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Gestes barrières: le suivi des règles sanitaires s’effrite

L’étude de l’UCLouvain sur le suivi des gestes barrières vient de livrer ses résultats, que « Le Soir » et « SudPresse » ont obtenus en primeur. Avec l’évolution plutôt favorable des courbes épidémiques, l’adhésion s’érode. Mais deux tiers des Belges continuent de les suivre.

Journaliste au service Société Temps de lecture: 4 min

Clap cinquième et de fin. Une équipe de psychologues de l’UCLouvain a étudié depuis début avril le suivi des gestes barrières par un même échantillon de population sondé régulièrement (notamment via les sites partenaires du Soir et de SudPresse), et ce alors que la situation épidémiologique s’améliorait progressivement et que les mesures s’assouplissaient. Menée sous la houlette du psychologue de la santé Olivier Luminet et financée par la Fondation Louvain, cette étude longitudinale vient de livrer ses premiers résultats.

Comme le montraient déjà les volets intermédiaires, ils concluent à une adhésion moins forte de la population vis-à-vis des règles sanitaires, surtout en ce qui concerne la limitation des contacts et la distance physique. S’ils sont également moins suivis au fil du temps, le port du masque et le lavage des mains se maintiennent à des niveaux élevés. « Ceci témoigne probablement du besoin naturel qu’ont les individus à socialiser avec les autres, dans le cadre d’interactions réelles et face à face ainsi qu’aux modifications des règles en vigueur liées aux interactions sociales autorisées », estime le rapport.

Une adaptation aux conditions épidémiologiques du moment

« Il y a un glissement progressif vers moins de respect des gestes barrières, mais pas de basculement total », insiste d’emblée le professeur de psychologie qui observe un rééquilibrage vers un niveau plus modéré d’adhésion : « Globalement, deux tiers environ (60 %) des répondants continuent de faire attention, que ce soit totalement ou modérément. Ce chiffre reste très impressionnant : qui aurait pu imaginer il y a un an qu’on puisse massivement adopter ces comportements contre-nature ? C’est intéressant de noter en outre que les gens s’adaptent aux conditions épidémiologiques, puisque l’adhésion était plus élevée dans les moments de crise. »

Globalement, l’échantillon a peu varié, se composant des mêmes participants à travers les cinq temps de mesure, avec à chaque fois un minimum de 1.570 participants. Des analyses additionnelles sont nécessaires pour s’assurer de la participation de façon complète à toutes les phases de l’enquête, notamment pour des complications techniques liées au respect des données à caractère personnel. L’échantillon se composait de 64 % de femmes, l’âge moyen était de 51 ans et le niveau d’éducation relativement élevé (56 % avec un master ou plus, 27 % avec un bachelier). Les réponses ont été collectées via un questionnaire en ligne, diffusé à cinq reprises, à plus ou moins trois semaines d’intervalle.

Les psychologues ont cherché à comprendre les mécanismes qui influencent les individus à respecter ou non ces « nouveaux » comportements sanitaires dictés par l’épidémie. Des facteurs d’ordre démographique et psychologique semblent les sous-tendre, expliquent les chercheurs. Les résultats suggèrent que les hommes sont moins enclins à respecter les gestes barrières que les femmes. Mais cet écart diminue avec le temps, sauf en ce qui concerne le lavage des mains… L’effet de lassitude est une piste d’explication avancée par les chercheurs. Par ailleurs, l’âge joue également un rôle crucial dans le respect des mesures sanitaires : les 18-35 ans rapportent les respecter moins souvent que leurs aînés. Enfin, le niveau d’éducation est aussi prégnant : les personnes avec un niveau d’éducation plus élevé (master) appliquent moins les comportements sanitaires.

L’importance de la norme sociale

Deux autres pans plus psychologiques montrent des écarts importants, qu’il s’agisse de la question de la norme sociale, du stress lié à la maladie ou des aspects liés à la confiance envers les experts ou les médias. « La pression sociale est sûrement un levier dans le respect ou non des gestes barrières », décrypte Olivier Luminet. « Le regard des autres est quelque chose d’important. Si plus personne ne met de masque dans son entourage, il va paraître difficile de le maintenir. Il y a donc bien un consensus de groupe. Les autorités doivent en avoir conscience. » Le rapport constate aussi sans surprise que les personnes avec un niveau élevé d’anxiété lié au covid suivent plus les mesures sanitaires. Ici aussi, la perception du risque pour les autres pourrait être un levier d’action pour recueillir davantage d’adhésion.

En ce qui concerne le niveau de confiance envers les experts ou les médias, les écarts se creusent. C’est le port du masque qui semble le plus clivant : selon le degré de confiance envers les experts, il sera ou non porté (mais ici aussi de moins en moins au fil des cinq coups de sonde). « C’est sans doute la manifestation la plus ostentatoire d’une contestation », selon Olivier Luminet qui estime que l’effet yo-yo de la mesure pourrait être préjudiciable s’il fallait le réimposer à l’automne.

 

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