Accueil Économie

Douze millions d’arbres au Congo, le signal fort de Colruyt

Colruyt veut compenser ses émissions de carbone avec un projet sur 10.000 hectares en RDC. De quoi frapper les esprits, autant des consommateurs que des chaînes concurrentes.

Journaliste au service Economie Temps de lecture: 4 min

On sait Colruyt Group sensible aux enjeux climatiques et au développement durable. Le numéro Un de la grande distribution en Belgique le prouve à nouveau et de façon assez marquante. Ce mercredi, il a en effet annoncé, dans le cadre de son plan de réduction de ses émissions de CO2, la plantation de 12 millions d’arbres de dizaine d’espèces différentes répartis sur 10.000 hectares en République Démocratique Du Congo et ce, dans les trois ans à venir. Pour mener ce projet à bien, l’entreprise aux multiples enseignes (Colruyt Meilleurs Prix, Okay, Spar, Bio Planet, Dreamland, Dreambaby, etc.) a débloqué un budget de 8 millions d’euros, décroché une concession de 25 ans dans la province de Kwango (ouest de la RDC) et noué des contacts avec les communautés locales, dont sont issues les 500 à 1.000 personnes déjà en train de réaliser cette reforestation avec l’aide de deux ONG actives sur place dans ce domaine. Sont aussi impliqués et consultés, en Belgique, l’Université de Gand, le Jardin botanique de Meise (où le projet a été dévoilé à la presse ce mercredi) et le Musée royal de l’Afrique de l’Ouest

S’inscrivant dans le plan « 1 milliard d’arbres à l’horizon 2023 » du président congolais Félix Tshisekedi, l’initiative du distributeur belge doit lui permettre de capter à terme 120.000 tonnes de CO2 pour atteindre zéro émission nette à son échelle, voire dépasser cet objectif. « Avec Coop en Suisse, nous figurons parmi les bons élèves européens du retail en matière de durabilité. Nous réduisons sans cesse nos émissions directes de carbone. Nous en étions à 115.000 tonnes l’an dernier et nous visons 95.000 d’ici 2030 », explique Jef Colruyt, patron du groupe, se disant soucieux du « monde légué à nos petits-enfants ». Mais, poursuit-il, « cela nous a semblé insuffisant. Et nous ne voulions pas nous contenter d’acheter des crédits carbone. D’où l’idée de faire pousser des arbres par millions. En Belgique, c’était impensable. Tout au plus avons-nous planté 3.000 arbres dans le Bois de Halle (berceau de l’entreprise, NDLR). Alors, nous nous sommes dirigés vers la RDC, avec laquelle nous entretenons des relations commerciales et de développement depuis longtemps ».

« Une goutte d’eau... oui mais une grosse »

On pourra considérer tout ceci comme une goutte d’eau dans l’océan des efforts à fournir pour stabiliser la hausse de température mondiale à 1,5ºC d’ici 2050, comme le recommande très chaudement le Giec. Car pour y arriver, il faudra, toujours selon le groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat, réduire les émissions nettes de CO2 à zéro en 2050, alors qu’elles atteignent actuellement 40 milliards de tonnes par an. « Une goutte d’eau ? Oui, c’est vrai. Mais la plantation de 12 millions d’arbres, c’est quand même une grosse goutte d’eau. Puis l’océan est fait de gouttes d’espoir », réagit Jean-Pascal Van Ypersele, climatologue à l’UCLouvain, qui a participé à la présentation du projet ce mercredi à Meise. Ce qui préoccupe davantage l’ex-vice-président du Giec c’est l’échéance de la concession dans 25 ans, « alors que ces arbres seront nécessaires durant des centaines d’années pour faire leur job d’absorption de carbone ». Colruyt Group déclare toutefois vouloir assurer une pérennité à très long terme de cette reforestation. La clé sera l’implication de la population locale, clé de voûte du projet.

Reste que cette initiative envoie un signal fort à des acteurs dont Colruyt ne maîtrise pas les émissions de carbone : ses clients. « Loin de nous l’idée de leur dicter leur comportement », insiste Jef Colruyt. « Nous pouvons juste leur apporter ce message : nous avons la possibilité d’agir contre le réchauffement climatique. Ensemble, soyons plus écolos. Nous aurons tous trop chaud ou les pieds dans l’eau d’ici 15 ans si rien ne bouge ». Sûr que le message percolera – et percole déjà – jusqu’aux fournisseurs du distributeur et ne manquera pas de renforcer une émulation dans le secteur du retail. Toutes les chaînes n’ont plus que le mot « durabilité » à la bouche, notamment parce que cela répond à une demande croissante des consommateurs. Mais toutes ne fournissent pas encore des efforts vraiment marquants et parfaitement crédibles.

Le fil info

La Une Tous

Voir tout le Fil info

0 Commentaire

Aussi en Économie

Voir plus d'articles

Allez au-delà de l'actualité

Découvrez tous les changements

Découvrir

À la Une

Retrouvez l'information financière complète

L'information financière
références Voir les articles de références références Tous les jobs