La Sûreté de l’Etat va presque doubler ses effectifs d’ici à 2024

Le patron de la Sûreté de l’Etat, Jaak Raes, se félicite des recrutements massifs annoncés.
Le patron de la Sûreté de l’Etat, Jaak Raes, se félicite des recrutements massifs annoncés. - Photo News.

Depuis la formation de la Vivaldi, qui annonçait dans son programme le renforcement des services de renseignement, la Sûreté de l’Etat (VSSE) attendait de connaître l’ampleur de ce renfort. La hausse annoncée ce jeudi par le ministre de la Justice, Vincent Van Quickenborne (Open VLD), et l’administrateur général de la VSSE, Jaak Raes, est à qualifier d’« historique » : la Sûreté de l’Etat engagera chaque année 135 agents supplémentaires d’ici à 2024. A cette échéance, ses effectifs seront passés de 583 aujourd’hui à un millier d’agents.

Le service de renseignement civil, notoirement sous-doté comparé à des Etats de taille comparable, pourra enfin regarder ses partenaires dans les yeux. Cette hausse se fera par étapes. Car chaque membre de la Sûreté est formé en interne, sécurité oblige. Les agents sélectionnés dans la réserve du Selor ont une formation de quatre mois suivie de deux années de stage. « C’est pour cela que les premiers recrutements se concentrent sur les fonctions d’encadrement et de formation », précise Pascal Pétry, numéro 2 du service. « Cette année, par exemple, nous recrutons une cinquantaine de membres de personnel de soutien, avec une soixantaine d’inspecteurs et 16 analystes. »

7,5 millions par an pour l’informatique

L’autre part d’investissement concerne les outils et supports informatiques des agents de renseignement. D’importants efforts financiers ont été déjà concédés sous la précédente législature, mais les outils sont encore trop limités. « Il fallait retirer la prise de l’amateurisme », nous répond Jaak Raes, tout en précisant qu’il ne dirait pas que « les investissements précédents n’auraient servi à rien ». La Sûreté bénéficiera de 7,5 millions supplémentaires par an. L’idée est de supporter le flux d’informations « énorme » émanant des services étrangers partenaires.

Un agent à Washington

Dans cette optique de collaboration internationale, la VSSE met en place un réseau d’officiers de liaison, en commençant par ses plus proches alliés. Un agent est déjà installé à Europol à La Haye (Pays-Bas), un second suivra prochainement dans la capitale des Etats-Unis. Placer un homme à Washington « n’est pas un signe de méfiance » à l’égard des Etats-Unis, « bien au contraire », explique le patron de la Sûreté. L’objectif est de fluidifier un peu plus les échanges de données. « C’est du donnant-donnant. »

Ces engagements et investissements s’inscrivent dans le cadre d’un plan stratégique 2021-2024. Priorités absolues de la Sûreté : la lutte contre le terrorisme et l’extrémisme ainsi que la contre-ingérence et l’espionnage par l’étranger. Y compris la protection du potentiel scientifique et économique. « En effet, ce ne sont pas seulement les espions classiques tels que nous les connaissons depuis la guerre froide qui mettent notre système sous pression. L’espionnage se manifeste aujourd’hui sous des formes très diverses », analyse Vincent Van Quickenborne. La Sûreté propose ainsi ses services aux universités et certaines entreprises privées belges, afin qu’elles se protègent contre l’espionnage industriel.

Dans sa lutte contre l’extrémisme et le terrorisme, la VSSE pourra bientôt compter sur une législation plus permissive. Un avant-projet de loi approuvé au conseil des ministres du 28 mai autorisera les agents de la Sûreté à infiltrer des groupes sur les réseaux sociaux, ou les messageries cryptées. La loi prévoit un contrôle de légalité par les magistrats de la commission « BIM », déjà chargée de valider les méthodes d’enquête intrusives comme les écoutes téléphoniques.

 
 
À la Une du Soir.be
À découvrir sur Le Soir +
 

Vos réactions

Règles de bonne conduite / Un commentaire abusif? Alertez-nous