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Abus sexuels dans l’Eglise française: 216.000 victimes depuis 1950

Pendant plus de deux ans, une commission indépendante a enquêté sur les abus sexuels. Des milliers de victimes ont été recensées. L’Eglise va devoir se remettre en cause.

Temps de lecture: 4 min

Déflagration en vue pour l’Église catholique de France et au-delà : la Commission Sauvé, qui enquête sur l’ampleur de la pédocriminalité entre les années 1950 et aujourd’hui, publie ses conclusions, accablantes, mardi matin.

Le rapport Sauvé estime à 216.000 le nombre de personnes de plus de 18 ans ayant fait l’objet de violences ou d’agressions sexuelles pendant leur minorité de la part de clercs ou de religieux catholiques en France de 1950 à 2020.

Le nombre de victimes grimpe à « 330.000 si l’on ajoute les agresseurs laïcs travaillant dans des institutions de l’Église catholique » (aumôneries, enseignants dans les écoles catholiques, mouvements de jeunesse), a ajouté Jean-Marc Sauvé en rendant publiques devant la presse les conclusions de la commission qu’il préside.

« Ces nombres sont bien plus que préoccupants, ils sont accablants et ne peuvent en aucun cas rester sans suite », a commenté M. Sauvé.

Les chiffres cités résultent d’une estimation statistique comprenant une marge de plus ou moins 50.000 personnes, a encore indiqué le président de la Commission indépendante sur les abus de l’Eglise (Ciase).

La commission Sauvé propose de « reconnaître la responsabilité de l’Eglise » et recommande une « réparation » financière pour les victimes.

Une « indifférence cruelle » de l’Eglise catholique

L’Église catholique a manifesté « jusqu’au début des années 2000 une indifférence profonde, et même cruelle à l’égard des victimes » de pédocriminalité, a affirmé Jean-Marc Sauvé, le président de la Commission qui a enquêté sur son ampleur.

De 1950 aux années 2000, « les victimes ne sont pas crues, entendues, on considère qu’elles ont peu ou prou contribué à ce qui leur est arrivé », a-t-il ajouté, en rendant publiques les conclusions de ses travaux, devant l’épiscopat, les ordres religieux et des responsables d’associations de victimes.

Le « pardon » de l’Eglise

Le président de la Conférence des évêques de France, Eric de Moulins-Beaufort, a exprimé sa « honte », son « effroi » et a demandé « pardon » aux victimes de pédocriminalité. « Mon désir en ce jour est de vous demander pardon, pardon à chacune et chacun », ajoutant que la voix des victimes « nous bouleverse, leur nombre nous accable ».

Deux ans et demi de travaux

Le résultat de deux ans et demi de travaux de la Commission indépendante sur les abus sexuels dans l’Église (Ciase) depuis 1950, présidée par Jean-Marc Sauvé, a été remis publiquement, à Paris, à l’épiscopat français et aux ordres et congrégations religieuses, en présence de représentants d’associations de victimes.

Des quelque 2.500 pages de ce rapport (dont des annexes colossales) sort d’abord un état des lieux quantitatif. Une donnée a déjà été révélée par M. Sauvé : le nombre de prédateurs. Il a été évalué à « 2.900 à 3.200 », hommes – prêtres ou religieux – sur la période de 70 ans, une « estimation minimale ».

Mgr Éric de Moulins-Beaufort, le président de la Conférence des évêques de France, avait dit craindre « des chiffres considérables, effrayants ». Tandis que la présidente de la Conférence des religieuses et religieux des instituts et congrégations (Corref), Véronique Margron, veut accueillir ce rapport comme « un fardeau, aussi noir soit-il, pour prendre les mesures qui s’imposent ».

Silence coupable ? Poids du cléricalisme ? La commission donnera son jugement sur l’action de l’institution ecclésiale, après avoir évalué les « mécanismes, notamment institutionnels et culturels » qui ont pu favoriser la pédocriminalité.

Quelles suites l’Église donnera-t-elle au rapport?

L’épiscopat a pris des mesures au printemps, promettant non pas des réparations mais un dispositif de « contributions » financières, versées aux victimes à partir de 2022, qui ne fait pas l’unanimité chez ces dernières ni chez les fidèles, lesquels sont appelés à contribuer aux dons. La Corref s’est, pour sa part engagée en interne dans une démarche de justice « réparatrice » et attendait les conclusions du rapport Sauvé pour prendre des décisions.

Les premières réponses de la Conférence des évêques de France et de la Corref seront annoncées en novembre, date à laquelle les deux institutions se réuniront en assemblées plénières. Un collectif d’associations de victimes a déjà lancé, samedi, une pétition – « Abus sexuels : l’Eglise catholique doit prendre ses responsabilités » – en français et anglais : il s’agit de créer une « mobilisation qui franchisse les frontières », selon François Devaux.

Ce rapport sera aussi examiné à la loupe à Rome par le pape François, qui a rencontré une partie des évêques français en septembre et a été confronté à ce dossier dès le début de son pontificat. Créée à l’automne 2018, la Ciase est composée de 22 membres, bénévoles, aux compétences pluridisciplinaires. Elle a été financée par l’épiscopat et les instituts et congrégations religieux à hauteur de 3 millions d’euros.

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27 Commentaires

  • Posté par Dubois Frédéric, mardi 5 octobre 2021, 14:58

    Ces faits sont bien évidemment inacceptables, en particulier pour une institution qui prone l'amour du prochain. Il n'empêche que la grande majorité des prêtres exercent leur sacerdoce avec respect et droiture. J'ai fait un parcours catholique et je n'ai jamais été confronté à des déviances pareilles, Dieu merci. Les médias gauchistes et franc-maçons, RTBF en tête, s'en donnent évidemment à cœur joie pour décrier l'Eglise catholique. L'Eglise est par ailleurs probablement une des seules institutions à avoir fait une enquête en son sein à ce sujet et à reconnaître le tort généré par quelques moutons noirs. Quid des clubs sportifs, écoles officielles, autres religions, ... ? Je doute fort que la situation y soit plus reluisante.

  • Posté par massacry olivier, mardi 5 octobre 2021, 17:48

    Après combien de temps, de témoignages l'Eglise s'est enfin autorisée cette introspection.

  • Posté par Dubois Bernard, mardi 5 octobre 2021, 14:07

    Il est aussi important de s'interroger sérieusement sur le(s) pourquoi d'un tel comportement déviant de ces nombreux prêtres et religieux? Mais là, je crois que l'on touche à un autre tabou.

  • Posté par collin liliane, mardi 5 octobre 2021, 15:14

    On ne devient pas pédophile parce qu'on ne peut pas convoler en justes noces: le mariage n'a jamais empêché un pédophile de sévir. Le sacerdoce était simplement pour certains l'occasion rêvée de tenter de sublimer des pulsions inadmissibles. Certains y sont arrivés, d'autres pas.

  • Posté par collin liliane, mardi 5 octobre 2021, 13:57

    Dans les commentaires, il y a manifestement une confusion entre pédophile et homosexuel. Il est évident que tous les homosexuels ne sont pas pédophiles. Mais il est aussi certain qu'un(e) pédophile est aussi homosexuel(le) quand il (elle) s'attaque à un enfant du même sexe.

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