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Il faut un plan plus ambitieux pour combattre la pollution de l’air à Bruxelles

La sortie du moteur thermique ne va pas assez vite. Il faut trouver d’autres solutions pour rendre un air sain à Bruxelles.

Carte blanche - Temps de lecture: 4 min

Comme l’a montré une récente analyse de CE Delft, la zone de basses émissions (LEZ - Low Emission Zone) fait partie des outils les plus efficaces pour lutter contre la pollution de l’air à Bruxelles.

Pour rappel, cette mesure vise à réserver, petit à petit, les rues de la Région Bruxelloise aux moyens de transport les moins polluants. Par exemple, à partir du 1er janvier 2022 , les voitures diesel de plus de 11 ans ne pourront plus circuler sur le territoire de la Région de Bruxelles-Capitale (RBC).

Malheureusement cette sortie du moteur thermique ne va pas assez vite. En effet, la région veut attendre jusqu’en 2030 pour se libérer complètement des véhicules diesels et 2035 pour les essences. Et encore, des exceptions seront faites pour certains poids lourds et les autocars qui pourront continuer à circuler après 2035.

Des effets directs sur la santé

Ce sont pourtant près de 1.000 personnes qui meurent prématurément chaque année à Bruxelles à cause de la pollution de l’air, dont une grande partie (63% pour le dioxyde d’azote et 29% pour les particules fines PM2.5) est émise par le trafic routier. Comme l’illustre la série de témoignages de Bruxellois.es récoltés par l’ASBL Les chercheurs d’air, la pollution de l’air peut avoir des effets très directs sur la santé : crises d’asthme (particulièrement chez les enfants), sinusites et bronchites chroniques. Certains accidents cardiovasculaires et cancers sont également liés à la mauvaise qualité de l’air.

Une pollution très coûteuse

La pollution de l’air coûte aussi très cher aux finances de la région. En 2018 ce coût s’est élevé à 1,6 milliard d’euros, soit près de 1.400 € par Bruxellois.e.

Un calendrier LEZ ambitieux permettrait de réduire fortement les concentrations en NO2 à Bruxelles à court terme, et ainsi de sauver des centaines de vies. Par exemple, à Madrid et à Londres, grâce à une sortie plus rapide du diesel et de l’essence, la pollution au NO2 a respectivement chuté jusqu’à 32% entre juin 2018 et juin 2019 et jusqu’à 44% entre février 2017 et janvier 2020. A Bruxelles, les effets de la LEZ sont bien moins impressionnants. Entre 2018 et 2019, les concentrations annuelles de NO2 ont diminué de 10% seulement en moyenne.

L’exemple montré par d’autres grandes villes

Il est important de préciser que la sortie du diesel d’ici 2025 et de l’essence d’ici 2030 est possible. Des villes bien plus grandes que Bruxelles s’y sont engagées et sont en bonne voie pour y parvenir. A Londres, à partir du 25 octobre 2021, seules les voitures diesel Euro 6 (immatriculées entre 2015 et 2019) seront autorisées sur une surface de plus de 850 km2, alors qu’à Bruxelles (160 km2), les Euro 5 (immatriculées entre 2011 et 2015) seront encore autorisées jusqu’en 2024. Autre exemple avec la Métropole du Grand Paris, qui s’étend sur une surface deux fois plus importante que la RBC et qui compte six fois plus d’habitant.e.s, tous les véhicules diesels seront interdits d’ici 2024 et tous les essences d’ici 2030, soit respectivement 6 et 5 ans avant Bruxelles. Enfin, à Amsterdam, dont la superficie et la population sont similaires à celle de Bruxelles, tous les véhicules motorisés devront être zéro-émission à partir de 2030 .

Favoriser les alternatives

En Région Bruxelloise, des alternatives sérieuses aux véhicules thermiques individuels existent : la mobilité douce et/ou les transports publics et/ou les véhicules partagés permettent déjà de se rendre presque partout. Mais en étant encore plus soutenues et développées, ces alternatives pourraient devenir encore plus attractives.

Par exemple, en réduisant la part de l’espace public réservé aux voitures au profit des bus et trams, on pourrait augmenter la vitesse moyenne de ces derniers ( 16 km/h actuellement). Et plus de place pour la mobilité active permettrait d’accroître le nombre de déplacements à pied et à vélo car ces derniers seraient plus rapides et plus sécurisés.

En parallèle, les solutions de partage de voitures et utilitaires électriques doivent être soutenues afin de combler les vides laissés par le transport public.

Enfin, la prime Bruxell’air doit être renforcée pour s’assurer que les ménages les plus défavorisés puissent facilement trouver des alternatives si leur véhicule ne peut plus circuler. Il est cependant utile de rappeler que les ménages Bruxellois avec les revenus les plus faibles n’ont que rarement une voiture mais qu’ils sont en général plus durement impactés par la pollution de l’air. La mise en place d’une LEZ plus ambitieuse, avec des mesures d'accompagnement adéquates, n’est donc pas une mesure « anti-pauvres » comme on l’entend parfois, loin s’en faut.

Sur la base de ces éléments, la Région de Bruxelles-Capitale, et plus particulièrement le ministre Alain Maron, doit profiter de la révision actuelle du calendrier de la Zone Basse-Emission pour proposer une sortie du diesel en 2025 au plus tard et une sortie de l’essence et du gaz en 2030 au plus tard.

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16 Commentaires

  • Posté par Weissenberg André, samedi 26 juin 2021, 19:52

    Allez donc! Et si on commençait par ne pas se tromper de cible? La pollution urbaine et la mortalité qui y est associée ne viennent pas du trafic automobile. Cette dernière polution a été très fortement réduite. Et ce n'est pas une interdiction imbécile du moteur à combustion qui y remédiera, car on ne vise pas la bonne cible! La Pollution vient du bâti bruxellois. À savoir de toutes les installations de chauffage ou de production d'eau chaude - à commencer par les chaudières antédiluviennes, parfois encore au charbon (si, si, le poêle à charbon)! - antiques, obsolètes ou vétustes qui continuent à tourner, dissimulées dans un patrimoine immobilier dont la plus large partie date d'avant la seconde guerre mondiale, qui n'a jamais fait l'objet fût-ce d'un début de rénovation, et, qui plus est, n'est pas ou mal isolée. Un grand plan de rénovation immobilière, avec l'accent sur l'isolation et la performance énergétique, est la seule chose possible. Ca n'a jamais été fait et ça manque cruellement. Profitons du plan de relance pour le faire!

  • Posté par Jean Luc, samedi 26 juin 2021, 10:13

    C'est vrai, la ville est plus polluée que la campagne. Il suffirait donc de construire les villes à la campagne.

  • Posté par Moriaux Raymond, samedi 26 juin 2021, 9:59

    Je suggère que Le Soir n'imprime désormais plus son journal que sur du papier vert. Ce sera plus clair. En attendant qu'il n'y ait plus que cette seule couleur admise dans les lieux publics (avec des dégradés si c'est absolument indispensable). Puisqu'elle n'est plus fondée sur la réalité de ce qui est mais sur ce que certains voudraient qu'elle soit, il faut désormais songer à donner une autre couleur ... à l'Espérance.

  • Posté par Dagnelie Raphaël, samedi 26 juin 2021, 9:36

    Pourquoi l'âge moyen de vie est plus élevé que dans le passé ?

  • Posté par Thiele Didier, dimanche 27 juin 2021, 20:23

    De meilleures conditions de vie tout simplement et curieusement! Ce qui inclut aussi une médecine plus efficace, mais ce n'est pas l'élément principal.

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