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Coronavirus: une nouvelle année sans examens pour les élèves du réseau WBE

Le pouvoir organisateur WBE a pris position suite à la recommandation de la ministre Désir. A l’exception des épreuves externes et années diplômantes, les élèves de l’officiel ne seront soumis à aucun examen en juin prochain. Ni session de repêchage début septembre.

Info « Le Soir » - Journaliste au service Société Temps de lecture: 4 min

Le pouvoir organisateur Wallonie-Bruxelles Enseignement (WBE) a tranché ; il n’y aura pas de session d’examen de fin d’année pour les élèves de l’école officielle. De la première primaire à la septième secondaire, les 127.000 élèves que compte le réseau organisé par la Communauté française (environ 15 % des élèves) seront logés à la même enseigne. A deux exceptions près : les épreuves externes (CEB, CED, CE1D) qui sont sous la coupe de la ministre de l’Education, Caroline Désir (PS), auront évidemment lieu. Tout comme les examens de sixième secondaire.

Dans la directive organisant la fin d’année scolaire que Le Soir a pu se procurer, on retrouve toute une série de mesures qui donne « la priorité absolue à l’accueil des élèves et aux apprentissages ». Pour les élèves du fondamental tout d’abord, les établissements organiseront en juin les épreuves certificatives obligatoires du CEB ainsi qu’une évaluation diagnostique en 2e primaire. Et c’est tout. Aucun bilan ne sera organisé dans les autres années d’études. Le réseau WBE « demande » aux directions de mettre le focus sur les apprentissages essentiels tels que définis dans la circulaire du début d’année.

Priorité aux épreuves « diagnostiques »

La même logique s’applique à l’enseignement secondaire. Les évaluations certificatives externes (CE1D, CEB pour les élèves non titulaires et CESS) auront bel et bien lieu. Le CESS visant uniquement le français et l’histoire, le réseau WBE a souhaité maintenir les examens en 6e secondaire. Cette session devra toutefois s’étendre sur une durée maximum de sept demi-jours. « En dehors des évaluations certificatives ou sommatives, tout doit être mis en œuvre afin de poursuivre les activités d’enseignement jusqu’au mardi 22 juin 2021 au plus tôt », précise la directive.

Le pouvoir organisateur WBE tient à distinguer les évaluations sommatives, des évaluations diagnostiques visant à situer l’élève. Ces dernières seront maintenues en première secondaire. Les établissements qui le souhaitent peuvent aussi mener ces évaluations en 3e, 4e, et 5e année. Il importe de préciser que ces évaluations ont une visée « indicative ». Elles ne peuvent donc mener à une note chiffrée inscrite dans le bulletin.

Redoublement « exceptionnel »

Quant au redoublement, le réseau WBE suit la logique promue par la ministre de l’Education. « Compte tenu de la situation inédite de cette année scolaire, le redoublement d’un élève doit demeurer une mesure strictement exceptionnelle et dûment motivée », peut-on lire dans la directive. Les secondes sessions étant tout simplement abolies cette année, la décision ne pourra pas attendre le mois de septembre.

Enfin, afin d’éviter la polémique du 30 avril dernier, les journées pédagogiques impliquant une suspension de cours devront être reportées à l’année scolaire 2021-2022. Que ce soit dans le fondamental ou dans le secondaire. « Dans cette optique, le processus d’accompagnement WBE des écoles en vague 3 des plans de pilotage est suspendu et reprendra l’année scolaire prochaine. »

Disparité entre réseaux

En vertu du principe de liberté pédagogique, il revient aux pouvoirs organisateurs de tabler sur le déroulement ou non des examens. A la différence des épreuves externes, la ministre peut uniquement formuler des recommandations. Si son appel à la bienveillance semble avoir été entendu de toutes parts, le maintien ou non des examens ne fait pas l’unanimité. Dans le réseau libre (confessionnel et non confessionnel) et l’officiel subventionné (communes et provinces), les décisions se prennent en ordre dispersé.

Le Segec (secrétariat général de l’enseignement catholique) a rappelé la liberté dont disposait chacun de ces pouvoirs organisateurs. « Une certaine bienveillance s’impose, comme le suggère la ministre dans sa circulaire », souligne son porte-parole Christian Carpentier. Avant d’ajouter : « Il faut faire confiance aux équipes éducatives sur la façon d’organiser les examens de fin d’année au mieux dans les circonstances exceptionnelles que l’on connaît. » La même logique s’applique du côté du Cpeons, la fédération de pouvoirs organisateurs du secondaire officiel subventionné. Le Felsi (fédération des établissements libres subventionnés indépendants) réunira ses directions du secondaire ordinaire mercredi 5 mai pour « faire émerger une position commune ». A noter que les établissements ont jusqu’au 10 mai pour informer les élèves et leurs parents des modalités des évaluations de fin d’année.

