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Zakia Khattabi après le rapport du Giec: «L’inaction est criminelle désormais»

Ministre du Climat, de l’Environnement, du Développement durable et du Green Deal, Zakia Khattabi (Ecolo) sonne l’alerte avec le Giec et veut « mobiliser » tous ses collègues de gouvernement…

Journaliste au service Politique Temps de lecture: 5 min

Nous avons demandé à la ministre du Climat, de l’Environnement, du Développement durable et du Green Deal, Zakia Khattabi (Ecolo), de réagir au rapport du Giec…

Le rapport intervient au moment où les incendies ravagent plusieurs régions en Europe, et dans le monde, on n’oublie pas les inondations…

Oui, le rapport du Giec sort dans un contexte où tous les clignotants sont passés au rouge. Je dirais que, par rapport aux précédents rapports du Giec, le dernier il y a sept ou huit ans, celui-ci n’est pas « désincarné ». On ne peut que reconnaître maintenant que le Giec nous avait alertés, nous a alertés. Les catastrophes auxquelles nous avons droit, ce sont autant d’appels pressants à changer notre modèle de consommation et de production. En fait de contexte, j’ajoute que, politiquement parlant, nous sommes à un peu moins de 100 jours de la Cop26 à Glasgow, la conférence de l’ONU sur le changement climatique, et au moment où les gouvernements européens doivent assimiler les propositions de la Commission ayant trait à la nouvelle architecture institutionnelle climatique, s’agissant de réduire les émissions carbonées de 55 % à l’horizon 2030. Là encore, c’est un contexte fort, pour une occasion unique.

Mais la prise de conscience est-elle à la mesure ?

Le rapport du Giec a un caractère scientifique, d’autres suivront, relatifs plus directement aux conséquences du changement climatique, aux mesures d’adaptation, aux mesures d’atténuation… Tout cela donnera à voir l’exigence d’un changement global. Il faut que la question climatique devienne notre boussole dans tout ce que nous entreprenons. Alors, oui, il y a une prise de conscience, soyons justes. En témoignent les objectifs en termes de neutralité carbone en Europe, aux Etats-Unis, en Chine… Il y a, dirais-je plus précisément, une tendance manifeste à la prise de conscience. En tout cas, c’est vrai pour les discours, les prises de position publiques et officielles. Mais maintenant, il va falloir que les actes suivent les paroles. C’est un instant de vérité. Je l’ai dit, toutes les politiques mises en œuvre doivent intégrer la question climatique, à commencer par notre plan de relance après le covid, également le plan de reconstruction en Wallonie après les inondations.

Vous parlez d’un « instant de vérité », c’est vrai pour la ministre fédérale du Climat, qui doit être une protagoniste maintenant.

Précisément, j’ai demandé à tous mes collègues de soumettre en septembre une feuille de route traduisant, dans leurs domaines – de l’économie à l’emploi en passant par la fiscalité, la mobilité, les pensions, etc. – l’effort d’adaptation aux exigences en termes de transition écologique, avec objectifs, trajectoire et un système de monitoring afin d’évaluer régulièrement le chemin parcouru. Mon administration Climat, en outre, a soumis à tous les responsables politiques aux affaires, à tous les niveaux de pouvoir dans le pays, une sorte de modèle général voué à la décarbonation stratégique. Avec ce modèle, tous peuvent avoir une vue d’ensemble des enjeux, et opérer les choix qui s’imposent collectivement. Ce modèle comprend quatre scénarios, un premier relatif aux changements de comportement, un deuxième consacré à la technologie, un troisième qui mêle changements comportementaux et technologies, un quatrième, plus spécifique, qui apporte une série de réponses dans l’hypothèse d’une explosion de la demande énergétique. De cette façon, tous peuvent agir en connaissance de cause. Il faut arrêter de prendre des décisions au doigt mouillé.

Des décisions qui, quoi qu’il en soit, auront un coût…

… Mais quel est le coût de l’inaction ? Voyez autour de nous. Je dirais qu’à ce stade, et avec les connaissances que nous avons, l’inaction non seulement coûte très cher, en termes économiques, sociaux, de vies humaines, mais qu’elle est criminelle désormais.

Autre défi : faire en sorte que la transition écologique ne pénalise pas les classes populaires.

