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Affaire Jürgen Conings: l’inscription du militaire sur la liste Ocam n’est pas remontée à la hiérarchie, selon Ludivine Dedonder

La ministre de la Défense a répondu aux questions des députés fédéraux sur les failles dans le suivi du caporal d’extrême droite. Une chose est sûre, alors que Jürgen Conings court toujours, Ludivine Dedonder (PS) est sous pression.

Journaliste au service Société Temps de lecture: 7 min

En commission de la Défense de la Chambre, la ministre de tutelle répond aux questions des parlementaires ce mercredi en fin de matinée. Une commission qui s’annonçait animée depuis que les partis – majorité comme opposition – ont reçu les premières informations sur la chronologie du suivi du militaire mardi après-midi, à huis clos, en commission de suivi du Comité R, l’organe de contrôle des services de renseignement.

Attendue, la réunion de la commission Défense de la Chambre qui a commencé ce mercredi à 11 heures l’était incontestablement. En témoignent les 34 questions prévues au programme concernant la traque du caporal d’extrême droite Jürgen Conings. Des questions qui portent sur la façon dont le militaire a pu se procurer les armes qu’il a volées, sur la présence de l’extrême droite au sein de la Défense, sur le fichage du fugitif mais aussi sur la façon dont l’information a circulé entre les différents services de renseignements et le cabinet de la ministre socialiste de la Défense Ludivine Dedonder.

« Responsabilité politique de la ministre »

Car certains ne s’en cachent pas. Pour eux, la ministre porte une responsabilité dans le dossier Conings. C’est notamment ce qu’a déclaré Theo Francken, le chef de file de la N-VA, sur les ondes de la Première, ce mercredi matin. « Il y a clairement une responsabilité politique de la ministre » dans le dossier Jürgen Conings, estime le nationaliste flamand qui n’envisage cependant pas de demander la démission de la Tournaisienne. Pour l’instant.

« Qu’est-ce qui a été fait depuis votre entrée en fonction pour lutter contre l’extrême droite ? », a demandé Guillaume Defossé, Ecolo. « Comment est-il possible que Jürgen Conings ait pu avoir accès à des armes alors qu’il était fiché depuis 6 ans et que son habilitation de sécurité lui a été retirée depuis plusieurs mois ? Comment est-il possible que des policiers militaires proches de l’extrême droite surveillent l’accès au parlement ? » Enfin, relayant une question posée précédemment par son collègue Kris Verduyckt, Vooruit, Wouter De Vriendt, a déploré pour Groen « un problème d’information et de transmission de l’information. »

Ce souci sur la transmission de l’information a aussi été soulevé par Kattrin Jadin pour le MR : « Faire la transparence et la clarté sur les failles qui apparaissent dans la transmission de l’information. Nous serons à vos côtés pour faire ce travail. Comment opère-t-on ces screenings de radicalisation progressive ? Il est essentiel de s’attaquer à la radicalisation en cours de carrière. Faire toute la clarté sur les habilitations de sécurité. »

Denis Ducarme : « Quelle est la situation sur le terrain par rapport à la menace ? A quelle menace sommes-nous exposés ? Le 17 février, il était classé au niveau 3 de la menace par l’Ocam. Aviez-vous accès à cette information lorsque vous avez été interrogée ici ? »

Vient ensuite le tour de Theo Francken. S’en prenant de front à la ministre, il a tenu à reprendre les propos tenus la semaine précédente par la ministre devant cette même commission. « Vous avez dit que vous avez hérité d’un chaos dont la N-VA est responsable et que nous faisons la promotion de la haine. C’est choquant et vous mettez de l’huile sur le feu en nous accusant d’être des incitateurs à la haine. »