Enseignement: les évaluations sont-elles importantes pour l’apprentissage?

Oui, répond Natacha Duroisin, professeure à l’Ecole de formation des enseignants de l’UMons : « Il est important de savoir si les élèves ont acquis ou non la matière ».

Entretien - Journaliste au service Société Temps de lecture: 3 min

Professeure à l’Ecole de formation des enseignants de l’UMons, Natacha Duroisin a mené plusieurs recherches sur la question épineuse de l’évaluation. Face à la directive émise par WBE, elle pointe le risque de confusion.

Natacha Duroisin.
Natacha Duroisin. - D.R.

Vous émettez des craintes quant au vocabulaire employé dans cette directive ?

En effet ! Dans nos recherches, nous avons constaté que de nombreux enseignants faisaient des amalgames entre les différents types d’évaluation. La directive pointe la suppression de certains types d’épreuves au profit d’autres. Je crains qu’elle ne vienne rajouter de la confusion. Au lieu d’évaluation diagnostique, il serait préférable d’utiliser le terme d’évaluation formative.

Justement, qu’est-ce qui différencie les épreuves « diagnostiques » et « formatives » des épreuves « sommatives » ?

Il existe quatre types d’évaluation. L’évaluation diagnostique a une fonction préventive. Elle intervient avant l’apprentissage pour dépister avec précision les causes des difficultés persistantes. Elle peut venir après, mais on perd la notion de diagnostic. Le but sera alors d’identifier où le bât blesse, où se situent les difficultés spécifiques. On n’est pas dans une visée de bilan de ce que l’élève sait et ne sait pas faire. Parce qu’elle requiert une connaissance pointue de la matière, l’évaluation diagnostique est compliquée à mettre en œuvre. Elle ne s’improvise pas du jour au lendemain. Depuis deux ans, nous menons une expérience pilote où l’on apprend aux enseignants à mettre en place ce type d’évaluation. Il y a un véritable travail à mener entre les chercheurs et les enseignants. Ce qui est plus simple à réaliser, en revanche, ce sont les évaluations formatives. L’évaluation formative intervient plutôt pendant l’apprentissage pour déceler les difficultés des élèves et y remédier. Elle vise à réajuster le tir. A l’instar de l’évaluation diagnostique, elle ne sanctionne pas l’élève avec une note. A côté de cela, on a l’évaluation sommative où l’on est dans une visée rétrospective et certificative. Des points sont apportés. On effectue un bilan des acquis tout au long du trimestre. Enfin, l’évaluation certificative intervient à la toute fin des apprentissages. Elle permet de certifier la maîtrise des compétences. L’évaluation choisie dépend, avant tout, du but poursuivi.

Critiquée par certains, adulée par d’autres. Au fond, quel est l’intérêt de l’évaluation ?

Les évaluations sont essentielles. Elles permettent de consolider les apprentissages. Plutôt que de privilégier un type d’évaluation, il faut les multiplier. Tout l’intérêt de l’évaluation est de pouvoir donner un feedback à l’élève sur ses résultats. Si possible, assez rapidement. C’est d’ailleurs tout le problème des épreuves de fin d’année. Si l’élève ne se rend pas à la réunion de parents, il n’a bien souvent aucun retour sur son apprentissage.

La suppression des épreuves de fin d’année présente-t-elle un risque ?

Le réseau WBE a fait un choix, mais il ne faut pas évincer la question de l’évaluation. Il est important de savoir si les élèves ont acquis ou non la matière. Des évaluations – peut-être pas sommatives – doivent se tenir en remettant des feedbacks aux élèves pour qu’ils puissent progresser dans leurs apprentissages. La réactivation neuronale suscitée par l’évaluation est bénéfique. Elle permet la consolidation des apprentissages en mémoire. Leur suppression pure et simple pourrait donc avoir un impact à plus long terme sur les acquisitions.

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21 Commentaires

  • Posté par Debrabander Jean, mardi 4 mai 2021, 6:34

    Et donc cours jusqu'au mercredi 30 juin à midi !

