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«My Salinger Year»: récit d’apprentissage

Un film touchant et charmant.

Fiche - Journaliste au service Culture Temps de lecture: 1 min

Adapté des mémoires de Joanna Rakoff (incarnée à l’écran par Margaret Qualley, fille d’Andie MacDowell, remarquée dans la série HBO The Leftovers et dans Once Upon a Time… in Hollywood de Quentin Tarantino), My Salinger Year suit le parcours d’une étudiante rêvant de devenir écrivaine. Embauchée comme assistante de l’agente littéraire de J. D. Salinger (Sigourney Weaver), elle a pour mission de répondre, de manière automatique, aux courriers que les fans adressent à l’écrivain illustre et reclus. Mais un jour, elle décide de personnaliser ces réponses.

Récit d’apprentissage, My Salinger Year est une ode au rêve et à la littérature portée par ses deux actrices principales, Margaret Qualley et Sigourney Weaver (aux faux airs charmants de Miranda Priestly). Un film touchant et charmant, même s’il lui manque sans doute ce « petit truc en plus » pour se démarquer vraiment.

De Philippe Falardeau, avec Sigourney Weaver, Margaret Qualley Douglas Booth, 101 mn.

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Sigourney Weaver à propos de «My Salinger Year»: «Je n’ai jamais eu le sentiment d’être une figure inspirante»

L’actrice de 71 ans est au centre de « My Salinger Year » de Philippe Falardeau (« Monsieur Lazhar »). Rencontre avec une actrice incontournable mais toujours humble et accessible.

Entretien - Journaliste au service Culture Temps de lecture: 8 min

En un peu plus de 40 ans de carrière, Sigourney Weaver s’est hissée au rang d’icône. Une notoriété construite depuis son rôle d’Ellen Ripley dans Alien de Ridley Scott, jusqu’à Avatar de James Cameron après des débuts au cinéma, par hasard, dans Annie Hall de Woody Allen. Malgré ça, elle reste humble, passionnée et classe.

À peine entrée dans la pièce du palace berlinois où se déroulent les interviews, l’actrice américaine, 71 ans, sympathise avec les journalistes présents, détend l’atmosphère, se rend accessible. Une présence que l’on retrouve aussi à l’écran dans My Salinger Year, le nouveau film de Philippe Falardeau (Monsieur Lazhar) présenté à Berlin l’an dernier. Elle y incarne Margaret, une agente littéraire s’appuyant sur les traditions de son milieu alors que dans les années 1990, la communication est bouleversée par l’arrivée d’internet.

Le film se déroule dans les années 1990 et pourtant, d’une certaine manière, on a l’impression que c’était il y a des siècles. On a d’ailleurs le sentiment qu’une partie de la réalité du monde littéraire a été perdue…

C’est sans doute vrai et en même temps, ça dépend d’un tas de choses. J’ai grandi en lisant beaucoup. J’appartiens à cette génération. Mais ce n’est peut-être plus toujours le cas pour les enfants aujourd’hui. J’ai été choquée de travailler avec quelqu’un qui ne connaissait pas Charles Dickens. Ça questionne sur notre système éducatif… J’espère qu’un film comme celui-ci pourra changer les perspectives. Notamment à travers le personnage de Joanna, interprété par Margaret Qualley, qui a un amour profond pour les livres et les auteurs, qui la transforment.

Votre personnage participe aussi à ce sentiment d’une époque qui change.

Margaret est un merveilleux personnage. Elle me rappelle cette époque où les femmes à New York étaient comme elle : elles faisaient carrière, buvaient, fumaient. Personne ne se souciait de leur santé, mais elles vivaient une vie exaltante. Interpréter ce personnage était un challenge parce qu’elle donne l’impression d’être une sorte de dragon mais, en fait, elle essaie juste de maintenir son agence à flot. Cette agence, c’est toute sa vie. Donc je pense que c’est une des raisons pour lesquelles elle est si protectrice. Notamment contre cette invasion digitale. Et je pense que beaucoup de gens peuvent s’identifier à ça. Je me souviens que j’ai eu mon premier compte gmail quand j’étais sur le tournage de Galaxy Quest. Je me suis dit que c’était génial. D’un coup, vous n’aviez plus besoin d’avoir l’encyclopédie Britannica chez vous puisque vous aviez internet. Et en même temps, ça a un côté négatif. Les gens avaient toutes ces connaissances en tête et maintenant, ils n’en ont plus besoin puisqu’ils ont Google.

Quel est votre rapport à la littérature ?

J’ai toujours été une geek. Plus jeune, j’avais toujours le nez dans mes livres. Ça me permettait de trouver une échappatoire. Et c’est toujours le cas. À l’université, j’ai étudié la littérature. En fait, je voulais être écrivain mais je pense que j’étais un peu trop extravertie pour ça… D’ailleurs, j’aime beaucoup collaborer, que ce soit pour une pièce de théâtre ou sur un plateau.

Parmi les autres sujets du film, il y a aussi ce rapport particulier aux fans et à leurs courriers. Est-ce que vous recevez des courriers de fans ? Quel est votre rapport à cela ?

