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Afghanistan: les talibans aux portes de Kaboul et du pouvoir

Le porte-parole des talibans a également assuré que les ambassades internationales et leurs employés ne seront pas ciblés par les combattants talibans et qu’ils devraient rester dans le pays

Temps de lecture: 7 min

Les talibans étaient dimanche sur le point de reprendre le pouvoir en Afghanistan, après être arrivés aux portes de Kaboul, où leurs combattants ont reçu l’ordre de ne pas entrer pendant que le gouvernement promettait une transition pacifique.

« L’Émirat islamique ordonne à toutes ses forces d’attendre aux portes de Kaboul, de ne pas essayer d’entrer dans la ville », a annoncé sur Twitter Zabihullah Mujahid, un porte-parole des talibans. Ils ont aussi promis qu’ils ne chercheraient à se venger de personne, y compris des militaires ou fonctionnaires ayant servi pour l’actuel gouvernement.

Appelant les Afghans à « ne pas s’inquiéter », le ministre de l’Intérieur, Abdul Sattar Mirzakwal a assuré qu’un « transfert pacifique du pouvoir » vers un gouvernement de transition allait avoir lieu.

Malgré les promesses des insurgés, des combattants talibans armés ont été aperçus dans une banlieue éloignée de la capitale, encerclée et où la panique était totale, mais sans qu’il y ait d’affrontements. « Ne paniquez pas, Kaboul est en sécurité », a tenté de rassurer sur Twitter Matin Bek, le chef de cabinet du président Ashraf Ghani.

Les insurgés s’étaient emparés sans résistance dans la matinée de la ville de Jalalabad (est), quelques heures après avoir pris Mazar-i-Sharif, la quatrième plus grande ville afghane et le principal centre urbain du nord du pays.

En à peine dix jours, les talibans, qui avaient lancé leur offensive en mai à la faveur du début du retrait final des troupes américaines et étrangères, ont pris le contrôle de quasiment tout le pays.

La déroute est totale pour les forces de sécurité afghanes, pourtant financées pendant 20 ans à coups de centaines de milliards de dollars par les États-Unis, et pour le gouvernement du président Ghani, lequel semble désormais acculé à la capitulation et à la démission.

« Il serait presque impossible pour (Ghani) de rallier les forces de sécurité pour défendre Kaboul. Toutes perspectives de combat dans la ville elle-même déclencheraient une catastrophe humanitaire majeure », a déclaré à l’AFP Ibraheem Thurial Bahiss, un consultant de l’International Crisis Group (ICG), estimant que la pression devait monter sur le chef de l’État pour qu’il démissionne.

Peur et colère

Face à l’effondrement de l’armée afghane, le président américain, Joe Biden, a porté à 5.000 soldats le déploiement militaire à l’aéroport de Kaboul pour évacuer les diplomates américains et des civils afghans ayant coopéré avec les États-Unis qui craignent pour leur vie.

Le Pentagone évalue à quelque 30.000 le nombre de personnes à évacuer au total. Comme la veille, les hélicoptères américains continuaient dimanche leurs rotations incessantes entre l’aéroport et l’ambassade américaine, un gigantesque complexe situé dans la « zone verte » ultra-fortifiée, au centre de la capitale.

L’ambassade américaine a ordonné à son personnel de détruire les documents sensibles et symboles américains qui pourraient être utilisés par les talibans « à des fins de propagande ».

Londres a parallèlement annoncé le redéploiement de 600 militaires pour aider les ressortissants britanniques à partir. Plusieurs pays occidentaux vont réduire au strict minimum leur présence, voire fermer provisoirement leur ambassade. Mais la Russie a indiqué dimanche ne pas prévoir d’évacuer son ambassade et indiqué oeuvre pour la tenue d’une réunion urgente du Conseil de sécurité de l’ONU.

Le président américain a menacé les talibans d’une réponse « rapide et forte » en cas d’attaque qui mettrait en danger des ressortissants américains lors de l’opération d’évacuation.

Mais il a aussi défendu sa décision de mettre fin à 20 ans de guerre, la plus longue qu’ait connue l’Amérique, lancée dans la foulée des attentats du 11 septembre 2001, pour renverser les talibans en raison de leur refus de livrer le chef d’Al-Qaïda, Oussama Ben Laden. « Une année ou cinq années de plus de présence militaire américaine n’aurait fait aucune différence, quand l’armée afghane ne peut ou ne veut pas défendre son propre pays », a-t-il affirmé.

Les « valeurs islamiques »

Dans le quartier de Taimani, au centre de la capitale, la peur, l’incertitude et l’incompréhension pouvaient se lire sur le visage des gens. « Nous apprécions le retour des talibans en Afghanistan, mais nous espérons que leur arrivée mènera à la paix et non à un bain de sang. Je me rappelle, quand j’étais enfant, très jeune, les atrocités commises par les talibans », a déclaré à l’AFP Tariq Nezami, un commerçant de 30 ans.

