RD Congo: la Belgique trace un cadre innovant pour une restitution des biens spoliés

Guido Gryseels, le directeur général de l’Africa Museum à Tervueren.
Guido Gryseels, le directeur général de l’Africa Museum à Tervueren. - Belga

Le gouvernement fédéral a lancé un vaste chantier d’étude de la provenance des biens issus de la colonisation. Un cadre a été fixé pour la restitution des biens aux anciennes colonies qui, dans les années à venir, pourrait viser des milliers d’objets et faire de la Belgique une pionnière dans ce domaine.

L’essentiel de ces biens se trouvent à l’Africa Museum de Tervueren, institution fédérale. Quelque 128.000 objets sont recensés, provenant à 85% de la République démocratique du Congo, dont la grande majorité sont des objets de la vie quotidienne.

Le musée évalue à 1% la part issue de pillages, à 58% la part appropriée correctement, le reste devant faire l’objet d’une étude de provenance. La tâche s’annonce vaste, a confié mardi le directeur général, Guido Gryseels, à l’occasion d’une présentation à la presse. Bien souvent, les données en possession du musée ne mentionnent que la province ou le district dont le bien est issu, parfois l’ethnie mais guère plus. Selon ses calculs, 2,5 millions d’euros seront nécessaires pour réaliser ce travail.

«C’est un moment important pour la Belgique. L’heure est venue pour la restitution au Congo d’objets spoliés par la Belgique. Ces objets ne nous appartiennent pas, ils appartiennent au peuple congolais.», a expliqué le secrétaire d’État à la Politique scientifique, Thomas Dermine. «La colonisation et certaines exactions ont longtemps privé les Congolais d’un accès à leur patrimoine. On ne peut changer le passé, la Belgique devra vivre avec cet héritage et ce passé colonial trouble».

Trois catégories

Pour avancer sur la voie d’une réconciliation et d’une réappropriation par les Congolais, la Belgique a tracé un cadre fondé sur l’aliénabilité des biens issus du passé colonial à des fins de restitution. Trois catégories sont établies. Les biens dont on a pu déterminer la provenance illégitime (pillage, spoliation, transaction non équitable), seront transférés du domaine public de l’État vers le domaine privé et de ce fait pourront être cédés à un tiers, en l’occurrence la République démocratique du Congo. Une convention devra être conclue entre la Belgique et la RDC afin d’organiser le transfert de propriété et prévoir en même temps la mise en dépôt en Belgique. Les biens dont on a pu déterminer qu’ils ont été acquis légitimement seront conservés dans le domaine public de l’État. Les biens dont l’acquisition légitime n’a pu être établie seront transférés dans le domaine privé dans l’attente des études de provenance. Si l’acquisition est légitime, ils seront retransférés dans le domaine public et ne pourront être cédés. Si l’acquisition est jugée illégitime, ils passent dans la première catégorie et, si le doute subsiste sur la légitimité, les biens resteront dans le domaine privé en attendant de nouvelles investigations.

L’approche se veut innovante. En général, la question en Europe est abordée directement sous l’angle de la restitution physique. Elle butte dès lors sur le problème de la conservation dans les pays d’origine et se limite à quelques objets.

Actuellement, la RDC n’a pas formulé de demande de restitution. Une commission belgo-congolaise sera mise sur pied à l’automne pour mener ce travail qui devra notamment s’attacher à la conservation des biens et à la formation du personnel. L’Africa Museum accueille déjà des scientifiques congolais dans ce cadre.

Ce travail confronte la Belgique à son passé colonial et aux exactions qui l’ont émaillé, particulièrement du temps de l’État indépendant du Congo de Léopold II. Un parcours est établi dès l’entrée du musée pour exposer au visiteur des biens relevant des trois catégories. Plusieurs d’entre eux rappellent les actions troubles qui ont mené à leur transfert en Belgique, quand il ne s’agissait tout simplement pas du butin d’expéditions punitives sanguinaires.

 
 
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