  • Posté par Pierre Trémouroux, jeudi 6 mai 2021, 10:18

    12h20 pour être précis ;-)

  • Posté par Jaspers Marie, mardi 4 mai 2021, 3:41

    EXTRAIT : "On retrouve toute une série de mesures qui donne « la priorité absolue à l’accueil des élèves et aux apprentissages ».Cette phrase m'interpelle pour les raisons suivantes : 1) "priorité à l'accueil des élèves"! Quel accueil? Les cours ont été dispensés toute l'année.Les enseignants ne vont tout de même pas parler de la vie intime des élèves pendant le distanciel! 2)"priorité aux apprentissages"? Tout d'abord, dans les cours où il fallait maîtriser les bases et réfléchir, la majorité des élèves sont largués vu que depuis un an, ils survolent les matières qui posent problèmes! Y en a-t-il une autre que les maths? Je vous demande un avis.Donc dans les cours des semaines qui vont venir, les profs bâtiront sur du sable, donc cela ne servira à rien! 3) Comme le dit très bien Ben Weyts, "Comment allez-vous garder vos élèves motivés si vous leur dites dès à présent que ce qu'ils vont apprendre dans les semaines à venir ne comptera pas, puisqu'il n'y aura pas d'examen?

  • Posté par Jaspers Marie, mardi 4 mai 2021, 3:19

    Les évaluations certificatives sont fondamentales pour vérifier si chaque année a atteint les acquis pour l'année suivante, tout au moins dans les cours encyclopédiques c'est-à-dire les cours dans lesquels TOUT EST DANS TOUT.Je pense que seul le cours de maths a cette exigence.Il y a dix ans passés, la suppression des examens en 1°S et particulièrement à Noël, avait eu des conséquences délétères sur les CE1D dont le taux de réussite a oscillé entre 58 et 53 %.Il a généralement diminué au cours du temps en même temps que le niveau des questions diminuait aussi mais insidieusement.Par exemple, en 2018 et 2019, 1/4 des questions étaient de niveau 6°P. Il ne faut pas être naïf et savoir que les élèves ne daignent travailler que quand "cela compte pour des points".Ainsi, la majorité ne prépare pas les évaluations formatives et ne s'y investissent pas! "POURQUOI se fatiguer pour RIEN"!Ainsi les élèves de 2° S ont seulement subi le CE1D.Les élèves qui sont actuellement en 3°S, 4°S, 5°S n'ont jamais subi d'examen et c'est une faille de taille pour leurs études supérieures futures.Des examens ont une valeur formative importante : s'organiser pour revoir la matière d'une demi-année, étudier plus en profondeur vu l'enjeu, développer le sens de l'effort qui est capitale dans tous nos domaines de vie.En outre, dans un cours comme les maths, la suppression d'examen engendre une lecture superficielle pour un contrôle mais n'incite JAMAIS à revoir le cours dans sa totalité, démarche indispensable pour comprendre en profondeur et établir des liens entre les chapitres : il faut savoir jongler avec l'algèbre en trigonométrie et en étude de fonctions.La suppression des examens va rendre très difficile la compréhension de 4°S vu que l'on ne connait pas le calcul algébrique étudié dans les 3 premières secondaire.Cette année, dans des classes de 25 élèves seuls 6 suivaient et pour les autres s'était "du chinois".Que de souffrance chez ces élèves! Cette forme, C.Désir ne la connait pas et ne parle que de la souffrance du redoublement! Ces suppression d'examens en cascade va jouer un rôle noir sur le niveau général de toutes les classes.En outre, il est hallucinant que les élèves qui sont actuellement en 5°S n'ont jamais subi d'examens et en subiront "un" pour la première fois en 6°S! SUPERBE PREPARATION pour le supérieur! Les personnes qui ont voulu cette suppression des examens ne semblent pas se préoccuper du futur des élèves dans le supérieur! Que feront-ils quand ils auront des milliers de pages à maîtriser alors qu'il n'ont pas appris avec le faire avec une trentaine dans le secondaire. On peut prévoir que des cours particuliers seront nécessaires pour beaucoup dans le supérieur mais ils ne résoudront rien, en tout cas en maths et dans les cours scientifiques, car on ne peut rattraper 6 ans d'absence de formation en quelques semaines! Mais toutes ces considérations doivent être bien loin de C.Désir!

  • Posté par Vynckier Albert, mardi 4 mai 2021, 4:56

    le refrain "du tout est dans tout", je l'ai entendu pour la première fois dans la bouche de Koen Geens mais chose plus étrange encore, je l'ai retrouvé dans les écrits de de Montherlant...

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