Je pense que JD Salinger passe à côté de quelque chose en ignorant ces fantastiques lettres passionnées où des fans racontent ce que ses livres signifient pour eux. Je pense que les fans de cinéma sont aussi très passionnés. En particulier les fans de science-fiction. Mais c’est très difficile d’avoir une vraie relation avec eux, sauf quand vous êtes à un Comic Con ou un autre événement où vous pouvez vraiment les rencontrer. Sinon, on se contente de premières chaotiques où vous pouvez juste poser pour un selfie. D’une certaine manière, vous travaillez pour eux et en même temps vous ne les connaissez pas même si vous êtes connectés à eux à travers les films.

Est-ce que cette relation, et votre perception de celle-ci, n’a pas au fond un côté presque schizophrénique ? Est-ce nécessaire de prendre du recul par rapport à ça lorsqu’on a votre carrière et votre renommée ?

Je n’ai jamais eu le sentiment d’être une figure inspirante (rires). Mais c’est vrai que je sais que j’ai cette connexion avec les gens, et particulièrement avec les jeunes femmes. Je suis d’ailleurs très reconnaissante d’avoir pu jouer des rôles de femmes fortes. Je crois d’ailleurs très fort en ce que j’ai dit aux Oscars (en 2020, où, avec Brie Larson et Gal Gadot, elle clamait que « toutes les femmes sont des superhéroïnes », NDLR). Pas que les hommes ne soient pas merveilleux, mais plutôt que les femmes sont souvent mises de côté, doivent s’occuper de tout, des enfants, des personnes âgées. Et généralement, on le fait plutôt bien. Donc, quand je travaille, je le fais avant tout pour les femmes.

Que représentait pour vous cet hommage aux Oscars ?

C’était très flatteur. Au départ, l’idée était simplement un petit sketch amusant. Puis nous sommes passées à quelque chose de plus féroce. Personnellement, je pense avoir beaucoup bénéficié du fait de travailler avec les hommes qui ont fait Alien. Ridley (Scott), (les scénaristes et producteurs) Walter Hill et David Giler, (le producteur) Gordon Carroll. Des hommes sûrs d’eux qui aiment les femmes fortes. À l’époque, ils savaient que personne ne soupçonnerait que la survivante serait une femme donc ils se sont dit que ce serait la meilleure histoire. C’est donc en quelque sorte par inadvertance que nous avons créé cette personne qui est devenue une icône féministe. Et je dois vraiment saluer et donner le crédit à Ridley pour ça. Je n’ai jamais eu à me balader dans des vêtements absurdes ou quoi que ce soit. Je devais juste être une personne comme les autres, essayant de survivre et de comprendre ce qui se passait autour d’elle. Ce n’était donc pas nécessairement une question de sexe.

D’une certaine manière, c’est aussi le cas dans « My Salinger Year ». On devrait sans doute voir plus de films comme celui-là…

Je suis assez d’accord. C’est d’ailleurs une des raisons pour lesquelles je voulais faire ce film. Je pense qu’un tas de femmes ont des mentors dans leur vie. Personnellement, j’en ai eu et j’en ai toujours. Chaque semaine, je pense à eux et je suis reconnaissante. C’est assez fou que cette histoire n’ait pas été plus racontée. Avec un peu de chance, c’est quelque chose qui va maintenant changer. Ça ne doit plus être notre petit secret (sourire).

Qui sont vos mentors aujourd’hui ?

J’ai un merveilleux professeur qui m’enseigne la méthode Alexander (une technique qui permet d’apprendre à rétablir soi-même un équilibre postural sain nécessaire au bon fonctionnement de l’organisme, avec l’aide d’un professeur, NDLR). Elle est un peu plus âgée que moi, ne fait pas partie du milieu et c’est très intéressant de parler avec elle. Elle est sage et elle m’apprend des choses au-delà de la méthode Alexander.

« My Salinger Year » est réalisé par un homme, mais une grande partie de l’équipe est féminine. Qu’est-ce que ça change ?

Lorsque je rentre sur un plateau, et que je vois des femmes à la direction de la photographie, à la caméra… je ne peux pas vous dire à quel point ça a de la signification pour moi. Pas que j’ai eu des expériences négatives avec des équipes masculines, mais ça rend vraiment heureuse d’être représentées et de ne plus être la seule femme sur le plateau. Ça semble juste plus naturel et ça me rend fière.

Vous êtes aujourd’hui une actrice incontournable. Est-ce que faire carrière a été une évidence ? À quel moment avez-vous réalisé que c’était votre voie ?

À l’école d’art dramatique, on m’a dit que je n’avais aucun talent. Donc je suis allée à New York et j’ai simplement enchaîné les rôles sans être payée. C’est seulement après quelques pièces de théâtre où j’ai reçu un cachet que j’ai commencé à dire que j’étais actrice. Avant ça, honnêtement, je ne savais pas si je serais capable de continuer et de gagner ma vie.

Ces prochains mois, on vous verra à l’affiche de « SOS fantômes : L’héritage » (« Ghostbusters : Afterlife ») et de « Avatar 2 ».

Dans Avatar, je joue un personnage complètement différent. Et dans Ghostbusters, je n’ai le droit de rien dire, mais c’était amusant de retrouver les gens qui l’ont fait avant. Aujourd’hui, la chose dont je suis consciente, c’est que lorsque j’entre sur un plateau, je suis probablement la personne la plus âgée (sourire). Mais j’ai envie que les différentes générations, les différentes équipes, se sentent connectées dans un sentiment de fraternité et de sororité. Ce sentiment d’ensemble est très important pour moi. C’est d’ailleurs pour ça que j’ai beaucoup aimé faire My Salinger Year. C’était un plaisir tous les jours.

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