« J’espère juste que leur retour mène à la paix, c’est tout ce que je veux », a-t-il insisté. « Vous voyez, beaucoup d’Afghans fuient chaque jour Kaboul, ça veut dire qu’ils ont de mauvais souvenirs des talibans, ils les fuient. »

Beaucoup d’Afghans, surtout dans la capitale, et les femmes en particulier, habitués à la liberté qu’ils ont connue ces 20 dernières années, craignent un retour au pouvoir des talibans. Lorsqu’ils dirigeaient le pays, entre 1996 et 2001, ces derniers avaient imposé leur version ultra-rigoriste de la loi islamique.

Les femmes avaient interdiction de sortir sans un chaperon masculin et de travailler, et les filles d’aller à l’école. Les femmes accusées de crimes comme l’adultère étaient fouettées et lapidées. Les voleurs avaient les mains coupées, les meurtriers étaient exécutés en public et les homosexuels tués.

Les talibans, qui veillent à afficher aujourd’hui une image plus modérée, ont maintes fois promis que s’ils revenaient au pouvoir, ils respecteraient les droits humains, en particulier ceux des femmes, en accord avec les « valeurs islamiques ».

Mais dans les zones nouvellement conquises, ils ont déjà été accusés de nombreuses atrocités : meurtres de civils, décapitations, enlèvements d’adolescentes pour les marier de force, notamment.

« Il n’y a aucun risque pour les diplomates, les organisations humanitaires, personne »

Les talibans veulent prendre le contrôle du pouvoir en Afghanistan « dans les jours à venir » par un transfert « pacifique », a déclaré un de leurs porte-parole à la BBC dimanche, alors que leurs troupes encerclent la capitale. « Dans les jours à venir, nous voulons un transfert pacifique » du pouvoir, a déclaré Suhail Shaheen, un porte-parole basé au Qatar dans le cadre d’un groupe engagé dans les négociations.

M. Shaheen a exposé les grandes lignes politiques envisagées par les Talibans en vue d’un retour au pouvoir du mouvement islamiste radical, 20 ans après en avoir été chassé par les forces internationales à la suite des attentats du 11 septembre 2001.

« Nous voulons un gouvernement islamique inclusif, ce qui signifie que l’ensemble des Afghans seront représentés dans ce gouvernement », a assuré Suhail Shaheen, « nous en parlerons à l’avenir, lorsque la transition pacifique aura eu lieu ».

Le porte-parole du groupe a également assuré que les ambassades internationales et leurs employés ne seront pas ciblés par les combattants talibans et qu’ils devraient rester dans le pays. « Il n’y a aucun risque pour les diplomates, les organisations humanitaires, personne. Ils devraient tous continuer à travailler comme ils l’ont fait jusqu’à présent. Aucun mal ne leur sera fait, ils devraient rester », a-t-il insisté.

Repoussant les craintes d’un retour du pays dans l’époque de la première domination talibane, avec une application très stricte des règles islamiques, M. Shaheen a déclaré que les talibans voulaient désormais ouvrir « un nouveau chapitre » de tolérance. « Nous voulons travailler avec tous les Afghans, nous voulons ouvrir un nouveau chapitre de paix, de tolérance, avec une coexistence pacifique et une unité nationale pour le pays et le peuple afghan », a poursuivi Suhail Shaheen.

Alors que de nombreux responsables, soldats et policiers se sont rendus ou ont abandonné leur poste, de peur de représailles envers tous ceux qui auraient travaillé avec le gouvernement encore en place ou les forces occidentales, M. Shaheen a assuré que ces craintes étaient infondées. « Nous voulons de nouveaux assurer qu’il n’y a pas la moindre vengeance contre quiconque. Si cela se produit, il y aura enquête ».

Le porte-parole a enfin estimé que le groupe devrait revoir prochainement ses relations avec les Etats-Unis, marquées jusqu’ici par deux décennies de conflit. « Notre relation est désormais du passé », a-t-il jugé, « pour le futur, cela concernera uniquement nos choix politiques, rien de plus, il s’agira d’un nouveau chapitre de coopération ».

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22 Commentaires

  • Posté par Visiteur, dimanche 15 août 2021, 16:13

    Pour info : il est bien connu que dans les années 1990 les US ont soutenu les talibans, qui avaient l'air de favoriser leur intérêts pétroliers dans la région de la mer caspienne. Pour info 2 : l'Afghanistan est un des principaux producteurs mondiaux de stupéfiants (opiacés).

  • Posté par Vanden Eynde Luc GME, dimanche 15 août 2021, 16:06

    Comment a-t-on pu croire une seule seconde que l'armée afghane tiendrait ? Les "experts" ont obéi aux ordres et nous ont fait avaler ce que Washington voulait, pour pouvoir se débarrasser de la patate chaude. C'est le rôle de Mr Stoltenberg, aussi ?

  • Posté par Esquenet Alexandre, dimanche 15 août 2021, 15:33

    "Le porte-parole des talibans a également assuré que les ambassades internationales et leurs employés ne seront pas ciblés par les combattants talibans et qu’ils devraient rester dans le pays" MDR

  • Posté par Vdrme Marc, dimanche 15 août 2021, 15:10

    Leur islam est aéré en plus si ils savaient qu'il y a rien après la mort. toute les religions sont une perte de temps , tout cela a été créé par l'humain pour dominer les autres .

  • Posté par Pablos Gino, dimanche 15 août 2021, 14:59

    pardon "mal rasés" et pas "mail rasé ".

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