Accueil Monde Afrique

Tunisie: le président limoge les ministres de la Défense et de la Justice

Le président tunisien Kais Saied a limogé le ministre de la Défense après avoir suspendu les activités du Parlement et démis le Premier ministre.

Temps de lecture: 4 min

Les développements en Tunisie, seul pays rescapé du Printemps arabe, ont suscité l’inquiétude à l’étranger. La France a dit souhaiter un « retour, dans les meilleurs délais, à un fonctionnement normal des institutions » et appelé à éviter toute violence tandis que les Etats-Unis, « préoccupés », ont appelé au « respect des principes démocratiques ».

Dimanche soir, après une journée de manifestations dans de nombreuses villes de Tunisie, notamment contre la gestion de l’épidémie de coronavirus par le gouvernement de Hichem Mechichi, M. Saied a limogé ce dernier et annoncé « le gel » des activités du Parlement pour 30 jours.

Le président, également chef de l’armée, s’est en outre octroyé le pouvoir exécutif, en annonçant son intention de désigner un nouveau Premier ministre.

Lundi, le ministre de la Défense Ibrahim Bartagi et la porte-parole du gouvernement Hasna Ben Slimane, également ministre de la Fonction publique et ministre de la Justice par intérim, ont été limogés.

Ennahdha, principal parti au Parlement, a fustigé ces mesures, dénonçant « un coup d’Etat contre la révolution et la Constitution ».

En revanche, l’Union générale des travailleurs tunisiens (UGTT), influente centrale syndicale, a estimé que les décisions de M. Saied étaient « conformes » à la Constitution, tout en appelant à la poursuite du processus démocratique, plus de dix ans après le soulèvement populaire qui a mené à la chute du dictateur Zine El Abidine Ben Ali en janvier 2011.

Couvre-feu étendu, congés

« Il y a un objectif de restaurer l’efficience de l’Etat, mais il faudra s’assurer d’impliquer un large nombre d’acteurs », a estimé l’analyste d’International Crisis Group Michael Ayari. « On est dans l’inconnu, avec un risque de dérives y compris sanglantes ».

Dans la journée, plusieurs centaines de partisans du président Saied et d’Ennahdha ont échangé des jets de bouteilles et de pierres devant le Parlement à Tunis. Mais la situation est ensuite revenue à la normale.

Le président du Parlement Rached Ghannouchi, également chef d’Ennahdha, a appelé à la mobilisation et est resté près de 12 heures devant l’Assemblée bouclée par des militaires pour réclamer le droit d’y accéder.

Selon Ennahdha, le bureau de l’Assemblée, réuni en dehors du Parlement, a appelé l’armée et les forces de sécurité à « se placer du côté du peuple et à remplir leur rôle de protection de la Constitution ».

En fin de journée, la présidence a annoncé que le couvre-feu nocturne officiellement instauré pour lutter contre le Covid avait été étendu d’une heure, désormais de 19h00 à 06h00. Elle a aussi annoncé l’interdiction des rassemblements de plus de trois personnes, et deux jours de congé pour les fonctionnaires.

La crainte d’un retour en arrière sur les libertés a été accentuée après la fermeture lundi du bureau de la chaîne qatarie Al-Jazeera à Tunis par des policiers, sans décision de justice ni explications.

Amnesty International et Reporters sans frontières ont condamné cette fermeture et appelé les autorités à garantir la liberté d’expression.

À lire aussi Tunisie: l’insondable manège du président Kaïs Saïed

Aggravation de l’épidémie

Le bras de fer entre MM. Ghannouchi et Saied, en cours depuis six mois, a plongé la Tunisie dans une crise constitutionnelle.

Les décisions de M. Saied visent à « changer la nature du régime politique en Tunisie et à le faire passer d’un régime parlementaire à un régime présidentiel, individuel et autoritaire », a accusé M. Ghannouchi.

M. Saied a assuré avoir suspendu le Parlement pour 30 jours en vertu de l’article 80 de la Constitution, qui envisage des mesures exceptionnelles en cas de « péril imminent ».

À lire aussi Tunisie: Kaïs Saïed et Rached Ghannouchi, les deux hommes au cœur de la crise

Les alliés d’Ennahdha au sein de la coalition, Qalb Tounes et le mouvement islamiste nationaliste Karama, ont condamné les décisions de M. Saied.

Dans l’opposition, le Courant démocratique, parti socio-démocrate qui a plusieurs fois soutenu M. Saied, a rejeté sa prise de pouvoir, imputant néanmoins la responsabilité de « la tension populaire et de la crise à la coalition » gouvernementale.

Depuis début juillet, la Tunisie, frappée par ailleurs par le chômage et l’inflation, fait face à un pic épidémique, avec l’un des pires taux de mortalité officiels au monde. Le pays de 12 millions d’habitants a enregistré officiellement plus de 560.000 cas, dont plus de 18.000 décès.

 

Le fil info

La Une Tous

Voir tout le Fil info

1 Commentaire

  • Posté par Deckers Björn, mardi 27 juillet 2021, 12:30

    Quelqu'un peut-il suggérer qu'en cas de crise insoluble entre les deux branches de l'exécutif, on peut dissoudre l'assemblée parlementaire? Je ne connais pas la Constitution tunisienne et je ne sais pas quelle institution (gouvernement, présidence et/ou assemblée parlementaire elle même) peut enclencher le processus d'élections anticipées mais cela me paraît nécessaire de tenter cette voix plutôt que la prise de pouvoir autoritaire d'un président qu'on disait "attaché" au droit. S'agissant de celui-ci, Kais Saied pêche pour le moins, par son refus d'accepter les règles du jeux. En admettant même qu'il ne soit pas favorable à la République des partis et qu'il lui préfère un régime plus participatif (pourquoi pas, ça peut même être novateur), il ne peut établir ce nouveau régime qu'en respectant les règles écrites précédemment. Il doit donc s'appuyer sur des partisans de son projet qui pourront à l'assemblée parlementaire et au gouvernement défendre le projet de Kais Saied et le cas échéant, remplacer le système parlementaire ou créer une démocratie hybride. Comme le disait Churchill, la démocratie est le pire système mise à part tous les autres. Mendès refusait la cinquième outrancièrement présidentielle, il ne se présenta jamais à la présidentielle mais il avait soutenu Rocard en 1969 dans l'espoir de changer les institutions de la cinquième république. De Gaulle lui même n'aimait pas les partis mais dès 1958 et même avant, il savait qu'il avait besoin d'un rassemblement des gaullistes pour soutenir son action. C'est du reste dingo de penser qu'un homme seul puisse diriger le pays sans même s'appuyer ne serait-ce que sur une équipe rapprochée. Le parti Enhada n'est certainement pas un modèle de vertu démocratique, mais il y a loin de considérer que dès lors, Kais Saied est un démocrate. On aurait plutôt ici l'opposition entre deux visions autoritaires. Nous avons pêcher par excès de confiance lors des "printemps arabes". En Tunisie comme en Egypte, les citoyens sont-il prêts pour la démocratie? Leurs votes démontre le contraire....

Aussi en Afrique

Voir plus d'articles

Allez au-delà de l'actualité

Découvrez tous les changements

Découvrir

À la Une