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Régionales françaises: abstention massive, les sortants réélus et échec pour le RN

Le second tour des régionales a confirmé dimanche une abstention massive et la prime donnée par les électeurs aux sortants LR et PS, mais marque aussi l’échec du RN à emporter une région, y compris Paca, sa meilleure chance à dix mois de la présidentielle.

Temps de lecture: 4 min

Malgré les appels au vote répétés de la classe politique, deux électeurs sur trois ont encore boudé les urnes pour une abstention record, autour de 66%, un chiffre quasi identique au premier tour. «Il y a un climat d’opinion défavorable qui est très installé et qui ne pouvait pas être modifié en une semaine», a estimé Pierre Lefébure, politiste de l’Université Sorbonne-Paris Nord, auprès de l’AFP.

Hors abstention, le scrutin a été marqué par une prime aux sortants parfaitement respectée puisque tous les présidents de régions, à gauche comme à droite, ont été réélus en métropole. Le parti présidentiel LREM boit, lui, la tasse et le RN de Marine Le Pen échoue cette fois encore à remporter la première région de son histoire.

Si les sondages prédisaient avant le premier tour du 20 juin une victoire au RN en région Provence-Alpes-Côte d’Azur, le candidat Thierry Mariani (ex-LR devenu RN) voit la victoire filer à Renaud Muselier (LR). M. Muselier, qui a notamment bénéficié du retrait du candidat de gauche pour faire barrage au RN, engrange autour de 57% des suffrages contre 43% pour M. Mariani.

Une vraie déception pour le RN qui espérait briser le plafond de verre lors de ce scrutin et enclencher une dynamique en vue de la présidentielle. Sa cheffe Marine Le Pen, a cependant donné «rendez-vous aux Français, dès demain, pour construire tous ensemble l’alternance dont la France a besoin».

Tout profit pour la droite classique

La prime aux sortants profite à plein à la droite classique, qui retrouve de l’élan en vue de 2022 alors qu’elle semblait prise en étau entre le RN et LREM. Candidat proclamé à la présidentielle, l’ex-LR Xavier Bertrand a largement remporté son pari dans les Hauts-de-France: avec 52,37% des voix, il devance de près de 27 points son adversaire du RN Sébastien Chenu. Immédiatement après 20 heures, le sortant s’est dit prêt à aller à «la rencontre de tous les Français». Autre prétendant possible à droite pour 2022, Laurent Wauquiez l’emporte haut la main en Auvergne-Rhône-Alpes, avec 57,17% face à la liste d’union de la gauche. Et en Ile-de-France, Valérie Pécresse (ex-LR, Libres !), récolte autour de 45% des voix là encore face à une gauche unie emmenée par l’écologiste Julien Bayou. Mme Pécresse passait elle aussi son test grandeur nature sur la route de 2022, se disant prête à «prendre toute sa part» à «une équipe de France de la droite et du centre qui a émergé». Autre motif de satisfaction à droite, les victoires de Jean Rottner dans le Grand Est, de Hervé Morin en Normandie et de Christelle Morançais en Pays de la Loire, loin devant l’espoir écologiste Matthieu Orphelin.

Dans la lignée du premier tour, la gauche sort aussi requinquée de ce scrutin et maintient ainsi son ancrage local. De quoi faire dire au numéro un du PS Olivier Faure que son parti avait la «responsabilité de rassembler l’ensemble de la gauche et des écologistes» pour 2022. Alain Rousset (PS), président de région depuis 1998, a décroché un cinquième mandat en Nouvelle-Aquitaine, sans s’allier avec EELV. En Occitanie, la socialiste Carole Delga a également été très confortablement reconduite par les électeurs, tout comme François Bonneau en Centre-Val de Loire, et Marie-Guite Dufay en Bourgogne-Franche-Comté, au terme d’une campagne qui s’annonçait pourtant difficile. En Bretagne, région emblématique pour la majorité qui y avait obtenu parmi ses meilleurs scores à la présidentielle, le président socialiste sortant Loïg Chesnais-Girard vire en tête. Mais, après avoir fait cavalier seul en refusant tout accord avec EELV comme LREM, il n’aura qu’une majorité relative. La gauche peut aussi se targuer de voir une région basculer dans son escarcelle: à La Réunion, Huguette Bello, à la tête d’une liste d’union, a revendiqué sa victoire face au sortant Didier Robert (DVD).

