Attaque raciste: la zone de police de Ninove plaide «le malentendu» avec la plaignante

Le commissaire plaide le «malentendu» et la «non-compréhension du caractère urgent» de l’affaire par le personnel d’accueil.
Le commissaire plaide le «malentendu» et la «non-compréhension du caractère urgent» de l’affaire par le personnel d’accueil. - Photo News.

Sollicitée dès dimanche, la zone de police de Ninove réagit ce mardi. Au lendemain de la publication des informations du Soir sur une attaque raciste dénoncée par une Bruxelloise de 19 ans, Nisrine. Pour rappel, caissière dans un magasin de Ninove, la jeune femme a été insultée par un homme lui reprochant de porter le foulard. L’individu l’aurait ensuite renversée avec sa voiture, selon son témoignage, lui causant des blessures légères et un solide choc psychologique. Le lendemain matin, elle s’est rendue accompagnée de son père au commissariat de Ninove, où elle n’a pas pu déposer sa plainte. Elle estime avoir été « traitée comme de la merde ». Et s’est ensuite dirigée vers le commissariat de Laeken où elle a pu déposer plainte samedi après-midi.

Membre du Comité P – la police des polices – durant 12 ans, le chef de corps de la zone de police, Philippe De Cock, fait amende honorable « pour la réaction tardive à cause d’un dysfonctionnement dans la transmission de vos questions ». Ce mardi, il assure « avoir mené une enquête approfondie ». Et pour cause : les questions ne viennent plus seulement de la presse mais de la bourgmestre, Tania De Jonge (VLD), et de la ministre de l’Intérieur, Annelies Verlinden (CD&V).

Le commissaire plaide le « malentendu » et la « non-compréhension du caractère urgent » de l’affaire par le personnel d’accueil. « Les autorités administratives attachent une grande importance à l’égalité de traitement de chaque citoyen, indépendamment de son origine ethnique, de sa nationalité, de sa classe sociale, de sa religion, de ses opinions, de son sexe, de sa langue, de son identité de genre ou de son âge », assure la police dans un communiqué conjoint avec la bourgmestre.

Prendre rendez-vous

Et la police locale de livrer sa version : « Samedi, une femme et un homme sont entrés dans le commissariat juste avant une heure et demie. Comme ils s’exprimaient en français, ils ont été accueillis en français par notre réceptionniste. L’homme a expliqué à l’employé de l’accueil administratif que Madame a eu un différend avec une personne chez Albert Heijn à Ninove vendredi après-midi. Comme tout le personnel de la réception était occupé à ce moment-là, on lui a suggéré de prendre rendez-vous. » La police explique en effet fonctionner sur rendez-vous depuis le début de la pandémie.

Surtout, la réception n’a pas compris que la jeune femme avait été renversée en voiture par son agresseur, auquel cas, assurent les forces de l’ordre, Nisrine et son père auraient été pris en charge le jour même : « Comme la déclaration n’a été faite que le lendemain des faits au commissariat et qu’aucune intervention n’a été demandée à ce moment-là, les employés ont évalué qu’il n’y avait pas d’urgence et que la qualité du traitement était plus importante. Le Monsieur ayant insisté, la réceptionniste a fait venir un employé d’exploitation, qui a écouté l’histoire, également en français. Dès le premier signalement, les salariés n’ont pas pu déterminer la gravité des faits, tels qu’ils sont désormais décrits dans la presse francophone », reconnaît la police.

« L’opératrice lui a également suggéré en français de prendre rendez-vous avec un interprète et de se munir d’un certificat médical pour se présenter à notre poste et enregistrer sa plainte. A ce moment, la dame a indiqué qu’elle parlait néerlandais. » Nisrine s’est alors vue confirmer qu’elle pouvait revenir, sur rendez-vous, mais sans interprète. Et qu’il était préférable de voir un médecin pour constater les lésions.

Main tendue

« À aucun moment, il n’a été question du fait qu’un véhicule l’avait percutée », se défend la police. Qui tend la main : « Nous regrettons un tel malentendu car notre souci est justement d’améliorer continuellement la qualité de notre accueil. Pour cette raison, nous souhaitons également inviter Madame à une rencontre avec le chef de corps et les responsables de notre accueil, afin de pouvoir tirer des leçons de sa perception de cet accueil et d’améliorer encore le niveau de service. »

Sur le fond, la police confirme avoir reçu le procès-verbal initial – rédigé par la zone de police Bruxelles Capitale-Ixelles – et commencé l’enquête. « Il est inacceptable que des personnes soient victimes de violences physiques en raison de leur apparence », estime la bourgmestre Tania De Jonge. « Je le condamne fermement et espère que l’auteur pourra être identifié. »

 
 
À la Une du Soir.be
À découvrir sur Le Soir +
 

Vos réactions

Règles de bonne conduite / Un commentaire abusif? Alertez-nous