Attentats de Paris: «Nous veillerons à ce que ce procès exceptionnel ne devienne pas un procès d’exception»

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Des « kamikazes » au Stade de France, des terrasses de bars et le Bataclan mitraillés, et le carnage en plein Paris : la justice française replonge mercredi et pour neuf mois dans l’horreur des attentats djihadistes du 13 novembre 2015, les plus meurtriers commis dans ce pays.

Ce procès hors normes, la plus grande audience criminelle jamais organisée en France, doit s’ouvrir à la mi-journée dans l’historique palais de justice de Paris, sous sécurité maximale dans un contexte de menace terroriste toujours élevé.

La cour d’assises spéciale doit juger – jusqu’au 24 ou 25 mai 2022 – 20 accusés, dont le Franco-Marocain Salah Abdeslam, le seul membre encore en vie des commandos téléguidés par le groupe Etat islamique (EI) qui ont fait 130 morts et plus de 350 blessés à Paris et Saint-Denis (région parisienne), et profondément traumatisé la France.

Dix autres hommes, incarcérés pendant la durée du procès dans des prisons de région parisienne, prendront place à ses côtés dans le box des accusés, jugés pour leur participation à ces attentats. La France, déjà secouée par les attentats au mois de janvier précédent contre le journal satirique Charlie Hebdo et un magasin Hyper Cacher, vécut, ce jour-là, ses plus sanglantes attaques de l’après-guerre.

Trois accusés comparaîtront libres sous contrôle judiciaire, six autres seront jugés par défaut.

Au total, douze des vingt accusés encourent la réclusion criminelle à perpétuité.

Ce procès « historique » est « celui de tous les superlatifs », a souligné lundi le ministre français de la Justice Eric Dupond-Moretti après avoir visité la salle de 550 places construite spécialement pour les audiences, qu’il a qualifiées de « marathon judiciaire ».

Outre l’ampleur titanesque du dossier, ce procès est inédit en matière criminelle par sa durée et le nombre de parties civiles, près de 1.800.

« C’est un plongeon dans l’inconnu », estime Arthur Dénouveaux, rescapé de la salle de spectacle du Bataclan et président de l’association de victimes Life for Paris. « On a maintenant hâte que ça commence, mais avec cette question : comment ça va se passer pendant neuf mois ? »

Un des premiers moments forts est attendu dès le 28 septembre avec le début des témoignages de quelque 300 proches de victimes et rescapés des attaques. Ils doivent se succéder à la barre pendant cinq semaines pour raconter cette nuit d’épouvante et ses séquelles, des drames personnels mêlés à un effroi collectif.

Il est 21 h 16 ce vendredi 13 novembre 2015 quand la France bascule dans la terreur : un « kamikaze » vient de se faire exploser près du Stade de France, où se joue un match amical France-Allemagne.

Puis au cœur de Paris, deux commandos de trois hommes mitraillent à l’arme de guerre des terrasses de cafés et de restaurants et tirent sur la foule d’un concert au Bataclan, où l’assaut sera donné peu après minuit.

Deux assaillants sont en fuite, la traque s’organise. Elle durera cinq jours : Abdelhamid Abaaoud, Belge d’origine marocaine, l’un des djihadistes les plus recherchés et chef opérationnel des attentats, et son complice sont tués le 18 novembre lors de l’assaut policier dans un immeuble de Saint-Denis où ils s’étaient retranchés.

Une enquête tentaculaire, en collaboration avec la justice belge, a permis de reconstituer largement la logistique des attentats, du parcours à travers l’Europe des membres des commandos, revenus de Syrie par la route des migrants, à leurs planques en Belgique et près de Paris.

Les investigations ont mis au jour une cellule bien plus importante derrière ces attaques, qui a également frappé l’aéroport et le métro de Bruxelles le 22 mars 2016 en faisant 32 morts.

En l’absence du donneur d’ordres, le Belgo-Marocain et vétéran du djihad Oussama Atar, et d’autres gradés de l’EI comme les frères français Fabien et Jean-Michel Clain, présumés morts et jugés par défaut, tous les regards seront tournés vers Salah Abdeslam et le Belgo-Marocain Mohamed Abrini, « l’homme au chapeau » des attentats de Bruxelles.

La cour, qui ne les interrogera pas avant 2022, arrivera-t-elle à lever les dernières zones d’ombre du dossier, à commencer par le rôle exact joué par Salah Abdeslam, mutique pendant l’instruction ?

« Ce procès promet d’être chargé en émotions, la justice se devra toutefois de les tenir à distance si elle ne veut pas perdre de vue les principes qui fondent notre Etat de droit », mettent en garde les avocats de Salah Abdeslam, Olivia Ronen et Martin Vettes.

« Il est acquis que tout individu, quoi qu’il lui soit reproché, doit être défendu et que l’institution judiciaire française a les moyens de répondre sereinement et justement à tout comportement humain. Ma seule crainte est que l’excès remplace la raison », a déclaré de son côté Me Marie Violleau, avocate de l’accusé belgo-marocain Mohamed Abrini.

« Nous veillerons à ce que ce procès exceptionnel ne devienne pas un procès d’exception », soulignent-ils.

Plus d’une centaine de témoins ont été cités, dont de nombreux enquêteurs français et belges, et l’ex-président français François Hollande.

 
 
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