Assises de Bruxelles: un procès pour meurtre présumé sur une prostituée annulé par manque de candidats jurés

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La présidente de la cour d’assises de Bruxelles n’a eu d’autre choix, lundi après-midi, que de reporter à une date indéterminée le procès du meurtrier présumé d’Eunice, une jeune prostituée nigériane poignardée à mort dans sa carrée à Schaerbeek en 2018. En cause, la cour n’avait plus aucun candidat juré masculin pour compléter le jury, alors déjà constitué de huit femmes et trois hommes.

« La Cour constate être dans l’impossibilité de former un jury, l’urne ne contenant plus aucun nom de jurés. Elle renvoie l’affaire à une date indéterminée où il sera procédé à la formation d’un nouveau jury », a annoncé la présidente de la cour d’assises de Bruxelles, lundi vers 16 heures, après avoir débuté vers 14 heures le tirage au sort des jurés pour le procès du meurtrier présumé de cette jeune prostituée nigériane.

La cour avait déjà tiré au sort huit femmes et trois hommes. Il ne restait donc plus qu’un candidat juré masculin à choisir. En effet, pour respecter la parité entre hommes et femmes, le jury ne peut jamais contenir plus de huit jurés d’un même sexe. Toutes les femmes restantes ont donc été récusées, mais l’urne s’est rapidement trouvée vide, sans qu’aucun nouveau nom d’homme réapparaisse. Il semble en effet que trop peu de citoyens ont répondu à leur convocation.

Un pareil cas est extrêmement rare et ne peut aboutir qu’à la décision, inévitable, d’annuler le procès pour le re-fixer à une date ultérieure, où le tirage au sort des jurés sera recommencé de zéro. La présidente de la cour n’a pu que dire aux candidats jurés qui se sont présentés, eux, dès 14 heures au palais de justice qu’elle était « navrée ».

Pour les conseils de la partie civile, Me Isabelle Slaets et Me Nathalie Buisseret, cette situation est « désolante » pour la justice belge. « Siéger comme juré lors d’un procès d’assises est un devoir citoyen. Or, il semble qu’aujourd’hui il y avait beaucoup d’absents. Je pense que beaucoup de gens n’ont pas envie d’être juré, mais c’est un manque de respect. La justice se perd », a déclaré Me Buisseret.

« C’est retarder encore un procès pour un crime visant une travailleuse du sexe, commis il y a déjà plus de trois ans, avec pour conséquence un renforcement du sentiment d’impunité des auteurs », a également réagi l’une des membres de l’ASBL Union des travailleurs du sexe organisés pour l’indépendance (UTSOPI), la partie civile au procès. « Les prostituées risquent de se sentir encore plus oubliées par la justice, alors qu’elles ont déjà le sentiment de ne pas être considérées comme des victimes, de ne pas être suffisamment importantes pour qu’on tienne compte des agressions qu’elles subissent », a-t-elle souligné.

Par ailleurs, à la suite du report de ce procès, l’accusé, qui est en détention dans un centre communautaire fermé pour mineurs dessaisis, pourrait introduire une demande de libération.

 
 
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