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Roman Protassevitch, du militant adolescent à la bête noire du régime bélarusse

Portrait du jeune journaliste arrêté après le détournement dimanche d’un avion de Ryanair.

Temps de lecture: 3 min

Le journaliste et opposant bélarusse Roman Protassevitch, arrêté après le détournement dimanche d’un avion de Ryanair à bord duquel il se trouvait et qui a été contraint d’atterrir à Minsk, a commencé dès l’adolescence son activisme sur internet.

Né le 5 mai 1995, selon les autorités bélarusses, un an après l’arrivée d’Alexandre Loukachenko à la tête de cette ancienne république soviétique en 1994, il a quitté le Bélarus en 2019, partageant depuis sa vie entre la Lituanie et la Pologne, deux plaques tournantes des opposants bélarusses exilés.

Il était encore élève en secondaire lorsqu’il a été arrêté et battu en septembre 2012, à 17 ans, par des policiers en civil lors d’une vague de répression avant des élections législatives, avait raconté à l’époque à l’AFP le jeune contestataire, aujourd’hui âgé de 26 ans.

« Les policiers m’ont frappé aux reins et au foie, après j’ai uriné du sang pendant trois jours. Ils ont menacé de m’accuser de meurtres non élucidés », avait-il déclaré. Il avait été relâché après quelques heures d’interrogatoire car il était mineur.

Au cours de l’interrogatoire, des agents des services de sécurité bélarusses --toujours appelés KGB comme à l’époque soviétique-- lui demandaient ses mots de passe pour des groupes en ligne.

Roman Protassevitch dirigeait alors deux sites sur le réseau social VKontakte dont l’un appelait à boycotter les législatives et s’intitulait : « Nous sommes fatigués de Loukachenko ».

Le président bélarusse, ancien directeur d’une ferme collective, gouverne d’une main de fer ce pays de 9,5 millions d’habitants. Un vaste mouvement de contestation contre sa réélection estimée frauduleuse en août 2020 a rassemblé des foules durant l’été et l’automne. Mais il s’est progressivement essoufflé face à des arrestations massives, des violences policières ayant fait au moins quatre morts, un harcèlement judiciaire permanent et de lourdes peines de prison contre des militants et des journalistes.

Roman Protassevitch a travaillé après son arrestation de 2012 comme photographe pour des médias bélarusses et a bénéficié en 2017-2018 d’une bourse Vaclav Havel pour aspirants journalistes indépendants.

Il quitte le Bélarus en 2019 après avoir commencé à travailler pour la très influente chaîne pro-opposition Telegram Nexta (« Quelqu’un » en bélarusse).

Il devient ensuite le rédacteur en chef de cette chaîne qui compte actuellement plus de 1,2 million d’abonnés et a joué un rôle important dans l’organisation des manifestations anti-Loukachenko, partageant avec ses abonnés des détails sur les heures et les dates des rassemblements.

« Le premier journaliste terroriste »

Il est dorénavant le rédacteur en chef de la chaîne BGM qui compte 260.000 abonnés. Sa compagne, Sofia Sapéga, arrêtée dimanche avec lui, est étudiante en droit à l’Université européenne des sciences humaines (EHU) de Vilnius.

Roman Protassevitch a couvert la campagne présidentielle de 2020 durant laquelle la représentante de l’opposition, Svetlana Tikhanovskaïa, affrontait Loukachenko.

En novembre, le Bélarus a émis un mandat d’arrêt contre le jeune journaliste pour son travail chez Nexta, déclarant qu’il était « impliqué dans une activité terroriste ». Sur son profil Twitter, l’opposant s’est alors décrit avec un humour narquois comme « le premier journaliste terroriste de l’histoire ». Les activités terroristes peuvent être punies de mort au Bélarus où la peine capitale est toujours appliquée.

Quand l’avion de Ryanair a été détourné et forcé d’atterrir à Minsk, des passagers ont entendu Roman Protassevitch dire « qu’il risquait la peine de mort ». Son dernier tweet en date, le 16 mai, concerne sa couverture en photos de la visite de Mme Tikhanovskaïa à Athènes – la ville d’où son avion est parti en route pour Vilnius.

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2 Commentaires

  • Posté par GRILLO JEAN-PIERRE, mardi 25 mai 2021, 11:49

    l'Europe ne doit pas se laisser piétiner par des dictateurs : il faut la plus grande fermeté possible contre cette piraterie d'état! nos démocraties doivent montrer leurs muscles face à ces dictateurs et ceux qui les soutiennent !

  • Posté par Pablos Gino, lundi 24 mai 2021, 22:04

    Je comprends ce pauvre garçon,ils avaient déja préparé un apéro Navalny et s'appretaient à lui faire boire.

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