Macron tourne la page

Quant à la majorité présidentielle, absente au premier tour en Paca, éliminée dans les Hauts-de-France, en Auvergne-Rhône-Alpes ou en Occitanie, elle confirme ses faibles étiages là où elle a pu concourir. De quoi faire de ces régionales «un coup de semonce très important pour la majorité», dixit le patron du MoDem François Bayrou, alors qu’un remaniement limité pourrait avoir lieu. Mais Emmanuel Macron, qui s’est offert un bain de foule dimanche en marge de son vote au Touquet, semble résolu à vite tourner la page de ce scrutin pour se projeter dans la campagne de 2022. Lundi, il occupera ainsi le terrain économique en visitant une usine de batteries électriques à Douai (Nord), notamment en compagnie de... Xavier Bertrand.

Dans l’ombre des régionales, les départementales ont été logiquement marquées par une abstention massive équivalente au premier tour. Là aussi, prime aux sortants, avec un léger avantage à la droite qui renforce encore son implantation.

Les ministres Sébastien Lecornu (Eure), Gérald Darmanin (Nord) et Brigitte Bourguignon (Pas-de-Calais) l’ont emporté largement, tout comme Marine Le Pen dans son canton de Hénin-Beaumont. Mais le RN a échoué à percer dans les Pyrénées-Orientales, département conservé par la gauche. Événement enfin dans le Val-de-Marne où le Parti communiste a perdu le dernier département qu’il dirigeait encore, et ce depuis 1976, au profit de la droite.

 

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11 Commentaires

  • Posté par Bouko Christian, lundi 28 juin 2021, 15:58

    De 2 choses l'une, ou bien tous les électeurs RN ont répondu à l'appel de Marine et cela veut dire qu'ils ne sont plus assez nombreux pour une victoire électoraliste ou bien même eux n'ont pas répondu à l'appel émouvant de Marine et cela veut dire qu'elle ne vaut pas mieux que Macron aux yeux des électeurs du RN !

  • Posté par Andre Georges-marc, lundi 28 juin 2021, 15:07

    Sorry! N'en déplaise à quelques idiots qui se reconnaitrons, depuis ce dimanche, marine lepen ne peut plus gagner des élections et c'est une excellente chose. Dans un contexte de contestations qui lui était favorable, elle passe de 27 à 20%. Cela en dit long sur sa crédibilité, quelque soit le pourcentage d'électeurs qui se sont exprimés. Ridiculisée par l'intelligence de Macron lors des précédente présidentielles a démontré qu'elle n'avait rien, mais alors rien, de présidentiable. Et depuis, qu'a-t-elle fait? Elle a cru corriger ses erreurs en essayant, en compétition avec Mélenchon, de rallier à sa cause les gilets jaunes. Ce 27 juin 2021 nous voyons le résultat de sa politique. Cela a été fait de façon si ridicule et maladroite qu'il lui est dorénavant impossible de construire une majorité. Il lui reste à faire ce que son père a fait, à savoir se construire une rente financière en se faisant élire (à vie, compte tenu des quelques tarés qui on soutenu son père et continueront à la soutenir!) au Parlement européen afin de vivre confortablement le reste de son âge. Elle est nulle et dangereuse, elle sera toujours nulle et, quand son père s'est enrichi sur des détournements d'héritages, elle continuera malheureusement à vivre et s'enrichir sur notre dos à travers ses indemnités parlementaires. Une honte! Quant à Mélenchon? Même combat, même résultat, même échec.

