Le Roi et le Premier ministre annulent leur visite en RDC fin juin, Tshisekedi à Bruxelles le 21

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Ni le roi Philippe, ni le Premier ministre Alexander De Croo ne se rendront le 30 juin à Kinshasa pour le 61e anniversaire de l’indépendance de la République démocratique du Congo (RDC), un voyage reporté « de commun accord » et « en raison des circonstances sanitaires tant en RDC qu’en Belgique », ont indiqué mardi les deux parties.

Cette visite royale – qui aurait été la première depuis celle du roi Albert et du Premier ministre de l’époque, Yves Leterme, pour le 50e anniversaire de l’indépendance de l’ex-Congo belge en 2010 – était ardemment souhaitée par les autorités congolaises, en dépit d’une recrudescence de la pandémie de coronavirus. Le souverain aurait été accompagné par M. De Croo.

« Le Roi avait l’intention de se rendre à Kinshasa pour participer aux célébrations du 61e anniversaire de l’indépendance de la RDC », a confirmé mardi le Palais à l’agence Belga.

« En raison des circonstances sanitaires tant en RDC qu’en Belgique et des mesures en vigueur concernant les déplacements (en dehors de l’Union européenne), il a été décidé de commun accord de reporter le voyage du Roi » en RDC, a -t-il précisé.

Le roi Philippe et le président congolais Félix Antoine Tshisekedi Tshilombo se sont appelé hier (lundi), a ajouté le Palais, un entretien téléphonique dont la présidence congolaise a aussi fait état mardi dans un communiqué reçu à Bruxelles.

L’intention du souverain serait de se rendre en RDC « lorsque les conditions dans les deux pays le permettront », a poursuivi le Palais.

M. De Croo a lui aussi renoncé à se rendre à Kinshasa le 30 juin, a indiqué son cabinet à l’agence Belga.

Le Roi recevra toutefois le 21 juin le président Tshisekedi à l’occasion du transfert officiel des « reliques » de Patrice Emery Lumumba, l’éphémère premier Premier ministre congolais après l’indépendance de 1960. Il avait été assassiné le 17 janvier 1961 dans la province sécessionniste du Katanga (sud-est) dans des circonstances restées obscures mais en présence d’officiels belges. Il a été élevé au rang de « héros de l’indépendance congolaise ».

Selon le cabinet de M. De Croo, la restitution de la dépouille de M. Lumumba s’organisera en premier lieu « dans un cadre restreint et familial », conformément aux volontés exprimées par la famille. La délégation congolaise se composera des enfants et des membres de la famille de M. Lumumba ainsi qu’une délégation officielle.

Cette restitution en cercle familial sera suivie par une cérémonie officielle en présence des autorités belges et congolaises, « vu la portée emblématique du moment » pour la RDC, mais aussi pour la Belgique et plus largement. Le Premier ministre sera présent et prendra la parole au nom de l’État belge, a précisé son entourage.

A Kinshasa, la présidence de la République a assuré que le programme des manifestations relatives au rapatriement et à l’inhumation des reliques – en fait une seule dent – du héros national Patrice Emery Lumumba « est maintenu » en dépit du report de la délégation belge.

« Le président de la République, SE (Son Excellence) Félix Antoine Tshisekedi Tshilombo, se rendra en Belgique pour récupérer personnellement les reliques du héros national en vue d’un enterrement dans sa terre natale », a précisé son cabinet.

Selon le ministre congolais de la Communication et des Médias, Patrick Muyaya Katembwe, une « cérémonie de récupération des reliques » est prévue à Bruxelles le 21 juin. « Ensuite, une tournée avec ces reliques se déroulera à travers les villes de Lumumba-ville (dans la province de Sankuru, centre de la RDC), Kisangani (chef-lieu de celle de la Tshopo, nord-est) et Shilatembo (Haut-Katanga, dans le sud-est, où M. Lumumba a été assassiné en janvier 1961, quelques mois après l’indépendance de l’ex-Congo belge) », a ajouté M. Muyaya dans son compte-rendu de la réunion du Conseil des ministres tenu vendredi dernier.

« L’enterrement est prévu à la place Échangeur à Kinshasa (où se trouve une statue de M. Lumumba, ndlr) en présence du Roi des Belges », précisait le compte-rendu – qui ne tenait pas compte du report de la visite royale.

La Belgique sera représentée par son ambassadeur en RDC, Johan Indekeu.

L’ancienne puissance coloniale s’est engagée à permettre le rapatriement des « reliques » – une dent, dans les faits – de M. Lumumba.

Cette dent est conservée par le parquet fédéral, après avoir été saisie en 2016 chez la fille d’un ex-policier belge, Gérard Soete, qui avait contribué à faire disparaître le corps de M. Lumumba, dissous dans de l’acide après son assassinat à Shilatembo.

La justice belge a autorisé en septembre 2020 la restitution de ces restes à la famille.

M. Lumumba a été l’une des principales figures de l’indépendance du Congo, colonie belge – après avoir été la propriété personnelle du roi Lépopold II – entre le 15 novembre 1908 et le 30 juin 1960. Il était alors devenu le premier chef du gouvernement post-indépendance, accordée dans la précipitation lors de la Table ronde de Bruxelles quelques mois auparavant.

Il n’a toutefois exercé cette fonction que deux mois et demi – dans un pays immédiatement plongé dans les troubles et divisé par les rébellions – avant d’être révoqué par le président Joseph Kasa-Vubu.

C’est toutefois le futur maréchal Mobutu Sese Seko qui a scellé son sort et permis son assassinat, en l’envoyant au Katanga. M. Lumumba est torturé dès son arrivée à Elisabethville (aujourd’hui Lubumbashi), le chef-lieu de la province séparatiste, et assassiné le 17 janvier 1961.

Une commission parlementaire d’enquête a admis en 2001 une responsabilité « morale » de la Belgique. Le gouvernement Verhofstadt avait alors présenté les excuses de la Belgique au Congo et à sa famille.

 
 
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