifs une fois de plus, nous joue la corde des violons pour qu'on accepte tout et n'importe quoi au nom de leur prétendue persécution. Rappelons que l'arrêt fait explicitement référence à l'antisémitisme du geste meurtrier. L'antisémitisme n'est donc pas nié mais comme le rappelle cet expert, si un consommateur de drogue ou d'alcool sait parfaitement qu'il prend un danger en prenant le volant car ses capacités sont altérées notamment ses réflexes, personne ne sait en fumant un joint que cela peut provoquer des bouffées délirantes et favoriser les développement de la schizophrénie. Vous le saviez vous??? C'est en cela que les experts ont estimé que l'individu n'était pas responsable de son geste. Ce qui, je le rappelle ne va pas empêcher de passer de nombreuses années enfermés en centre psychiatrique, pas plus enviable que la prison. Un peu de sérieux, le CCOJB, une fois de plus, fait une tempête dans un verre d'eau!!! L'idée que le joint serait une excuse au crime est simplement d'une malhonnêteté totale et une insulte aux experts et magistrats qui ont traité ce dossier, comme souvent avec le lobby juif qui fonctionne au terrorisme intellectuel.

  • Posté par Deckers Björn, mardi 27 avril 2021, 8:12

    @Naeije Robert, prouvez moi seulement qu'il n'existe pas un lobby juif puissant et hyperactif en politique et je vous dirais que vous avez raison. Je ne prend pas de risque. Sur le fond, je maintiens, on se trompe de combat, il n'est pas question d'absoudre la fumette mais de proportionner les responsabilités de son usage. Pour l'immense majorité des fumeurs de joints, il n'y aura jamais la moindre bouffée délirante meurtrière, on parle bien d'un autre problème, corroboré par les experts psychiatres. Il n'y a guère que le lobby juif dont vous êtes d'ailleurs un digne représentant, nervis, à voir dans ce jugement un biais identitaire!

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