260 milliards de dette: voici les différents scénarios envisagés pour le géant de l’immobilier chinois

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Faillite, restructuration ou renflouement? Ecrasé par une dette abyssale, le géant chinois Evergrande joue sa survie.

Le plus gros promoteur immobilier de Chine traîne une ardoise estimée à près de 260 milliards d’euros. Et le groupe a admis mardi qu’il pourrait ne pas être en mesure de payer ses créanciers.

Voici les différentes options possibles pour Evergrande.

La faillite

Sur fond de rumeurs persistantes autour de sa santé financière, Evergrande a démenti être au bord de la faillite.

Mais il a reconnu mardi faire face à une «immense pression» sur le plan financier.

Evergrande est un mastodonte de l’immobilier et de la construction, deux secteurs «essentiels pour la croissance chinoise», qui représentent 13% du PIB, relève le sinologue Jean-Louis Rocca, chercheur à Sciences Po.

Evergrande dit employer 200.000 personnes et peser indirectement sur 3,8 millions d’emplois en Chine.

Toute faillite aurait des conséquences considérables avec un «effet domino» sur l’économie du géant asiatique.

Bien que privé, Evergrande est «tenu à bout de bras depuis de longues années par Pékin», selon M. Rocca.

Un soutien qui n’est toutefois «pas illimité» alors que le pouvoir communiste tente d’assainir son système financier, estime Larry Ong, du cabinet spécialisé SinoInsider.

Une faillite est «tout à fait possible», prévient Chris Devonshire-Ellis, du cabinet de conseil Dezan Shira & Associates.

Et de rappeler qu’en 1999, Pékin n’avait pas hésité à lâcher le Guangdong Investment Trust (Gitic), un groupe public endetté «seulement» à hauteur de 4,4 milliards de dollars.

La restructuration

Le groupe avait annoncé le mois dernier être «en discussions» avec des investisseurs et n’avait pas exclu de devoir céder certains actifs.

L’une des pistes envisagées: sa branche voiture électrique, une vitrine de sa diversification.

Fondé en 2019, Evergrande Auto avait pour objectif de révolutionner le secteur et de rivaliser avec le constructeur américain Tesla.

Mais la marque ne commercialise toujours aucun modèle et sa valeur en Bourse a fondu comme neige au soleil.

Une restructuration d’Evergrande est «probable» mais les contours en sont difficiles à définir, estime l’analyste Chuanyi Zhou, du cabinet de recherche Lucror Analytics.

D’autant qu’Evergrande est entré dans «un cercle vicieux», selon Deng Haozhi, spécialiste du marché immobilier chinois.

Les mauvaises nouvelles sur sa santé financière minent la confiance des acheteurs, pèsent sur les ventes et in fine accentuent ses problèmes de trésorerie.

L’Etat à la rescousse

Renflouer Evergrande enverrait «un mauvais signal» à d’autres groupes lourdement endettés, estime Larry Ong, alors que Pékin tente justement d’éradiquer des pratiques qui fragilisent le système financier.

Mais une nationalisation de l’entreprise reste une option, croit savoir M. Deng, qui ajoute que des collectivités locales ont d’ores et déjà repris certains projets immobiliers.

Selon l’agence d’information financière Bloomberg, Pékin a dépêché une équipe de conseillers financiers afin de réaliser un audit d’Evergrande.

L’Etat pourrait également entrer au capital du groupe par le biais d’entreprises publiques, pronostique Chuanyi Zhou.

Poly Property, filiale d’un groupe militaire chinois et basé à Hong Kong, pourrait faire partie de celles appelées à la rescousse, selon les analystes de Saxo banque.

Objectif: éviter une faillite qui pénaliserait des millions de petits propriétaires ou aspirants à la propriété, avec des répercussions possibles sur la stabilité du régime.

Larry Ong mise ainsi sur un «scénario optimiste» par lequel les autorités «trouveraient le moyen d’éviter la faillite, donneraient aux créanciers l’espoir de récupérer au moins quelque chose tout en évitant des troubles publics».

 
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