Vacciner ou pas les ados, une question altruiste et personnelle

Le coronavirus a endeuillé de nombreuses familles et mis les soins de santé sous pression. Mais dans notre malheur, on a eu cette chance inouïe qu’il épargne en grande partie les enfants et les adolescents dont le système immunitaire est plus vaillant. A l’exception de ceux d’entre eux qui ont des comorbidités, ils sont en effet beaucoup moins susceptibles de développer une forme grave de la maladie. Les morts du covid chez les plus jeunes sont de l’ordre de l’exception, tandis que le risque de forme grave nécessitant une hospitalisation est, lui aussi, très faible (entre 0,1 % et 1,9 %). Mais un covid léger ou modéré peut s’avérer invalidant sur le long terme : selon une étude britannique, des symptômes persistants s’observent chez environ 10 % des enfants infectés.

L’analyse des données européennes montre une recrudescence des infections chez les plus jeunes depuis janvier, époque où le variant alpha, plus contagieux, a fait son apparition alors que la vaccination des plus fragiles débutait. Les vacciner pourrait donc revenir à réduire la circulation du virus. Mais dans l’avis qu’il vient de rendre, le Conseil supérieur de la santé (CSS) refuse que les jeunes qui ont déjà payé un lourd tribut à la crise pallient l’hésitation vaccinale de leurs aînés. « Le moteur global de la vaccination des ados, c’est l’impact qu’elle pourrait avoir sur la population générale », résume le pédiatre de l’Huderf Pierre Smeesters. « Mais attention à ne pas les instrumentaliser. »

Dans l’absence de recul dicté par l’urgence de la situation, la vaccination des plus jeunes est une question qui doit être laissée à la libre appréciation de chacun. C’est là toute la force du rapport du CSS qui préconise ce libre choix, pourvu qu’il soit éclairé. « Il faut viser une prise de décision informée qui doit se faire en connaissance de cause, avec les arguments pour et les arguments contre », corrobore l’immunologiste Sophie Lucas. Aux Etats-Unis où la vaccination des 12-15 ans a commencé il y a un peu plus d’un mois, de très rares cas d’inflammation du muscle cardiaque ont été répertoriés après l’administration du vaccin sans qu’un lien de cause à effet n’ait été clairement établi à ce jour. Le Centre de contrôle des maladies continue d’ailleurs de préconiser la vaccination des plus jeunes : les très rares effets secondaires semblent tout à fait réversibles, faisant légèrement pencher la balance en faveur des vaccins. Comme le formalisent des experts dans une opinion parue dans le New York Times, la question n’est pas de vacciner ou de ne rien faire, mais de se faire vacciner ou d’accepter d’éventuellement contracter le coronavirus. En d’autres termes, si les vaccins sont aussi efficaces qu’ils semblent l’être, en particulier chez les plus jeunes où ils scorent à 100 % d’efficacité, ce bouclier offre une bonne protection. Et surtout, il contribue à protéger les plus vulnérables, qui font parfois partie de l’entourage proche des plus jeunes.

 
 
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