  • Posté par Deckers Björn, lundi 28 juin 2021, 12:24

    @Paul Van Obberghen, d'abord, il ne faut pas sous-estimer la chute de participation des Français. Aux législatives de 2017, l'enjeu était national, la campagne était largement connue de tous, il n'y avait ni couac dans la distribution des documents aux électeurs ni crainte sanitaire, le taux d'abstention au second tour était alors de 58%. J'avais déjà relevé un souci à l'époque et je me souviens avoir dit que ce qui ne s'était pas exprimé dans les urnes se traduirait dans la rue. C'était bien avant les gilets jaunes, mais je ne m'étais pas trompé. On ne doit pas considérer une telle désertion des urnes comme satisfaisant, c'est une erreur. Sur l'enjeu de l'immigration et du sécuritaire, cela fait quelques années maintenant que la France tourne autour de cela alors que dans les faits, la délinquance diminue. Qui alors fait remonter ce sujet en unes, sinon des médias qui ont compris comme aux USA, que 1. Ca fait vendre du papier journal et ou augmenter les audiences télé et 2, ça détourne l'opinion des scandales économiques et financiers autrement moins sexy mais bien plus important. Macron et Le Pen chacun dans leur place (on a bien saisi le jeu de rôle sinistre que l'un et l'autre jouent ensemble) ont parfaitement compris comment ils pouvaient marginaliser la question économique à leurs profits respectifs. Pour le reste, je pense que quand on a plus que 33% de participation, par définition, il est erroné de chercher à faire des analyses politiques dans le rapport entre les partis mais quand même, prétendre que comme M. Macron ne se présentait pas lui même, il serait immunisé malgré l'incroyable défaite totale de LREM me paraît un peu excessif. Dans les Hauts de France, Macron avait dépêché 5 membres de son gouvernement et n'avait pas compté ses apparitions dans la région. Au final, LREM arrive 4ème derrière Xavier Bertrand (droite), Sébastien Chenu (RN) et Karima Delli (EELV-PS-LFI-PCF-Générations), avec moins de 10%! Ce n'est même plus une défaite, c'est une déroute. Après, il y a au moins un point sur lequel nous serons d'accord, c'est sur la décrépitude de la Cinquième République. Élire tous les cinq ans un chechef dans une élection lourde de démagogie et de manipulations, et puis plus rien pendant cinq ans, c'est un modèle totalement dépassé.

  • Posté par Van Obberghen Paul, lundi 28 juin 2021, 10:15

    @ Björn Deckers & Patrick Yamedjeu : Le RN a fait de cette élection, comme de toutes les autres, un enjeu sécuritaire et immigratoire, alors que la sécurité et l'immigration ne relèvent PAS de la compétence des Régions. Sans doute que les quelques français qui se sont intéressés à cette élection ne s'y sont-ils pas trompés. Les médias financiers que vous dites ont repris les éléments de la campagne du RN, ils ne les ont pas inventés. Pour ce qui est de Macron, c'est un Président sans parti ; LREM n'ayant été créé que pour qu'il puisse avoir un support aux parlements. Macron a dynamité "façon puzzle" le paradigme gauche-droite traditionnel (PS et LR), bien aidé en cela par l'implosion du PS et la dissolution d'une partie du LR vers le RN (et vers LREM). Démontrant au passage que le système majoritaire de la 5e République voulu par De Gaule, a bien atteint ses limites. A vrai dire il n'y a pas eu d'échec de Macron, pas plus qu'il aurait pu y avoir victoire, puisque Macron ne se présentait pas à cette élection. L'enjeu n'était pas de sanctionner la Présidence, qui ne se porte pas trop mal selon les sondages (dont on pense ce qu'on veut, évidemment), ni de sanctionner la politique du gouvernement LREM, puisque les compétences régionales ne relèvent pas de ce gouvernement, ni de sanctionner le parti LREM puisque celui-ci n'était de toutes manières aux commandes d'aucune région. Il y a donc bien un échec du RN qui avait fait de cette élection une répétition de la Présidentielle, mais cet échec ne prédit en rien le succès ou l'échec éventuel de Marine Le Pen en mai 2022, dans moins d'un an. Et c'est pareil pour Macron, le Président sans parti. Je pense que ça sera serré, avec Marine Le Pen en tête au 1er tour et une issue finale qui reste incertaine. Elle peut gagné.

  • Posté par Van Obberghen Paul, lundi 28 juin 2021, 10:39

    Elle peut gagnER. Sorry.

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