Cibler les mesures d'emploi auprès des plus vulnérables (Conseil supérieur de l'emploi) -2

"Il y a de bonnes et de mauvaises nouvelles", a souligné le vice-gouverneur de la Banque nationale Steven Vanackere, aussi vice-président du Conseil supérieur de l'emploi. Le marché du travail "a échappé à des drames majeurs", avec une faible augmentation du chômage, repassé sous les niveaux de 2019.

Après avoir augmenté en début de crise, le chômage est en effet revenu à son niveau moyen dès le mois de mars 2021. En mai, il était même inférieur de 25.000 personnes à la moyenne de 2019 (-16.000 en Flandre, -8.500 en Wallonie et -400 à Bruxelles).

"Nous avons de très bons stabilisateurs économiques en Belgique", a relevé Florence Lepoivre, cheffe de cabinet du ministre de l'Économie et du Travail, Pierre-Yves Dermagne. "La sécurité sociale et les services publics ont contribué à stabiliser l'économie avec de très nombreuses mesures de soutien."

Le Conseil supérieur de l'emploi s'attend à ce que la création d'emploi reprenne dès cette année, avec 32.000 à 35.000 postes selon les estimations de la Banque nationale et du Bureau du plan. La croissance serait moins dynamique en 2022, en raison du risque de rattrapage des faillites, avec quelque 8.000 à 9.000 postes. L'essentiel du choc devrait être absorbé l'année suivante et l'emploi repartirait plus nettement à la hausse.

Mais les problèmes que le marché du travail belge connaissait déjà avant la crise n'ont pas été résolus. Le marché est toujours polarisé, avec la présence de groupes particulièrement vulnérables. "Cela nécessitera l'attention de tous les gouvernements. Un objectif ambitieux ne pourra être atteint qu'en accordant une attention particulière aux groupes défavorisés", a plaidé Steven Vanackere.

La crise a en effet particulièrement touché les jeunes, les personnes plus faiblement éduquées et celles qui ne sont pas d'origine européenne, surreprésentées dans les secteurs les plus impactés comme l'horeca, les métiers de contact, l'événementiel, la culture et les commerces de détail non alimentaires. Elles ont aussi plus souvent des contrats temporaires qui n'ont pas été renouvelés.

Les femmes ont par ailleurs été plus sévèrement touchées que dans une "crise classique", observe le Conseil supérieur de l'emploi. Ce sont en effet surtout elles qui se sont occupées des enfants quand les écoles étaient fermées.

Autres points noirs: la progression du chômage de longue durée, mais aussi un nombre toujours important de postes qui restent vacants. Quelque 115.500 emplois restaient ainsi à pourvoir fin 2020, ce qui porte le taux de vacance d'emploi à 2,9%. Un chiffre largement au-dessus de la moyenne de la zone euro (1,9%).

C'est en Flandre que les tensions sont les plus vives (3,2%). Les secteurs d'activité les plus concernés sont l'information et la communication (6,4 %), les activités professionnelles, scientifiques et techniques (5,4 %) et la construction (4,2 %).

Le Conseil supérieur de l'emploi préconise une approche "opportune, ciblée et temporaire". "Maintenir trop longtemps des aides non ciblées est non seulement coûteux d'un point de vue budgétaire, mais aussi contreproductif car cela fige des situations économiquement non viables. Les mesures générales, mises en place dans l'urgence et nécessaires à l'époque, n'ont plus lieu d'être", défend l'organisme.

L'objectif de 80% de taux d'emploi d'ici 2030 exigera d'employer davantage de personnes "à risque": les personnes faiblement diplômées, d'origine non européenne, les personnes âgées de 60 à 64 ans, les malades de longue durée, de plus en plus nombreux, ainsi que les personnes en situation de handicap. Le taux d'emploi des femmes (65,9%) peut lui aussi être augmenté, conclut le Conseil supérieur de l'emploi.

 
 
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