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L’immobilier au service de la mobilité

Les bornes pour voitures électriques

ou les garages pour vélos sont de nouveaux équipements à prévoir dans les maisons,

les immeubles à appartements, les bâtiments publics. D’autres suivront.

Temps de lecture: 4 min

Encore marginales voici trois ou quatre ans, les voitures électriques se profilent désormais comme le futur de la mobilité. De leur côté, les vélos ont fait leur révolution à Bruxelles et leur usage pourrait un jour émerger aussi en Wallonie. Enfin, la limitation des émissions pourrait pousser davantage de périurbains à revenir habiter dans les villes. Toutes ces mutations, attendues ou déjà amorcées, n’impacteront pas seulement nos routes. Elles affecteront aussi le bâti, qu’il soit existant ou à venir.

Le changement le plus profond est probablement celui lié aux véhicules électriques. Les bornes de rechargement restent, en effet, rares – et chères – sur la voie publique. Le salut pourrait donc venir de leur généralisation dans les immeubles. C’est pourquoi les autorités européennes ont décidé d’imposer des obligations en la matière via une directive (la 2018/844). En Wallonie, cette législation a été coulée dans un décret, dont une partie est entrée en vigueur le 11 mars 2021.

Prévoir un raccordement

Deux types d’obligations sont désormais d’application. La première concerne les immeubles destinés aux logements, qu’ils soient sur plans ou qu’ils fassent l’objet d’une rénovation lourde. S’ils possèdent plus de dix emplacements – garages ou parkings en surface –, ils doivent prévoir une « infrastructure de raccordement » pour chaque place. Cela signifie la pose de gaines qui, par la suite, pourront recevoir des câbles et accueillir une borne. Ces derniers aménagements relèveront, eux, des propriétaires des lots.

La seconde obligation porte sur les immeubles non résidentiels (bureaux, commerces…) et les immeubles dédiés au logement collectif (maisons de repos, hôpitaux…) qu’ils soient neufs ou qu’ils fassent l’objet d’une rénovation lourde. S’ils possèdent eux aussi plus de dix emplacements, ils doivent prévoir un gainage pour un emplacement sur cinq et installer au moins une borne de recharge. Celle-ci sera d’une puissance minimale de 3,7 kW (kilowatts). Cette mesure vise à assurer aux utilisateurs – employés, clients, patients ou visiteurs –, la possibilité d’une recharge.

Cette réglementation ne s’arrête pas là. En 2025, les bâtiments non résidentiels et de logement collectif qui existent déjà et qui ne sont pas en cours de rénovation devront, à leur tour, respecter une norme. C’est-à-dire installer des conduites sur un emplacement sur cinq et prévoir au moins une borne opérationnelle. Cela concernera les bâtiments disposant de plus de 20 emplacements pour voiture. Les propriétaires ont donc quatre ans pour s’y préparer.

Des initiatives volontaires

Finalement, les immeubles de logement existants et sans rénovation échappent à toute obligation. C’est-à-dire la majorité des copropriétés. Ceci étant, ces dernières peuvent toujours organiser un passage à l’électromobilité de manière volontaire. Ainsi, le propriétaire d’un garage privatif au sein d’un immeuble peut installer une borne à ses frais. Si le câblage traverse les parties communes, si le tableau électrique doit être changé ou si un nouveau point de livraison de courant doit être installé, l’accord des autres copropriétaires sera nécessaire.

Depuis la réforme 2017 de la loi sur les copropriétés, cet aval est plus facile à obtenir puisqu’il faut seulement recueillir les deux tiers des voix et non plus les trois quarts. Si toute la copropriété opte pour une ou des bornes collectives, l’assemblée générale aura évidemment à se prononcer. Dans ce cas, les coûts d’installation seront divisés entre les copropriétaires. Des règles devront aussi être définies pour les coûts d’utilisation. Le plus simple est de passer par un système de badges personnels, qui garantit une juste répartition des frais.

Du côté des promoteurs immobiliers, on affirme que cette nouvelle réglementation a été anticipée et ne constitue pas un problème. « De façon générale, notre secteur a été plutôt proactif par rapport à l’émergence de toute cette nouvelle mobilité », assure Olivier Carrette, le CEO de la fédération du secteur, l’Upsi. « C’est vrai pour les bornes de recharge, les hangars à vélo, les espaces pour voitures partagées, la proximité avec les transports en commun, etc. Il est très important de ne pas se contenter d’une seule modification mais de réfléchir en termes globaux. »

électromobilité Le groupe Horizon n’a pas traîné

Temps de lecture: 2 min

En mai 2015, une borne de recharge pour voitures électriques était installée au Domaine des Pléiades, un nouvel éco-quartier de plusieurs immeubles à appartements et maisons à Visé, au nord de Liège. L’initiative était présentée comme une première en Wallonie. Elle émanait du groupe Horizon, dirigé par Laurent Minguet, l’entrepreneur connu pour sa fibre environnementale. Six ans plus tard, ce type d’installations tend à se généraliser dans les projets de ce groupe. De même qu’à son siège dans le centre de Liège. Une trentaine de voitures de société sont, en effet, utilisées quotidiennement par les salariés. Et en conséquence, des bornes de recharge rapide ont été prévues sur les parkings.

Laurent Minguet est un fervent promoteur de la voiture électrique et, en conséquence, il vise une adaptation des logements collectifs en vue d’accompagner – ou plus exactement d’anticiper – cette révolution de la mobilité. « Il est très important de penser à ce type d’équipement dès la conception des projets immobiliers. Car intervenir sur un bâtiment déjà construit est plus compliqué. En ce sens, l’obligation wallonne de prévoir un précâblage pour certains bâtiments neufs est une mesure intelligente. C’est en effet la multiplication des bornes et des préraccordements à domicile qui permettront à la voiture électrique de se développer. Pour les candidats à ces véhicules, ce sera une des barrières à l’achat qui va tomber. »

Ceci étant, ce passage à l’électromobilité est-il difficile à mettre en œuvre pour un promoteur immobilier, déjà impliqué dans les réseaux de chaleur, les panneaux photovoltaïques ou encore les réservoirs d’eau de pluie ? « Tirer un câble jusqu’à un parking en surface ne demande guère de travail supplémentaire. Par contre, il faut faire attention à l’installation électrique. Il est préférable d’en prévoir une qui soit triphasée, car elle supportera mieux les recharges rapides à forte puissance. Côté coût, un raccordement par câble peut grosso modo se limiter à 100 euros et une borne aux alentours de 800 euros. Cela reste raisonnable par rapport à une place de parking qui est, elle, vendue 20.000 euros. »

Si prévoir l’avenir est important, quel est l’état de la demande aujourd’hui ? Y a-t-il beaucoup de candidats acheteurs d’appartements intéressés par de telles bornes ? Selon l’homme d’affaires, leur nombre reste pour le moment mesuré, « de l’ordre de 1 % à 2 % des ménages ». Ce qui est en phase avec la part des voitures électriques dans les immatriculations neuves. « Cependant, cela pourrait changer très vite. Et même dès 2026, avec la volonté du gouvernement actuel d’arrêter à cette date la déductibilité des voitures de société, sauf pour les électriques. »

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