Discours sur «l’état de l’Union»: l’UE va consacrer 50 milliards d’ici 2027 pour éviter une nouvelle pandémie

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Reuters.

Ce mercredi matin, la présidente de la Commission européenne a fait son traditionnel discours sur l’état de l’Union. Elle a abordé de nombreux sujets d’actualité pour ensuite égrener une batterie de propositions pour les mois à venir.

Crise sanitaire

L’Union européenne va donner 200 millions de doses supplémentaires de vaccins contre le Covid-19 aux pays pauvres d’ici mi-2022, s’ajoutant aux 250 millions de doses déjà promises, a annoncé mercredi la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen. « C’est un investissement solidaire et c’est aussi un investissement dans la santé mondiale », a déclaré, devant le Parlement européen, Mme von der Leyen, soulignant que, si dans l’Union européenne plus de 70 % des adultes sont vaccinés, « moins de 1 % des doses de vaccins ont été administrées dans les pays pauvres ».

Ces dons se font principalement via le mécanisme de distribution international Covax, censé permettre à 92 Etats et territoires défavorisés de recevoir gratuitement des vaccins financés par des nations plus prospères. Mais les fondateurs de ce mécanisme, dont l’Alliance du vaccin (Gavi) et l’OMS, dénoncent régulièrement l’inégalité criante dans l’accès à la vaccination entre les populations des pays pauvres et des pays riches, qui commencent à administrer une troisième dose de rappel. Covax n’a pour le moment pu distribuer que 243 millions de doses dans 139 pays défavorisés, avait indiqué le 8 septembre le Fonds des Nations unies pour l’enfance (Unicef).

« L’ampleur de l’injustice et le niveau d’urgence sont évidents », a reconnu la cheffe de l’exécutif européen. L’Union européenne soutient également la production de vaccins en Afrique à hauteur d’un milliard d’euros.

Ne pas répéter les mêmes erreurs qu’en 2008

L’Union européenne « ne répétera pas l’erreur » commise après la dernière crise financière quand un retour précipité à la rigueur budgétaire avait provoqué une rechute du continent dans la récession, a poursuivi Ursula von der Leyen. « Les leçons de la crise financière pourraient servir d’avertissement. A l’époque, nous avons déclaré victoire trop tôt et nous en avons payé le prix. Nous ne répéterons pas cette erreur », a-t-elle déclaré en confirmant l’ouverture prochaine d’un débat sur la réforme des règles budgétaires européennes.

La Commission prévoit de réinstaurer début 2023 le pacte de stabilité qui avait été temporairement désactivé au début de la crise. Mais Ursula von der Leyen a prévenu qu’elle espérait un accord avant cette date alors que les divisions des Etats membres laissent craindre des discussions qui s’éternisent. « La commission va relancer le débat sur le réexamen de la gouvernance économique dans les semaines à venir. L’objectif est de parvenir à un consensus sur la voie à suivre bien avant 2023 », a-t-elle poursuivit.

Prévu avant la pandémie, ce débat sur une réforme du pacte de stabilité, qui limite les déficits publics à 3 % et la dette à 60 % du produit intérieur brut (PIB), avait été suspendu à cause de la crise.

La chute d’activité combinée aux dépenses des gouvernements pour protéger les entreprises et l’emploi, a provoqué de lourds déficits. Le ratio de dette publique des 19 pays partageant la monnaie unique a atteint pour la première fois en 2020 le seuil symbolique de 100 % du PIB, contre 86 % en 2019. Le choc a touché bien plus durement les pays du sud, les plus endettés, qui vivent davantage des services liés au tourisme, premières victimes des restrictions sanitaires. Le ratio d’endettement de la Grèce a redépassé les 200 % du PIB, celui de l’Italie frôle les 160 %, contre près de 120 % pour l’Espagne et la France.

Soutien à l’Afghanistan

L’Union européenne souhaite également fournir 100 millions d’euros supplémentaires d’aide humanitaire à l’Afghanistan pour éviter « un désastre humanitaire ». L’Union européenne avait déjà annoncé le quadruplement de son aide humanitaire pour la porter à 200 millions en 2021. « Nous sommes aux côtés du peuple afghan », a répété l’Allemande, sous les applaudissements des élus du Parlement européen. Citant les femmes et les enfants, les magistrats, les journalistes et les défenseurs des droits de l’homme, elle a dit penser en particulier « à ces femmes juges qui se cachent aujourd’hui des hommes qu’elles avaient mis en prison. Elles sont menacées de mort en raison de leur contribution à la justice et à l’État de droit. Nous devons les aider et nous coordonnerons tous les efforts avec les États membres pour les mettre en sécurité ».

L’aide humanitaire doit aider les Afghanes et les Afghans dans leur pays et dans les pays voisins, où ne manquent pas d’affluer les réfugiés fuyant le régime taliban. Il y a un risque réel de famine de grande ampleur et de catastrophe humanitaire, a dit Urusla von der Leyen, sans aborder le sujet de l’accueil de réfugiés afghans en Europe.

L’Union européenne avait déjà annoncé ces dernières semaines porter son aide humanitaire à la population afghane à 200 millions d’euros, soit quatre fois plus que les montants initialement prévus pour 2021. Cet effort s’inscrira dans le cadre d’un nouvel ensemble de mesures d’aide aux Afghans, plus large, que la Commission présentera au cours des prochaines semaines.

Un sommet pour la défense européenne

Un sommet sur la défense sera organisé par la France pendant la présidence française de l’UE au premier semestre de 2022 alors que le retrait d’Afghanistan a relancé la réflexion sur l’autonomie des Européens. « Le moment est venu pour l’Europe de passer à la vitesse supérieure » pour se « défendre contre les cyber-attaques, agir là où l’Otan et l’ONU ne sont pas présents et gérer les crises à temps », a-t-elle expliqué dans son discours sur l’Etat de l’Union devant les députés européens.

La création d’une force européenne de réaction rapide de 5.000 militaires est en discussion depuis plusieurs mois et le retrait américain d’Afghanistan a relancé le débat en soulignant les carences militaires du vieux continent. Mais le projet ne fait pas l’unanimité, avait toutefois reconnu le chef de la diplomatie européenne Josep Borrell à l’issue d’une réunion des ministres de la Défense de l’UE début septembre en Slovénie. « Si nous développons cette volonté politique, nous pouvons faire beaucoup au niveau de l’UE », a-t-elle soutenu. La présidente de l’exécutif bruxellois a pointé trois obstacles à surmonter : l’absence de coopération en matière de renseignement, le problème d’interopérabilité des matériels militaires européens et les carences dans la cyberdéfense.

Lutte contre les violences faites aux femmes

Enfin, la Commission européenne va proposer d’ici la fin de l’année une loi de lutte contre les violences faites aux femmes, a annoncé Ursula von der Leyen, estimant que « trop de femmes ont dû vivre dans la peur pendant cette pandémie ». « Il s’agit de poursuites pénales efficaces, de mesures de prévention et de protection », à la fois en ligne et dans la vie réelle, a-t-elle précisé.

La présidente de la Commission européenne a terminé son discours en mentionnant les menaces qu’encourt aujourd’hui la liberté de la presse et d’information. « Il faut que la liberté des médias ne soit plus mise à mal. C’est essentiel. C’est pourquoi l’Union européenne va présenter une loi sur la liberté des médias. C’est comme cela que nous défendrons notre démocratie », a-t-elle conclu.

 
 
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