J’ai toujours dit, pour ma part, que les questions de justice environnementale et de justice sociale étaient liées. Prenez les inondations en Wallonie, voyez quelles populations sont frappées le plus durement, ce ne sont pas – je simplifie – les villas quatre façades… Bref, oui, il faut viser d’abord les gros pollueurs, et n’imposer des changements que lorsque nous, politiques, offrons concrètement une alternative. Exemple : sous la législature précédente, le gouvernement fédéral avait relevé les accises sur le diesel, et j’avais protesté, car, dans le même temps, ils fermaient des gares dans le pays… Là, on nageait en pleine contradiction, et on n’offre pas d’alternative aux gens, ça ne va pas, c’est profondément injuste socialement.

Plus largement, avec Thomas Dermine, secrétaire d’Etat à la relance, nous partageons la conviction que, cette fois, vu la gravité de la situation, des investissements massifs sont nécessaires afin de renverser la vapeur en termes climatiques. C’est vrai dans les secteurs de la mobilité, l’énergie, l’aménagement du territoire, entre autres. Tout ce que l’on n’investira pas se traduira en coûts supplémentaires à court et moyen termes, parce que la situation va se dégrader. Nous devons sortir de notre vision en silos pour avoir une vision systémique, et, avec ces investissements massifs, viser des objectifs de développement durable, c’est-à-dire des objectifs où tous les paramètres comptent, environnementaux, économiques, fiscaux, enfin sociaux, bien entendu.

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84 Commentaires

  • Posté par stals jean, jeudi 23 septembre 2021, 12:38

    c'est inouis, un bla bla pareil qui part dans tous les sens sans la moindre nouvelle proposition concrète ... Mais pas un mot sur la prolongation éventuelle de "2 ou 3 pelés" réacteurs nucléaires belges, qui en terme de réchauffement climatiques du aux gaz à effet de serre ne sont pas émetteurs de CO2, par rapport aux centrales productrices d'électricité alimentées en millions de mètres cube de Gaz.... Alors que le besoin mondial en électricité est "sans limite" et que les seuls chinois sachant cela, avec leur milliards et demi de citoyens, et malgré leurs barrages gigantesques, leurs champs de panneaux solaires tout aussi gigantesques, l'abandons des centrales charbons, construisent des réacteurs nucléaires à tour de bras de dernière génération ou non, pour tenter de limiter la production de CO2 en accord avec les alertes du Giec..Quant aux -50% d'émissions de CO2 en Europe d'ici 2030 (c'est demain) en relançant le charbon en Allemagne ou le gaz, et arrêter aussi les réacteurs nucléaires en Italie en Espagne en Belgique c'est pire que du "foutage de gueule", c'est une imposture politique totale sachant que l'hydraulique, le solaire l'éolien, la biomasse, l'hydrogène, n'arriveront (malheureusement) pas à assurer les demandes exponentielles en électricité, ne serait-ce que pour "recharger" en permanence les batteries des dizaines de millions de véhicules 100% électrique que les constructeurs Européens sont en train de s'acharner à produire. Pour produire l'hydrogène pour les véhicules futurs les milliards de MW/h d'électricité seront nécessaires. Bonjour les centrales aux énergies fossiles relancées en Europe...De qui se moque-t-on chez les écologistes? les vrais ou les faux mais toujours assurément de carnaval, qui lors des réunions ont d'ailleurs toujours à portée de bouche une bouteille d'eau qui est loin d'être de l'eau du robinet...

  • Posté par Levaux Marie-Noelle, jeudi 12 août 2021, 18:37

    Amen...

  • Posté par Verkaeren Paul, jeudi 12 août 2021, 14:19

    C'est incroyable, mais c'est la vérité: elle ne dit rien, strictement rien, nada, schnolle brol sur fond d'azur: tout le discours convenu (on doit, il faut.....) mais strictement RIEN de ce qu'elle compte FAIRE, quelles sont les ACTIONS. C'en est désespérant ! Il ne faut pas confier un poste aussi stratégique, aussi technique à une assistante sociale mais à un ingénieur, et ceci n'est pas un raisonnement raciste ou anti-féministe mais une question de bon sens.

  • Posté par Baeyens Remi, jeudi 12 août 2021, 12:37

    Bravo Mme. Après avoir montré vos compétences en d'autres domaines, vous avez eu le temps de vous former dans le domaine climatique et devenir une experte. Vous n'avez aucun doute, en connaissance (compétence ?) de cause, en quelques mois ce que moi modestement avec une formation université en énergie et avoir travaillé dans le domaine de la production électrique, j'ai encore des doutes. Je me renseigne et m'informe depuis des années. Bravo !

  • Posté par ADAM Jean-Victor, jeudi 12 août 2021, 11:16

    Parlez-nous plutôt du droit des femmes au Qatar qui subventionne le club de foot PSG. Vous dites quoi en bas de ça ?

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