Après cette mise au point, le parlementaire nationaliste flamand a demandé à Ludivine Dedonder : « Que savait votre cabinet sur le fichage de Jürgen Conings ? Pour vous, c’est toujours la faute de quelqu’un d’autre. Jamais de la vôtre. Vous êtes dans le Conseil national de sécurité. Vous avez accès à cette liste. Pourquoi n’y a-t-il pas de concertation entre votre cabinet et le chef du SGRS ? Je ne peux pas imaginer qu’il ne l’a jamais mentionné. Lorsque la N-VA était aux manettes, cette concertation était hebdomadaire. Quelles instructions avez-vous données au général Boucké, patron du SGRS, sur les militaires fichés ? Combien d’habilitations ont été retirées ces dix derniers jours ? »

Au nom de l’Open VLD, Jasper Pillen a, pour sa part, questionné la ministre sur la gestion des armes et sur le niveau d’habilitation nécessaire pour gérer des armes lourdes. « Le SGRS dispose-t-il d’assez de personnel pour accomplir ses missions ? », demande-t-il également avant d’ajouter que la Défense va « recruter 10.000 personnes. Il faut les encadrer et veiller à leur bien-être mental. »

« Chaque jour amène ses dysfonctionnements »

« Chaque jour amène ses dysfonctionnements », regrette pour sa part François De Smet, pour Défi. « Se pose donc la question de votre connaissance de toutes les informations. Quelle stratégie allez-vous adopter par rapport aux militaires extrémistes ? Quand des individus sont étiquetés comme dangereux ne faut-il pas les écarter d’emblée ? Quels sont précisément les liens entre l’Ocam, la Sûreté de l’Etat et le SGRS ? »

Plus confraternel avec la membre de son parti, Christophe Lacroix, s’est d’abord réservé le droit d’attaquer de front les partis d’extrême droite avant de demander à la ministre quelles mesures elle compte prendre à l’encontre des militaires qui « apportent leur soutien indigne » au fugitif armé.

Au nom du CDH, Georges Dallemagne, a d’abord souhaité exprimer son « immense colère et sa très grande déception ». « Après attentats, nous avons constaté les mêmes dysfonctionnements », a-t-il rappelé. « Des informations n’ont pas été partagées et n’ont pas été traitées. Il faut constater que le SGRS est gravement défaillant. Plus grave, il faut déplorer une certaine forme de complaisance de la part de ceux qui ont l’information et ne la traitent pas. L’Ocam fiche Conings au niveau 3 et il ne se passe rien. Combien y a-t-il d’hommes de son style dans l’armée ? »

Réponse de la ministre

« Des devoirs d’enquête sont en cours et je disposerai de rapports plus complets bientôt sur le cas de Jürgen Conings », a répondu la ministre de la Défense. « Depuis le lundi 17 mai, un membre de la Défense a rompu le serment de protéger notre pays et les citoyens. Il s’est procuré des armes et s’est promis d’attaquer tous ceux qui se mettront sur sa route. La priorité est de le retrouver sans qu’il y ait de victimes. »

« Je vous confirme que Conings fait partie des 28 militaires suivis par le SGRS. Je n’ai pas été mise au courant de son inscription sur la liste de l’Ocam. Il est le seul à figurer sur cette liste », a expliqué Ludivine Dedonder. « Le suivi des extrémistes dans la Défense est régulièrement sur la table. Il est en cours. Le recrutement doit permettre un renforcement du SGRS. C’est nécessaire. »

« La raison pour laquelle l’information niveau 3 n’a pas été relayée fait l’objet de l’enquête que j’ai demandée », assure Mme Dedonder. « L’information sur un projet d’attentat contre une mosquée n’est pas remontée à mon niveau. »

La ministre socialiste se justifie : « L’exploitation de l’information a été lacunaire et sa circulation aussi. Elle a été limitée au service. Par conséquent, je n’avais pas été informée de cette information. Ça n’est pas normal et ça ne peut pas se reproduire. »

