Assassinat du président haïtien: ce que l’on sait du commando

Assassinat du président haïtien: ce que l’on sait du commando
Reuters

Vers 1h locale dans la nuit de mardi à mercredi, un commando armé attaque la résidence de Jovenel Moïse, dans la capitale Port-au-Prince. Ils se font passer pour des agents de la DEA, l’agence américaine antidrogue, selon des sources gouvernementales haïtiennes.

Dans une vidéo circulant sur les réseaux sociaux, on entend plus d’une trentaine de coups de feu. Les assaillants semblent toutefois avoir agi avec une facilité étonnante, sans annonce de blessés parmi les policiers censés garder le président, honni par une bonne partie de la population.

Son corps est criblé de douze balles, selon le juge chargé de l’affaire, cité par la presse locale. Blessée, la Première dame Martine Moïse a d’abord été soignée dans un hôpital local avant d’être évacuée par avion vers Miami. Son état est «stable», a affirmé mercredi soir le Premier ministre par intérim Claude Joseph.

Des assaillants colombiens et américains

Selon l’ambassadeur haïtien aux Etats-Unis, Bocchit Edmond, le président a été tué dans une «attaque bien orchestrée» perpétrée par des tueurs «professionnels». «Nous pensons qu’il s’agit de mercenaires», a-t-il ajouté. Selon Claude Joseph, les assaillants étaient «des étrangers qui parlaient l’anglais et l’espagnol».

La police haïtienne a annoncé mercredi soir avoir tué quatre membres présumés du commando. «Quatre mercenaires ont été tués, deux ont été interceptés sous notre contrôle», a déclaré Léon Charles, directeur général de la police nationale d’Haïti. «Trois policiers qui avaient été pris en otage ont été récupérés», a-t-il ajouté.

Le lendemain soir, il annonce en conférence de presse que le commando était composé de 28 assaillants (26 Colombiens et deux Américains d’origine haïtienne). Il précise que quinze Colombiens et les deux Américains ont été arrêtés, que trois Colombiens ont été tués -revoyant le bilan à la baisse- et que huit sont en fuite.

Qui est le commanditaire ?

Plusieurs suspects sont alignés contre un mur pour les montrer aux médias, des passeports colombiens et des armes étant disposés sur une table. «Nous avons déjà en main les auteurs physiques et nous sommes à la recherche des auteurs intellectuels», c’est-à-dire le ou les commanditaires, a relevé M. Charles.

Le ministre colombien de la Défense Diego Molano précise qu’au moins six des suspects colombiens seraient «d’anciens membres de l’armée» et que la police et l’armée de son pays ont reçu instruction de coopérer à l’enquête haïtienne.

Onze suspects ont été interpellés par la police haïtienne dans le périmètre de l’ambassade de Taïwan à Port-au-Prince, où ils s’étaient cachés, a indiqué de son côté la représentation diplomatique, qui avait donné son feu vert à l’opération policière haïtienne.

Le département d’Etat américain, sans confirmer l’arrestation de ressortissants américains, indique avoir accepté d’aider l’enquête haïtienne.

Qui pour gouverner ?

Après l’assassinat, le Premier ministre par intérim Claude Joseph est apparu comme le responsable assurant de facto le pouvoir. Il a déclaré «l’état de siège», octroyant des pouvoirs renforcés à l’exécutif pour quinze jours.

Problème: Jovenel Moïse avait nommé lundi Ariel Henry, un médecin, à la fonction de Premier ministre. Selon celui-ci, Claude Joseph «n’est plus Premier ministre» et a repris ses anciennes fonctions de ministre des Affaires étrangères. M. Henry appelle toutefois au dialogue et au consensus, tout en affirmant être le seul Premier ministre nommé.

Le secrétaire d’Etat américain Antony Blinken a téléphoné à M. Joseph mercredi, précisant bien avoir parlé au «Premier ministre par intérim» d’Haïti. Washington a par ailleurs appelé Haïti à maintenir les élections législatives et présidentielle prévues d’ici fin 2021.

 
 
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