Décès au commissariat de Bruxelles: la Ligue des Droits Humains et DoucheFlux se constituent partie civile

Dans la foulée du décès, une manifestation avait eu lieu pour lui rendre hommage et pour demander qu’une enquête soit menée.
Dans la foulée du décès, une manifestation avait eu lieu pour lui rendre hommage et pour demander qu’une enquête soit menée. - Photonews

La Ligue des Droits Humains (LDH) et l’association DoucheFlux (qui assure des services de jour à l’intention du public sans-abri) ont fait conjointement savoir qu’elles venaient de se constituer partie civile dans le cadre de l’instruction ouverte au sujet du décès d’Ilyes Abbedou. Ce jeune Algérien, qui vivait en situation irrégulière à Bruxelles, était décédé dans le commissariat de la garde zonale de Polbru – où il avait été emmené suite à un vol de veste –, le 19 janvier dernier. Et cela dans des conditions qui restent à ce jour particulièrement floues. À l’époque et depuis lors, le parquet se contentant d’assurer que l’autopsie n’a pas révélé « d’intervention de tiers ». Dans la foulée, le Soir s’était penché sur les multiples zones d’ombre de son rapport d’incarcération. Des policiers bruxellois allant jusqu’à laisser entendre que l’homme avait été « oublié » en cellule à un moment de sa détention, avant d’être retrouvé mort.

L’enquête devra faire toute la lumière sur ces éléments. Et plusieurs personnes y veillent. Alors que les parents du défunt vivent en Algérie, la présidente de l’ASBL belge « Les Amitiés Belgo-Algériennes », Ghezela Cherifi, s’était déjà constituée partie civile peu après les faits, grâce à une procuration reçue de leur part. Après la mort du jeune homme (né en 1991), elle était parvenue à entrer en contact avec la famille.

« Une vraie perte »

Que des associations comme DoucheFlux et la LDH se constituent partie civile pour un cas comme celui-là, c’est une première. Pour l’avocate Marie Doutrepont, qui conseille ces deux acteurs dans le dossier, cette décision est une conséquence du peu d’informations rendues disponibles à propos de l’affaire, jusqu’à ce stade. « On a donc été contraints d’intervenir de notre côté. » Elle rappelle par ailleurs qu’il est logique que ces associations s’intéressent de plus près à l’affaire au regard de leur objet social respectif. Ilyes Abbedou était effectivement un usager régulier de DoucheFLUX. « En Belgique, ses proches, c’était le personnel et les usagers de l’association. Pour eux, la mort d’Ilyes a représenté une vraie perte, » souligne-t-elle.

Un état de fait que confirme Benjamin Brooke, codirecteur du centre de jour. Lequel explique avoir été particulièrement touché par le décès de l’usager, qui avait trouvé dans l’association un rare espace de soutien dans notre pays. « Le décès d’Ilyes dans un commissariat de police et le manque de transparence autour des faits qui ont causé sa mort crée un climat de peur et de tension qui s’ajoute au stress quotidien engendré par la vie à la rue, » pointe le codirecteur. « Les personnes sans chez-soi et sans titre de résidence souffrent fortement de ce climat et vivent dans une angoisse permanente ».

De son côté, la LDH inscrit ce décès dans une cause plus large. « Étant sans-papiers et sans-abri, Ilyes Abbedou se trouvait dans une situation de très grande vulnérabilité, c’est pourquoi la Ligue des droits humains a décidé de se constituer partie civile dans ce dossier » explique Olivia Venet, présidente de la Ligue des droits humains. Et de poursuivre « Ce drame est loin d’être un cas isolé. Récemment, d’autres personnes (Ibrahima Barrie, Adil Charrot, Mehdi Bouda…) ont trouvé la mort alors qu’elles étaient en contact avec la police. Or, dans ce type de circonstances, le droit international impose de mener des enquêtes indépendantes et impartiales fouillées et, le cas échéant, de sanctionner les responsables. »

 
 
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