Ludivine Dedonder explique aussi que « Jürgen Conings était collaborateur logistique et était responsable de la préparation des séances de tirs. Il avait accès au dépôt de munition et à l’armurerie. Le 17 mai, il a accédé aux deux. Il a abusé de la confiance d’un membre du personnel présent. Il a placé les armes et les munitions dans un véhicule militaire avant de les transférer dans sa voiture privée. Le vol a été constaté le lendemain. En circonstances sécuritaires normales, les véhicules privés sont rarement contrôlés. L’armurerie n’est pas équipée de caméras de surveillance. Le rapport final est attendu pour le 15 juin. »

Enfin, la ministre de la Défense assure que « le comité R qui a ouvert une enquête sur la transmission de l’information et à qui j’ai demandé d’autres devoirs d’enquête sur ce dossier rendra ses conclusions le 30 juin. Un projet de révision du règlement de discipline est en projet. »

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22 Commentaires

  • Posté par Dupont Vincienne, mercredi 26 mai 2021, 21:07

    "Mais qui est le c.. qui a encore confondu la liste de l'OCAM avec la liste de l'OCASC (le service social de l'armée)"

  • Posté par Surmont Willy, mercredi 26 mai 2021, 16:07

    La Nva n'a cessé de ''manger du francophone'' depuis des années! Rappelez-vous de BdW au pied de l'ascenseur de Thieux et ses sacs de billets de banque flamands, ou bien les affiches électorales dénonçant le prix que chaque flamand devait payer pour qu'un francophone puisse s'acheter une voiture, et j'en passe des encore moins respectueuses! Ils n'ont eu de cesse de semer la haine, ils n'ont eu de cesse de conditionner l'électorat flamand contre tout ce qui parlait français en orientant la Flandre de plus en plus à droite et à présent ils obligent une ministre francophone à endosser la responsabilité de ce qu'ils ont semé! C'est un comble d'impudence et de goujaterie!

  • Posté par Staquet Jean-Marie, mercredi 26 mai 2021, 13:09

    Dans ce pays, de toute façon, personne n’est jamais responsable de rien. On perd son temps parce que l’Etat, le politique et leurs stipendiés sont de toute manière toujours exonérés de toute retombée personnelles négative et qu’il n’y a jamais aucune remise en question fondamentale. Une fois l’incident oublié, toutes les sangsues recommencent à se nourrir sur la bête comme s’il ne s’était rien passé.

  • Posté par STORDIAU Pierre, mercredi 26 mai 2021, 15:29

    Herr Staquet. On s'en contre fou de toutes ces jérémiades et autre "états d'âme" . Ce qui importe nos concitoyens c'est leur SÉCURITÉ : que ce soit neutraliser un fou dangereux dans la nature ou mettre hors d'état de nuire un virus. Point barre. Le reste se réglera lors des élections; soyez-en assuré.

  • Posté par dams jean-marie, mercredi 26 mai 2021, 12:56

    Les petits jeux politiques refont surface alors que la pandémie est encore là! Tous les politiciens sont fautifs , tous les décideurs à des postes clefs sont fautifs! Tous ces gens nous enfument depuis des décennies , font le show une fois côté pouvoir une fois côté opposition ! Pourquoi changer le spectacle qui leur rapporte gros , ils sont les acteurs , les producteurs et les régisseurs et au passage ils graissent la patte aux médias qui distillent "leur pensée unique"! La grande menace de l'ultra droite comme ils disent pour se cacher de leurs méfaits , de leurs incompétences , de leurs magouilles vient à point , l'écran de fumée providentiel ! Depuis 60 ans les terroristes sont à 99 % des islamistes qui sont passés à l'acte et où tous ceux qui crient actuellement , font la chasse à l'homme : UN qui n'a à ce jour tué personne ! Qu'avez vous fait avant les attentats horribles , les émeutes , les zones de non droit , l'insécurité quotidienne , les viols , les vols ? Les mosquées contrôlées ? La drogue à tous les coins de rue du pays, les récidivistes exponentiels infini , bien connus de la police , de la justice mais libérés quasi immédiatement . Alors oui le militaire qui a connu des missions de guerre peut au retour sans accompagnement se poser beaucoup de questions et prendre des décisions qui fait tomber le château de cartes des fautifs !!

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