Un décret Paysage sous forme de compromis

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BELGA.

Analyse

Après une longue journée de négociations, le gouvernement de la Fédération Wallonie-Bruxelles (FWB) approuvait jeudi l’avant-projet de réforme du décret Paysage, le décret qui permet aux étudiants du supérieur d’avancer dans leur cursus par accumulation de crédits. Pourtant, quelques heures avant son adoption en seconde lecture, les uns et les autres n’en menaient pas large. « Il est fort probable que le décret ne passe pas », nous disait-on à bonne source.

Déjà au début de l’été, la ministre de l’Enseignement supérieur, Valérie Glatigny (MR), voyait sa proposition refoulée aux portes du gouvernement. Avec l’obligation de réussir son bac 1 en deux ans, le PS et Ecolo craignaient que les étudiants précarisés ne puissent obtenir de diplôme. Le MR avançait l’argument inverse. Mettre des balises dans le parcours de l’étudiant éviterait un allongement des études. Un allongement coûteux, en particulier pour les plus précaires. Le parti libéral basait son argumentaire sur une étude réalisée sous la supervision de Catherine Dehon (l’experte enseignement supérieur du cabinet Glatigny). Il n’empêche que les résultats interpellaient : les étudiants boursiers sont davantage touchés par l’allongement des études. En toile de fond, l’allongement des études représente un coût non négligeable pour les finances de la Communauté.

Blocage politique

Face à ce refus, le parti libéral bloquait le décret Inscription de la ministre de l’Education, Caroline Désir (PS). Nous étions alors à l’aube des vacances parlementaires. La rentrée n’apaise pas les réticences de chacun. La liste des dossiers épineux s’allonge : la formation initiale des enseignants, la mise en route des rythmes scolaires, et même le projet d’un master en droit de l’enfant initié par Bénédicte Linard (Ecolo). Le blocage persiste jusqu’à ce jeudi 2 septembre. « Il devenait urgent que les dossiers puissent avancer. Pour cela, nous devions trouver des solutions ensemble », évoque un membre de la majorité.

Cette seconde version de Paysage est le résultat d’un compromis bien belge. « Chacun a dû faire des concessions, mais nous nous inscrivons dans le cadre de l’accord de gouvernement », souligne le cabinet du ministre Frédéric Daerden (PS). Pour aboutir à ce texte, des consultations ont eu lieu avec l’Ares (fédération des établissements d’enseignement supérieur) et les acteurs de terrain. « Nous avons voulu placer le curseur au bon endroit entre, d’une part, des balises claires pour inciter les étudiants à aller décrocher leur bachelier et, d’autre part, suffisamment de souplesse pour ces balises », ajoute Olivier Schotte, le porte-parole de la ministre Glatigny.

La Fédération des étudiants francophones (FEF) a déjà marqué son mécontentement face à cette réforme jugée illisible. « Dans certains cas, la finançabilité est conditionnée à l’acceptation du jury. Il n’y a rien de plus obscure et arbitraire. » Avant de s’intéresser à la structure du parcours des étudiants, la FEF demande au gouvernement d’agir sur les inégalités dans l’enseignement secondaire et la précarité étudiante. « Toutes ces mesures sont bien sûr associées à des aides à la réussite renforcées et dirigées en priorité́ vers les étudiants qui en ont le plus besoin. De façon structurelle, six millions d’euros viendront s’ajouter aux 83 millions déjà alloués annuellement », répond le cabinet.

Les deux autres partis de la majorité restent vigilants. « J’espère que des éléments comme la consultation obligatoire du jury pourront encore évoluer », pointe un membre de la majorité. La réforme qui doit passer une dernière fois devant le gouvernement est toujours prévue pour la rentrée de septembre 2022.

 
 
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